De 1945 à 2003

L'embellie européenne

Un redressement inattendu

Après deux guerres mondiales, les Européens semblent saisis d'une frénésie de vie. La fécondité se redresse jusqu'à atteindre vers 1960 près de 3 enfants par famille. À l'unisson de la croissance démographique, la croissance économique atteint des records jamais égalés : +4 %, +6 %, voire 8 % par an ! Le Vieux Continent se modernise et se libère du fardeau des colonies. Il ose même s’unir.

Les crises des années 1970 voient la percée du tiers-monde et le retour à des conflits de type traditionnel. Musulmans et chrétiens se déchirent au Liban. Le Viêt-Nam établit son protectorat sur le Cambodge et le Laos. L'Érythrée rejette la domination éthiopienne. Enfin, la révolution islamique en Iran illustre la montée de l’intégrisme religieux au détriment de la laïcité.

L’Europe liquide les séquelles de la guerre froide et du communisme mais entre dans une langueur démographique et économique qui contraste avec le dynamisme de l’Asie. En ce début de IIIe millénaire, la Chine et l’Inde, que l’on croyait il y a peu voués à la famine, puisent dans les tréfonds de leur civilisation l’énergie du renouveau. Par-delà quelques conflits plus médiatiques que meurtriers, le monde jouit d’une paix relative. Souhaitons qu’elle dure.

Début de la « guerre froide » (1945-1952)

Sans attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Alliés fondent l’Organisation des Nations Unies (ONU). Pour aider l'Europe à se remettre sur pied, le général américain George Marshall annonce par ailleurs un gigantesque programme d'aide. Rajeunie et revigorée, l'Europe occidentale reprend sa place comme moteur de la planète, aux côtés des États-Unis. Alors que les souvenirs de la guerre sont encore vifs, elle lance le projet d'une Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA), amorce de l’union européenne.

Les Soviétiques et leurs satellites d’Europe centrale rejettent quant à eux l’aide américaine. À Fulton (Missouri), l’ancien Premier ministre anglais Winston Churchill met en garde l’Occident contre le risque d’une troisième guerre mondiale avec l’URSS mais la crainte d’un conflit nucléaire fatal à l’humanité dissuade chacun de commettre l’irréparable. On s’en tient à une guerre froide. Jusqu’à la fin des années 1980, Soviétiques et Occidentaux vont s’affronter par adversaires interposés en se gardant d’un conflit direct. Il n’empêche que l’on frôle l’apocalypse en 1962 (crise des fusées à Cuba).

Les Américains du Nord et les Européens de l’Ouest concluent une alliance et fondent l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) pour prévenir un coup de force soviétique. Les Soviétiques et leurs vassaux répliquent avec le Pacte de Varsovie. Un « rideau de fer » s’abat au centre de l’Europe, entre États pro-soviétiques et pro-américains. En Allemagne, la zone d'occupation soviétique devient un État en soi : la République Démocratique Allemande (RDA).

La décolonisation de l’Asie débute mal. Le communiste Hô Chi Minh soulève les Vietnamiens contre les Français, de retour en Indochine après le départ de l’occupant japonais. Aux Indes, les Britanniques se retirent sur la pointe des pieds sans pouvoir empêcher la création d’un État artificiel, le Pakistan, composé de deux territoires à l’Est et à l’Ouest de l’Union indienne. La guerre éclate entre les frères ennemis, aggravée par les transferts massifs de populations. L’unité du sous-continent n’aura duré que le temps de l’occupation anglaise.

L’année suivante, à Tel-Aviv, David Ben Gourion proclame la naissance de l'État d'Israël. C’est l’aboutissement du rêve sioniste. À l'ONU, il a été prévu de partager l'ancienne province ottomane de Palestine entre cet État et un État palestinien regroupant les populations de langue arabe. Mais les pays voisins refusent ce partage et lancent leurs troupes à l’assaut du nouvel État. Les Israéliens repoussent l’agression. C’est le premier épisode d’un conflit qui n’en finit pas.

Le monde d’après-guerre achève de se mettre en place avec la proclamation par Mao Zedong, à Pékin, de la République populaire de Chine. Son adversaire Tchang Kaï-chek se réfugie sur l'île de Taïwan et y installe un gouvernement pro-américain.

Avec le soutien de Pékin, 600 000 soldats nord-coréens franchissent le 38e parallèle qui sépare leur État communiste de la Corée du Sud, pro-occidentale. C’est une première épreuve pour l’ONU. L’instance internationale, qui joue sa crédibilité, condamne l’agression et dépêche dans la péninsule un corps expéditionnaire américain sous les ordres du général Douglas MacArthur. Refoulés, les Nord-Coréens reprennent l’offensive avec l’aide massive des Chinois. MacArthur menace de recourir à l’arme nucléaire. Le président américain Eisenhower préfère jouer l’apaisement. Après de longues négociations, un armistice est signé à Pammunjon, sur le 38e parallèle, entre les deux frères ennemis. Il est toujours d’actualité. La guerre de Corée aura fait plus de 2 millions de victimes.

Les percées communistes en Chine et en Corée sont ressenties comme de nouvelles menaces aux États-Unis. Le sénateur républicain du Wisconsin Joseph McCarthy accuse publiquement 57 fonctionnaires du département d'État (le ministère des Affaires étrangères) de collusion avec l'Union soviétique. La chasse aux sorcières s’étend aux milieux du spectacle et à Hollywood. Elle prend fin en 1954, peu après la mort de Staline.

Celle-ci donne lieu à des manifestations de deuil spectaculaires dans le monde entier. Beria, l’ancien maître de la police, assure la succession et, d’emblée, fait libérer un million de personnes. À Berlin-Est et en RDA, les ouvriers croient le moment venu de réclamer de meilleures conditions de travail. La répression est brutale. À Moscou, les hiérarques, pris de peur, chassent Beria et confient à Nikita Khrouchtchev la direction de l’URSS.

Le réveil du tiers monde (1952-1956)

En 1952, le démographe Alfred Sauvy englobe le monde non-occidental sous l’appellation « tiers-monde », en référence au tiers-état de la Révolution française : le tiers-monde est manipulé par les Américains et les Soviétiques de même que le tiers-état l’était par la noblesse et le clergé. Ce tiers-monde commence à sortir de deux siècles de léthargie avec le renversement du roi d’Égypte par un groupe d'« Officiers libres », laïc et républicain. Son chef, Gamal Adbel Nasser (34 ans), se pose en champion du nationalisme arabe.

En Iran, le Premier ministre Mohammad Mossadegh est brutalement démis de ses fonctions sous la pression des Britanniques après qu’il eut nationalisé les compagnies pétrolières étrangères. Cet échec de la première tentative d’émancipation d’un pays pétrolier est durement ressenti par les Iraniens comme par toutes les élites du tiers-monde.

Dans le haut Tonkin, le camp retranché de Diên Biên Phu tombe aux mains du Vietminh. Un siècle de présence française en Indochine se termine dans cette cuvette. Réunis à Genève, les adversaires s’accordent sur un partage temporaire du Viêt-Nam en deux États séparés par le 17e parallèle, l’un, au sud, pro-occidental, l’autre, au nord, prosoviétique. Cette situation précaire va déboucher sur la guerre du Viêt-Nam ou deuxième guerre d’Indochine.

Encouragés par l’exemple indochinois, des indépendantistes algériens commettent une série d'attentats meurtriers. C'est la « Toussaint rouge ». Le gouvernement français prend la mesure du problème l’année suivante après de sanglantes émeutes à Philippeville. Les jeunes appelés du contingent sont requis pour les « opérations de pacification », dans une guerre qui ne dit pas son nom, brutale et bientôt très impopulaire. Tandis qu’il s’englue en Algérie, le gouvernement français accorde une pleine indépendance à ses protectorats du Maroc et de la Tunisie.

Un vent de révolte souffle sur le tiers-monde. À Bandoeng (Java), une conférence réunit 29 États pauvres d'Asie et d'Afrique. Le Yougoslave Tito, l'Égyptien Nasser et l'Indien Nehru revendiquent leur « non-alignement », à égale distance des deux superpuissances, les États-Unis et l'URSS. Signe des temps, aux États-Unis, la ségrégation à l'école est déclarée inconstitutionnelle par la Cour Suprême. Le pasteur Martin Luther King entame une lutte non-violente pour l'intégration des Noirs dans la société américaine.

En Égypte, le président Nasser annonce à la radio, dans un éclat de rire, la nationalisation du canal de Suez. Répliquant à son coup de force, Français et Anglais lancent une opération aéroportée sur Suez tandis que l’armée israélienne fonce à travers le Sinaï jusqu’au canal. Malgré leur victoire sur le terrain, les coalisés doivent presque aussitôt plier bagage face aux injonctions des Soviétiques et des Américains. Cet échec signe la fin de la « politique de la canonnière » de l’époque coloniale.

Les Soviétiques profitent de l’émotion causée par l’affaire de Suez pour envahir la Hongrie. Ils écrasent dans le sang une révolution démocratique. La plupart des Occidentaux sont désormais sans illusion sur la nature du régime soviétique.

Le duel États-Unis-URSS (1956-1964)

Tandis que le tiers-monde bouillonne, l’Europe occidentale nage en pleine prospérité. À Rome, six pays dont la France et l’Allemagne fédérale fondent une Communauté Économique Européenne (CEE), embryon de l’Union européenne.

De l’autre côté de la Méditerranée, les Algérois, craignant d’être abandonnés par Paris, en appellent au général de Gaulle. Celui-ci met en chantier une nouvelle Constitution à tonalité présidentielle : la Ve République. Tournant le dos à ceux qui l’ont ramené au pouvoir, il prépare par ailleurs l’indépendance de l’Algérie. Douloureuse, elle surviendra quatre ans plus tard. Entre temps, De Gaulle accorde l’indépendance aux colonies françaises d’Afrique noire. Les Britanniques et les Belges agissant de même, il ne reste bientôt plus d’autres colonies sur le continent que celles du Portugal. La transition débouche dans l’ex-Congo belge (aujourd’hui Zaïre ou RDC) sur une brutale guerre civile.

À Cuba, Fidel Castro (31 ans) s'empare des rênes du pouvoir. Ses options socialistes lui aliènent la sympathie des États-Unis et l'amènent à s'aligner sur l'Union Soviétique. Cuba devient ainsi le premier pays communiste de l'hémisphère occidental.

La tension internationale monte d’un cran au cours de l’année 1961. La CIA américaine débarque quelques opposants au régime de Castro dans la Baie des Cochons. C’est un échec piteux. À Berlin, les autorités communistes de la RDA érigent une enceinte fortifiée sur la ligne qui sépare leur zone, sous occupation soviétique, des zones sous occupation américaine, anglaise et française.

La guerre froide atteint son paroxysme avec la « crise des fusées ». À Washington, dans un discours mémorable, Kennedy met en demeure les Soviétiques de retirer les fusées à tête nucléaire installées à Cuba. Khrouchtchev s’incline. Chacun respire. La menace d’une troisième guerre mondiale s’évanouit. Pendant ce temps, l’Église fait son « aggiornamento » (adaptation au monde moderne) avec le concile Vatican II, le premier depuis près d’un siècle.

L’espace n’échappe pas à la compétition entre Soviétiques et Américains. Iouri Gagarine accomplit le tour de la terre en 108 minutes à bord d'une fusée Vostok 1. Kennedy promet en réaction qu'un Américain marchera sur la lune avant la fin de la décennie. Assassiné à Dallas (Texas), au zénith de sa popularité, à 46 ans, le président ne savourera pas ce succès posthume.

L’Occident s’interroge (1964-1973)

Le président américain Johnson, qui a remplacé Kennedy à la Maison Blanche, déclenche de premiers raids aériens sur Haiphong et Hanoï en prenant prétexte d’un incident naval dans le golfe du Tonkin. Il s'agit d'une « escalade » décisive dans la guerre non déclarée qui oppose les États-Unis et leur allié sud-vietnamien au Nord-Vietnam.

Sur les campus de Californie, l’opposition à la guerre du Vietnam monte en puissance. Elle gagne l’Europe où beaucoup d’étudiants se prennent de sympathie pour la Révolution culturelle qui débute en Chine. Les jeunes « gardes rouges », brandissant le Petit Livre rouge des pensées du Président Mao, ramènent le chaos dans le pays.

L’échouage du pétrolier Torrey Canyon dans la Manche donne le coup d’envoi des mouvements écologiques mais les critiques portent sur la pollution industrielle et la société de consommation. Il n’est pas encore question de réchauffement climatique. Dans le même temps, l’échec sanglant de la sécession du Biafra, au Nigeria, suscite des interrogations sur l’Afrique nouvellement indépendante et conduit à la création de Médecins sans Frontières, une organisation humanitaire appelée à faire école.

La victoire d’Israël sur la coalition de ses voisins après une guerre éclair de six jours suscite l’adhésion quasi-unanime des Occidentaux. Tout bascule l’année suivante, en 1968, fin de l’euphorie joyeuse et créatrice des années 1960. Les communistes lancent au Sud-Vietnam, une violente offensive à l’occasion de la fête du Têt (le nouvel an vietnamien). Les troupes du pacte de Varsovie occupent la Tchécoslovaquie et mettent fin au « Printemps de Prague » et à l'illusion d'un « socialisme à visage humain ». À Mexico, les Jeux Olympiques, qui ont été précédés par de sanglantes répressions policières, donnent l'occasion à deux athlètes noirs des États-Unis de signifier leur révolte en levant le poing sur le podium. Les ghettos noirs des grandes villes américaines flambent. Les étudiants manifestent par ailleurs de Berlin à San Francisco en passant par Paris et Rome.

Les économies occidentales commencent à donner des signes d’essoufflement. Le président américain Richard Nixon met fin à la convertibilité du dollar. Les monnaies se mettent à flotter de façon désordonnée. Dans le même temps, la naissance discrète du microprocesseur chez Intel prépare la troisième révolution industrielle, celle de la micro-électronique et de la génétique.

Aux Jeux Olympiques de Munich, un attentat palestinien contre la délégation israélienne révèle au monde abasourdi deux réalités avec lesquelles il va devoir apprendre à vivre, le terrorisme et la Palestine.

L’Occident en crise (1973-1978)

Le gouvernement chilien est renversé par le général Pinochet, que soutiennent les États-Unis. Le président socialiste Allende meurt dans l’attaque du palais présidentiel. Après cela, Washington ne se permettra plus d’intervenir dans un grand pays d’Amérique latine.

À la faveur de la fête juive du Yom Kippour, Égyptiens et Syriens attaquent l’État hébreu sur le canal de Suez et le plateau du Golan. Les Israéliens ripostent, non sans mal. Les pays arabes exportateurs de pétrole décrètent un embargo sur les livraisons aux amis d’Israël et relèvent fortement le prix du baril. Ce premier « choc pétrolier » aggrave une crise économique déjà sensible, concomitante avec un effondrement de la fécondité dans les pays européens.

Le président Nixon met un terme à l’engagement américain au Vietnam. Mais, reconnu coupable de machination, il démissionne sans attendre d'y être contraint par le Sénat. Quelques mois plus tard, l’entrée des troupes nord-vietnamiennes à Saigon, rebaptisée Hô chi minh-ville, est ressentie aux États-Unis comme une humiliation supplémentaire.

En Allemagne et en Italie, le rêve libertaire de 1968 dégénère en attentats terroristes. Ces « années de plomb » culminent avec le meurtre du leader italien Aldo Moro. L’élection d’un pape polonais sous le nom de Jean-Paul II ravive cependant l’espoir de l’autre côté du « rideau de fer ».

Derniers soubresauts de la guerre froide (1978-1989)

Dans la foulée de la victoire communiste au Vietnam, les « Khmers rouges » entrent à Phnom Penh et vident la capitale cambodgienne de ses habitants. Il s’ensuit au Cambodge un million de morts, victimes du premier génocide depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les Iraniens chassent le chah et se donnent une république islamique sous l’égide de l'imam Khomeyni. Il s’ensuit un deuxième « choc pétrolier » et un ralentissement de la croissance économique mondiale. Cela ne dissuade pas Anouar el-Sadate de signer la paix avec le Premier ministre israélien Menahem Begin, sous l’égide de l’Américain Jimmy Carter. Le président égyptien paiera son courage de sa vie. Il sera tué deux ans plus tard par un fanatique islamiste.

La révolution iranienne a dès l'année suivante, en 1979, des répercussions en Arabie séoudite où la dynastie entre à son tour dans une croisade islamiste en concurrence avec l'islam chiite. Il s'ensuit une réislamisation massive du monde musulman, dans une tonalité très rétrograde.

L’Irakien Saddam Hussein veut profiter des luttes entre factions iraniennes pour abattre le régime de Khomeiny. Il envahit le pays avec le soutien des Occidentaux et de l’URSS, cependant qu’Israël soutient en sous-main l’Iran. Le régime islamiste se ressaisit. Il va repousser l’agression au terme de huit ans de guerre et deux millions de morts. De leur côté, les Soviétiques envahissent l’Afghanistan pour y établir un gouvernement communiste à leur dévotion. Cette résurgence tardive de la « guerre froide » leur sera fatale.

À l’autre extrémité de l’empire soviétique, les Polonais du syndicat Solinarnosc se rebellent avec le soutien de Jean-Paul II. L’état de guerre n’empêche pas le pouvoir communiste de s’effriter. Dans un sursaut, les gérontes du Kremlin annoncent le déploiement de missiles nucléaires SS-20 dirigés vers l’Europe de l’Ouest. L’OTAN menace de riposter avec des Pershing. Incapables de suivre les Américains dans cette « guerre des étoiles », les Soviétiques battent en retraite.

Nouvel homme fort de l’Union soviétique, Mikhail Gorbatchev (55 ans) comprend la nécessité de réformer le régime en profondeur. Il démocratise à grande vitesse les institutions et organise le retrait d’Afghanistan. La catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl rappelle s’il en est besoin le délabrement du pays.

À l’épreuve de la mondialisation (1989-2001)

1989 apparaît a posteriori comme l'année clé de la fin du xxe siècle. Les pays d’Europe centrale rejettent l’un après l’autre le pouvoir communiste et au cours d’une nuit d’enthousiasme débordant, les Berlinois mettent à bas le Mur de la honte. L’Allemagne scelle un peu plus tard sa réunification cependant qu’implose l’Union soviétique.

La fin du système communiste étend la démocratie à presque tout le Vieux Continent mais ramène aussi la guerre avec le bombardement de Sarajevo par les Serbes. L’Europe se morcelle à n’en plus finir.

Au Moyen-Orient, l’Irak de Saddam Hussein est attaqué par une coalition internationale pour avoir annexé l’émirat du Koweit. Écrasé par la guerre et les sanctions, le pays sombre dans le dénuement et le chaos.

Meurtrie par des coups d’État et des guerres civiles à répétition, l’Afrique noire est le théâtre du dernier génocide du xxe siècle. Au Rwanda, des extrémistes hutus entreprennent d’exterminer à coup de machette la minorité tutsie (10 % de la population) et les hutus modérés. Le massacre fait 800 000 victimes en trois mois. Il est suivi d’un embrasement dans la région des Grands Lacs africains : 3 à 5 millions de morts à ce jour.

La fin du « monde européen » (2001-2008)

Sur la Terre, qui compte en ce début du IIIe millénaire 6 milliards d’habitants (1,6 milliards vers 1990), les Européens ne comptent plus que pour 13 % du total (26 % vers 1900). La percée économique de l’Asie des moussons et du monde chinois met fin à un demi-millénaire de prépondérance européenne et occidentale. Un nouveau chapitre de l’Histoire de l’humanité est en train de s’ouvrir.

Le XXIe siècle débute avec les spectaculaires attentats contre le World Trade Center (New York) et le Pentagone (Washington), perpétrés par l’organisation islamiste Al-Qaida (3 000 victimes). Les Américains frappés de stupeur obtiennent de l’ONU une expédition punitive contre l’Afghanistan, devenu le refuge des islamistes depuis le départ des Soviétiques.

Le président américain Bush Jr veut en profiter pour régler aussi un vieux contentieux avec Saddam Hussein, bien que celui-ci figure en Orient parmi les plus fermes adversaires des islamistes. C’est ainsi qu’avant d’avoir pu « nettoyer » le réduit afghan, l’armée américaine doit se redéployer en Irak. Le pays plonge dans un chaos meurtrier tandis que l’organisation Al-Qaida se réfugie dans les zones tribales du Pakistan, un pays fragile de 150 millions d’habitants dont 20 % de chiites, par ailleurs détenteur de la bombe atomique.

Au centre de la zone, l’Iran, bien qu’en voie de modernisation accélérée, est renvoyé à ses vieux démons khomeynistes par la stigmatisation américaine. Il s’ensuit l’élection d’un extrémiste, Mahmoud Ahmadinejad, et sa réélection controversée quatre ans plus tard. Le président affiche son intention de doter son pays de la bombe nucléaire, avec le risque que plusieurs autres puissances moyennes suivent cet exemple.

Dans le même temps, les États-Unis, après deux décennies d’euphorie financière, sont atteints par une violente crise du crédit, la « crise des subprimes ». Elle est la conséquence indirecte des attentats du 11 septembre 2001 : pour soutenir le moral des Américains, le gouvernement a encouragé la Réserve Fédérale à ouvrir les vannes du crédit.

Dans le même temps, l'intervention du président Bush Jr en Afghanistan puis en Irak a plombé le budget fédéral. Plutôt que de recourir à des hausses d'impôt, le gouvernement a préféré s'endetter à l'étranger et en particulier auprès de la Chine, avec pour conséquence une accélération de la désindustrialisation du pays.

La crise du crédit bancaire atteint par ricochet l’Europe occidentale. Incapables d'opposer un front uni, les pays de la zone euro se voient plus violemment qu'aucun autre désarçonnés par leur endettement public. L'Union européenne tremble sur ses bases, mais aussi la démocratie parlementaire et les qualités qui ont fait la grandeur du Vieux Continent pendant plusieurs siècles.

C’est un tout autre spectacle qu’offre la Chine avec l’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin. Cette réussite exemplaire illustre le décollage économique phénoménal de l’Extrême-Orient ainsi que de l’Union indienne depuis la fin du siècle précédent, avec des taux annuels de croissance d’environ 10 %. L’Asie devient l’atelier du monde à mesure que se désindustrialisent l’Europe et les États-Unis.

Les Américains semblent prendre la mesure de la mutation en cours en portant à la présidence un métis, Barack Hussein Obama, brillant reflet d’un pays multiracial. Celui-ci s’efforce de désengager l’armée américaine des bourbiers afghan et irakien. Il met en place une forme de sécurité sociale comme il en existe en Europe pour réduire le coût, les abus et l’inefficacité du système de santé privé. Les États-Unis se préparent de la sorte à la perte de leur leadership mondial.

La décennie 2001-2010, apparaît significativement comme la moins violente depuis 1840, d’après le nombre de décès dus à la violence d’État (guerres, terrorisme, famines provoquées) : nettement moins d’un million contre deux millions ou bien davantage dans toutes les décennies antérieures. Si ce n’était l’inconnue du changement climatique, ce constat nous donne des motifs d’espérer un avenir meilleur.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-06-09 07:18:15

 
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