VIIe-XXIe siècles

Japon, terre de séismes

L'histoire du Japon se confond avec une longue litanie de catastrophes naturelles ou humaines qui a profondément marqué les esprits. Et est endurée avec une courageuse placidité.

La première cause des tragédies nippones est d'ordre naturel. Si l'on devait décrire sommairement ce chapelet d'îles de 378 000 km2 (les deux-tiers de la France) où se concentrent 127 millions d'habitants (2010), on pourrait le qualifier de poudrière posée sur un tapis roulant.

L'archipel nippon

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Situé sur la « ceinture de feu » (chapelets de volcans) du Pacifique, l'archipel nippon s'étire des latitudes sibériennes à la zone intertropicale. Il comprend du nord au sud les îles d'Hokkaïdo, Honshu (ou Hondo), Shikoku et Kyushu, ainsi que les îles Riu Kiu (ou Riou Kiou), dont la principale est Okinawa.  

La « ceinture de feu » du Pacifique

L'archipel s'étire des latitudes sibériennes à la zone intertropicale. Il se situe au cœur d'une zone de frictions entre quatre plaques tectoniques, l'eurasienne à l'ouest, la philippine au sud, la pacifique à l'est et la plaque d'Okhotsk au nord.

Aussi est-il sujet à de très fréquents séismes, d'intensité très variable. Pas un jour pratiquement ne se passe sans qu'une secousse ait lieu en un point ou un autre de l'archipel. Par ailleurs situé sur la « ceinture de feu » du Pacifique, le Japon comporte pas moins d'une centaine de volcans - dont certains sont entrés en éruption dans les trois dernières années - .

Le volcan le plus élevé du Japon est le Fuji-san (3776 mètres), au centre de l'île principale, Hondo ; cette montagne sacrée du culte shintoïste est faussement appelée Fuji-Yama (ou Fujiyama) par les Occidentaux.

En raison d'un relief très montagneux, les Japonais sont concentrés sur les étroites plaines littorales, donc exposés aux tsunamis (mot japonais désignant les vagues géantes provoquées par des tremblements de terre sous-marins).

Très tôt urbanisé, le Japon se signale par des villes très peuplées et très denses, d'autant plus vulnérables face aux séismes et aux incendies.

La capitale administrative Edo est déjà aux XVIIe et au XVIII siècles l'une des plus grandes villes du monde avec environ 700 000 habitants. En 1657, elle est détruite par un incendie qui fait 100 000 victimes. Sous le nom de Tokyo, la ville est aujourd'hui au centre d'une « Mégalopolis » de 35 millions d'habitants.

Séismes, éruptions... et raffinement social

C'est dire si les Japonais connaissent le risque : la catastrophe est inscrite dans les gènes de leur terre. Si les premières traces de séismes dévastateurs datent du VIIe et surtout du IXe siècle, c'est surtout au XVIIIe siècle que les premières grandes catastrophes sont recensées, en rapport avec l'urbanisation.

Ainsi, la riche plaine du Kantô, au nord de Tokyo, est ravagée en 1703 par un tremblement de terre qui fait 150 000 morts, chiffre considérable pour l'époque (à Lisbonne, en 1755, on en dénombre 60 000).

En 1707, 49 jours après l'un des plus gros séismes qu'ait connu le pays, le Fuji-san entre en éruption. Il libère un nuage de cendres qui remonte cent kilomètres plus au nord, touchant Edo (aujourd'hui Tokyo). Mais c'est en 1792 que la plus grosse catastrophe d'origine volcanique a lieu : après le réveil du mont Unzen, sur l'île de Kyushu, un dôme de lave s'effondre brutalement dans l'océan et crée un gigantesque raz-de-marée qui emporte plus de 14 000 victimes.

Entre les incendies réguliers et les famines, comme celle du Temmei qui fait près de 1 million de morts dans les années 1780, le siècle est rude même si l'Histoire garde le souvenir d'une période prospère, paisible et relativement heureuse, qui voit l'épanouissement d'une société raffinée autour de l'empereur et du shogun, le « monde flottant ».

Plus tard, en 1855,Tokyo est ravagée par un tremblement de terre, laissant 10 000 morts sous les décombres. En juin 1896, le séisme de Meiji-Sanriku, d'une magnitude de 7,2 sur l'échelle de Richter, fait 20 000 morts. Le pire reste à venir.

Tokyo rayée de la carte

L'apocalypse survient en 1923, lorsque le pays est ravagé par le séisme de Kanto, d'une magnitude de 7,9, provoquant la mort de plus de 200 000 citadins, ensevelis, brûlés ou noyés pour la plupart. Survenue le 1er septembre 1923 à 11h58, la secousse principale est suivie d'un raz de marée et de nombreux incendies, puis par une centaine de répliques pendant une semaine, laissant Tokyo en ruine, détruisant également les villes de Yokohama ou Kanagawa.

Les populations se retrouvent sans abris. Elles souffrent vite de famine, de dysenterie ou encore de fièvre typhoïde, ce qui oblige les autorités à instaurer la loi martiale. Un vrai choc, la première prise de conscience collective d'un peuple, qui fait déjà preuve d'une grande force morale, si bien décrite par Akira Yoshimura dans son livre : Le grand tremblement de terre du Kanto.

Désormais, le Japon va tenter de vivre avec ces éléments déchaînés en construisant différemment et en intégrant la prévention des populations. Les séismes et les tsunamis se poursuivent avec plus ou moins de vigueur, mais le nombre des victimes diminue, dépassant rarement les 2 000 morts. Il faut attendre le tremblement de terre de Kobé, au sud de la mer intérieure, en janvier 1995, pour renouer avec l'horreur : 6 437 décès et plus de 43 000 blessés...

Le dernier calvaire du Japon est survenu ce 11 mars 2011 avec le tremblement de terre de Tohoku, au large de Sendai, d'une magnitude de 9, l'un des plus puissants qu'ait connu le Japon, suivi d'un tsunami dévastateur sur le nord-est du pays, doublé d'une catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima.

En ajoutant au cataclysme naturel la responsabilité humaine, l'accident nucléaire de Fukushima (2011) nous rappelle que la nature n'est pas la seule responsable des maux du peuple japonais.

Apocalypse nucléaire

À la litanie des catastrophes naturelles il faut ajouter les désastres provoqués par les hommes, et parmi les premiers d'entre eux, le déluge de feu nucléaire qui s'est abattu sur le pays en 1945.

Les Japonais sont à ce jour les seules victimes de bombardement atomique au monde. Cela ne les dédouane pas des horreurs commises, notamment en Chine, avec en particulier le massacre de Nankin en 1937 (plus de 200 000 tués ou mutilés en six semaines par l'armée japonaise), mais les civils ont durement payé l'aveuglement et les exactions de leurs chefs.

Les 6 et 9 août 1945, après le rejet de leur ultimatum, les Américains lancent des bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki pour forcer le Japon à abdiquer- ce qu'il fera le 2 septembre suivant. Un déluge de feu s'abat alors sur les deux villes, l'équivalent de 15 000 tonnes de TNT rien que sur Hiroshima, avec la formation de vents de 300 à 800 km/h qui dévastent les rues et les habitations. Le bilan est effroyable : villes littéralement soufflées, environ 200 000 morts pour les deux cités, des blessés brûlés ou atteints de cancers et de leucémie à moyen terme.

Cette catastrophe restera longtemps tabou au Japon, les survivants ne faisant l'objet d'aucun secours particulier. Bien au contraire, la plupart garderont leur secret pour éviter notamment que leurs descendants ne puissent fonder une famille en inspirant la peur (contamination des gènes, etc)...

Le chemin de croix n'est pas terminé : un autre drame, plus insidieux car plus discret, ronge les côtes de Minamata, au sud-ouest du pays.

Depuis les années trente, une usine pétrochimique rejette des métaux lourds, et notamment du cuivre, dans les baies où pêchent les populations locales, débouchant sur l'une des catastrophes écologiques majeures du siècle.

Plus de mille morts sont recensés, les mères commencent à donner naissance à des enfants mort-nés ou affichant des malformations ou des handicaps. Pendant plus de trente ans, 400 tonnes de mercure sont rejetées dans la mer, avant que les boues finissent par être traitées.

Le drame de Minimata demeure gravé dans nos mémoires par la vertu d'une photo d'Eugene Smith (ci-contre) où s'exprime toute la douleur d'une mère pour son fils meurtri.

Un demi-siècle plus tard, 13 000 personnes intoxiquées par le mercure de Minimata sont encore prises en charge par les autorités, mais 25 000 attendent toujours une décision les concernant, sans compter ceux qui sont restés discrets sur le sujet, toujours par peur de s'isoler dans une société soudée.

Nouveau drame le 11 mars 2011, au nord-est de l'île de Honshu !

Il combine cette fois la Nature, avec un tremblement de terre doublé d'un tsunami qui ravage la ville de Sendai (18 000 victimes), et l'Homme, avec la noyade de la centrale nucléaire de Fukushima sous la vague de 14 mètres causée par le tsunami (30 000 km2 irradiés, des centaines de milliers de personnes évacuées et des milliers de cancers appelés à se développer dans les années suivantes).

Cette fois, l'émotion planétaire a conduit l'empereur Akihito à intervenir sur les ondes, laissant espérer aux victimes que l'État aurait a cœur de mieux prendre en charge les survivants, leur apportant aide et subsides pour se soigner et se reconstruire, et d'individualiser ainsi la souffrance.

L'Empereur n'a pas manqué de rappeler que le peuple japonais avait, dans sa longue Histoire, appris à faire face aux éléments incontrôlables du destin.

Marc Fourny
Publié ou mis à jour le : 2019-04-30 10:39:46

 
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