Mensuel, N° 820, Avril 2015, 5,70€

Historia consacre sa Une à un ouvrage du professeur de philosophie Jean-Louis Vuillerme, Miroir de l'Occident, Le nazisme et la civilisation occidentale (512 pages, éditions du Toucan, septembre 2014, 25 euros).
Il ne s'agit pas d'un livre d'Histoire mais d'un essai « philosophique » orienté à charge.
L'auteur s'applique à démontrer que l'horreur nazie est l'aboutissement logique de notre civilisation occidentale, plus précisément dans sa version américaine.
Selon la méthode pratiquée par les complotistes et autres négationnistes, il retient parmi une foule de faits ceux qui servent sa démonstration, les met en exergue et oublie les autres.
Jean-Louis Vuillerme établit ainsi une filiation directe entre le nationalisme hérité de la Révolution française, le racisme yankee, le totalitarisme communiste... et le nazisme. Notons qu'avec le même raisonnement, on pourrait aussi faire dériver le djihadisme actuel de l'islam des origines, avec le retour à l'esclavage, au meurtre de masse, à l'enfermement des femmes etc.
La vérité historique est sans doute plus simple : comme tous les phénomènes historiques, le nazisme s'inscrit dans son environnement. Il en tire sa substance, ce qui ne l'empêche pas aussi d'être en rupture avec la civilisation dans laquelle ils ont grandi.
Revenons-en au dossier du magazine Historia : Comment Hitler s'est inspiré de l'Amérique des années 1920. Il débute par un article sur un théoricien américain de l'eugénisme et du racisme, Madison Grant. Cet inconnu est abusivement présenté par Jean-Louis Vuillerme comme le maître à penser de Hitler. C'est oublier les théoriciens beaucoup plus connus comme Chamberlain, Galton, Gobineau... qui sévissaient à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle dans tout l'Occident et que Hitler connaissait plus sûrement.
En matière d'antisémitisme, sujet abondamment rebattu, il est hasardeux de faire de l'industriel américain Henry Ford un maître à penser de Hitler comme le suggère un autre article du mensuel ! On sait que les Russes - plus que les Américains - firent figure de précurseurs. Cela dit, si abjects que furent leurs actes, ils n'allèrent jamais jusqu'à préconiser comme les nazis l'extermination systématique des Juifs.
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