Bimestriel, N° 10, Décembre 2012 Janvier 2013, 5,95€

La guerre de Cent Ans revient en force. Moins en raison du 600e anniversaire de Jeanne d'Arc, l'une de ses plus célèbres participatrices, que du caractère proprement révolutionnaire de cette guerre qui a bouleversé les pratiques militaires et les conceptions politiques.
Elle commence comme une guerre médiévale, avec charges de chevaliers, et finit comme une guerre moderne, avec armées de professionnels, artillerie et mouvements stratégiques. Pas de quoi s'en réjouir. Tandis qu'au XIIIe siècle, les affrontements se soldaient au pire par quelques dizaines de morts, désormais c'est en dizaines de milliers qu'ils se comptent. Car il ne s'agit plus de capturer des chevaliers en vue de les rançonner mais d'exterminer l'ennemi.
Ce numéro de Guerres & Histoire offre un ensemble de textes et de documents passionnants sur ces phénomènes. Il souligne aussi les changements politiques dont ils se sont accompagnés. Le roi d'Angleterre a dû ainsi faire une place aux archers, les yeomen (d'une racine germanique qui signifie «jeune homme»).
Ces archers anglo-gallois, experts dans le maniement du longbow (grand arc de près de 2 mètres d'envergure), constituent l'équivalent d'une artillerie médiévale. Ils pratiquent surtout le tir indirect, en envoyant une «grêle de flèches» jusqu'à 300 mètres, tuant et blessant indistinctement les ennemis, sans faire de distinction entre la piétaille et la chevalerie. Ils se distinguent des arbalétriers génois de l'armée française, qui pratiquent le tir direct tendu, très précis jusqu'à une centaine de mètres.
Troupe d'élite recrutée parmi les paysans aisés, cette yeomanry revendique très tôt sa place sur l'échiquier politique. Forte de son succès face aux Écossais dans la bataille de Halidon Hill, en 1333, elle obtient en 1341 que les représentants des Commons (les Communes bourgeoises) se réunissent séparément des Lords (les barons et nobles) pour débattre des projets fiscaux du souverain. C'est l'amorce du Parlement de Westminster avec ses deux Chambres.
Par cette concession royale, la bourgeoisie anglaise va dès lors être mieux à même d'accepter les impôts réclamés par le gouvernement. En France, tout au contraire, les souverains vont jusqu'en 1789 repousser toute velléité de la bourgeoisie de débattre de la fiscalité. Il en résultera que le roi de France aura toujours beaucoup plus de mal à imposer ses sujets que le roi d'Angleterre ! De fait, hier comme aujourd'hui, ce n'est pas le poids absolu des impôts qui fait problème mais leur iniquité...
Le magazine donne aussi la parole à un vétéran israélien de la guerre du Golan. Le 6 octobre 1973, à 14h, sur ce plateau syrien occupé par Israël depuis la guerre des Six Jours (1967), des Mig-17 syriens plongent sans coup férir sur les chars israéliens. Ensuite vient la percée des chars syriens. Au total 1200. Face à eux, seulement 170 chars israéliens. Dans le même temps, les Égyptiens défont les lignes israéliennes sur le canal de Suez...
Les Israéliens du Golan vont résister avec une ténacité inouïe pour laisser à l'état-major le temps de se réorganiser et épargner l'invasion à la Galilée toute proche. Dès le 11 octobre, c'est au tour des Israéliens de reprendre l'offensive...
Parmi de nombreux autres articles, Guerre & Histoire tord le cou à une légende selon laquelle les Polonais, en 1939, auraient eu la stupidité d'affronter à cheval les tanks allemands. Comme toutes les grandes armées, avant la Seconde Guerre mondiale, l'armée polonaise comportait des unités à cheval, les régiments de uhlans. Mais celles-ci utilisaient leurs montures pour se déplacer, pas pour combattre, et c'est au cours d'une escarmouche que certains uhlans seraient tombés sans l'avoir voulu sur des auto-mitrailleuses allemandes...
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