Climat

France : des crues dévastatrices

En France, les catastrophes naturelles les plus fréquentes et les plus meurtrières sont les inondations provoquées par les crues. Si aujourd’hui les débordements des gros fleuves posent beaucoup moins de problèmes qu’auparavant, les crues de cours d’eau plus modestes continuent à causer de lourds dégâts matériels et humains.

Au cours des siècles, les crues ont été décrites et rapportées par les chroniqueurs. On sait par exemple que la Seine a connu sa crue la plus importante des 500 dernières années en 1658. Une autre particulièrement notable a eu lieu en 1740.

C’est à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque s’achève en Europe le « Petit Âge Glaciaire » débuté 500 ans plus tôt, que l’on observe des épisodes de crues spectaculaires, favorisés par la fonte des glaciers. Retour sur les crues qui ont le plus marqué la France.

Julien Colliat
Il y a crue et crue

On distingue deux types de crue :
- Les crues d’étalement, qui sont les plus fréquentes, et qui se produisent à la suite de pluies à répétition qui font monter progressivement le niveau des cours d’eau.
- Les crues « éclair » qui surviennent à la suite de pluies intenses dans des zones de fort ruissellement. En France, les régions les plus exposées à ce type de crues sont situées sur le pourtour méditerranéen et au sud du Massif central, comme ci-dessous Vaison-la-Romaine, ravagée par la crue du 22 septembre 1992. Leur extrême rapidité les rend imprévisibles et par conséquent très dangereuses.

La crue du Rhône de 1856

En novembre 1840, le Rhône connaît une première crue remarquable tandis que la Saône atteint le plus haut niveau de son histoire. À Lyon, les inondations détruisent 600 maisons et provoquent la mort de 20 personnes.

Mais c’est quinze ans plus tard, le 31 mai 1856, après 36 heures de pluies torrentielles, que le Rhône va connaitre la plus grande crue de son histoire.

Dans la capitale des Gaules, plusieurs digues sont rompues et la rive gauche du fleuve est submergée par des eaux bourbeuses et jaunâtres qui atteignent une vitesse de 10 kilomètres à l'heure, charriant avec elles des troncs d'arbres détruisant tout sur leur passage. La moitié de la ville est inondée. Le quartier le plus touché est celui de la Guillotière, peuplé par près de 100 000 personnes. On dénombre 18 morts, 30 000 sinistrés et 400 maisons détruites.

Impériale compassion

Tout le long de la vallée du Rhône, 100 000 hectares ont été inondés par la crue du fleuve et de ses affluents, causant des dégâts matériels considérables. Devant l’ampleur exceptionnelle de la catastrophe, Napoléon III entreprend un voyage dans les régions sinistrées. Sa première visite est pour Lyon où l’empereur tient à participer en personne aux secours. Il se rend ensuite à Valence, à Avignon et à Arles en faisant quelques haltes dans plusieurs communes inondée.

De passage à Tarascon, Napoléon III traverse la ville dans un bateau au milieu des rues envahies par les eaux et distribue des viatiques aux habitants réfugiés dans les étages supérieurs de leurs maisons. Cette scène est immortalisée par le tableau de William Bouguereau : L’empereur visitant les inondés de Tarascon. Quant au périple rhodanien de l’empereur, il est baptisé : « voyage compassionnel ».

L’Empereur visitant les inondés de Tarascon en juin 1856 (William Bouguereau, Hôtel de ville de Tarascon

[Voir l'image en grandes dimensions]

Napoléon III décide d’allouer des crédits extraordinaires de plusieurs millions de francs aux victimes des inondations et à la reconstruction des régions sinistrées. A Paris, les commerçant et ouvriers du Faubourg Saint-Antoine lancent une grande loterie en faveur des sinistrés, sous le patronage de l’impératrice Eugénie et sous la direction du ministre de l'Intérieur.

Cette catastrophe contraindra les pouvoirs publics à mettre en œuvre une véritable politique d’aménagement du territoire. En 1858 est ainsi votée une loi à l’origine des « zones d’expansion des crues », qui détermine un plan d’action ambitieux pour l’édification et l’entretien des digues et réglemente les constructions dans les secteurs potentiellement inondables.

La crue de la Garonne de 1875

À Toulouse, compte-tenu de la situation géographique de la ville, les crues de la Garonne sont monnaie courante au printemps. Au cours de son histoire, la « ville rose » a subi plusieurs inondations spectaculaires. Celle de 1727 tua 50 personnes et détruisit 939 maisons, tandis que celle de 1772 provoqua l’effondrement de l’hospice Saint-Jacques.

À la suite de pluies diluviennes qui s’abattent sur le sud-ouest du pays, la Garonne est sortie de son lit le 23 juin 1875, dépassant de six mètres son étiage habituel...

Une énorme masse liquide s’abat sur l'avenue de Muret et met en pièces en quelques secondes les maisons adjacentes. Les bas quartiers de Toulouse sont très rapidement submergés. Quelques instants plus tard, la Garonne franchit le cours Dillon et envahit le faubourg Saint-Cyprien. En forme d’entonnoir, celui-ci est totalement inondé. Dans la soirée, le fleuve atteint sa cote maximale à l’échelle du pont Neuf : 8,32 mètres. Il s’agit encore aujourd’hui du niveau des plus hautes eaux connues de la Garonne.

Durant la nuit, la plupart des habitants sont contraints de se réfugier sur les toits, assistant avec impuissance aux inondations. Au petit matin, les eaux commencent à baisser laissant derrière elles un paysage apocalyptique : arbres déracinés, toitures défoncées, maisons éventrées, planchers effondrés, dalles de balcon descellées… Dans certaines zones, le sol est littéralement rasé et tout l’équipement urbain a disparu. La crue a surtout provoqué la mort de 209 personnes et détruit 1140 maisons.

En deux jours, les rives de la Garonne ont été dévastées sur plus de 250 kilomètres et des dizaines de communes ont été submergées. Les petites habitations le long du fleuve ont été emportées avec leurs occupants tandis qu’Agen est presque entièrement recouvert par les eaux.

Que d’eau, que d’eau !

Ces terribles inondations de la Garonne sont à l’origine d’un mot historique. Le 26 juin 1875, le président de la République, Patrice de Mac-Mahon, arrive à Toulouse.

Le passage dans cette région revêt une importance d’autant plus symbolique pour le chef de l’État que celui-ci a pour ancêtre, Pierre Paul Riquet, constructeur durant le règne de Louis XIV du canal du Midi, reliant la Garonne à la Méditerranée.

Pourtant, alors qu’il découvre les terribles ravages subis par la « ville rose » inondée, Mac-Mahon manque cruellement d’inspiration et devant tous les officiels qui l’accompagnent, se contente de prononcer cette formule laconique : « Que d’eau ! Que d’eau ! ». Cette réaction fut jugée un peu courte eu égard à l’ampleur de la catastrophe, et le président se fit copieusement brocarder par les journalistes.

Le manque d’à-propos de Mac-Mahon à l’occasion de cette catastrophe nationale est à l’origine de plusieurs inepties ou tautologies que l’on prête, très probablement à tort, à ce président de la République. Pour n’en citer qu’une : « La fièvre typhoïde on en meurt ou on en reste idiot. Je sais de quoi je parle, je l’ai eue ! »

La crue de la Seine de 1910

Après une année 1909 extrêmement pluvieuse, la Seine connaît entre le 20 et le 28 janvier 1910 sa plus grande crue depuis le XVIIe siècle...

Le fleuve dépasse cette année-là son niveau habituel de pratiquement 8 mètres, provoquant les inondations les plus spectaculaires de l’histoire de la capitale avec le déversement de près de 4 milliards de mètres cube d’eau. Ironie du sort, ces inondations ont été facilitées par les infrastructures modernes, les eaux s’étant engouffrées dans les 1000 kilomètres de galeries souterraines destinées aux égouts, à la distribution de l’eau potable, aux câbles téléphoniques et à la transmission par pneumatique.

Douze des vingt arrondissements parisiens et une centaine d’artères sont inondés. Le métro pas plus que les trains ou les tramways ne peuvent circuler et dans les quartiers sinistrés, la circulation se fait en barques, donnant à la capitale un air de Venise. Outre les transports, la ville est également soumise à une coupure de son réseau téléphonique, gazier et électrique. Pour la première fois de son histoire, Paris est complètement coupée du monde. Heureusement, les Halles n’ont pas été inondées, ce qui permet d’éviter une pénurie alimentaire, en dépit de toutes les difficultés d’acheminement.

Le quart des habitations ont été envahies par les eaux et on compte 150 000 sinistrés. Si par chance on ne déplora qu’un seul mort - un sapeur pompier emporté avec son embarcation -, le bilan matériel s’avère beaucoup plus important. Le sous-sol étant fragilisé par les eaux, des chaussées se sont affaissées ou effondrées comme celle de la place de l'Opéra et des Champs-Élysées. Dans de nombreuses rues, les pavés en bois se sont décollés du sol et ont flotté à la surface. Leur solidité ayant montré leur limite, ils seront remplacés par des pavés en pierre qui feront le bonheur des étudiants en mai 1968.

La crue de 1910 bénéficia d’une médiatisation sans précédent et fut la première à être immortalisée par un nombre impressionnant de photographies, films cinématographiques, articles de presse (ci-dessus Le Petit Parisien du 27 janvier 1910) et autres cartes postales, qui rendent l’événement encore plus vivant.

Le Petit Journal du 13 février 1910

Opération « ordures au fil de l’eau »

Lorsque la décrue s’amorça, les autorités durent faire face à un nouveau problème : désinfecter rapidement la capitale des détritus et des boues nauséabondes charriés par les eaux afin d’éviter la diffusion d’épidémies qui aurait pu créer une catastrophe sanitaire.

Ce grand nettoyage prit deux mois. Durant la crue, pour évacuer les poubelles qu’il n’était pas possible d’acheminer vers les usines d’épuration situées en proche banlieue, le préfet Louis Lépine décida de déverser directement les déchets dans la Seine à partir du pont de Tolbiac et du viaduc d’Auteuil. Baptisée « Ordures au fil de l’eau », cette opération dura plus de deux semaines et fut plus que modérément appréciées par les habitants des communes situées en aval !

La crue du millénaire dans le Tarn (1930)

Après un hiver très pluvieux, une interminable averse touche le pourtour méditerranéen entre le 1er et le 3 mars 1930. A Béziers, l’Orb entre en crue et détruit le barrage du Pont-Rouge, construit sous Louis XIV. Plus à l’ouest, les principaux affluents du Tarn connaissent des crues sans précédent. L’Agout atteint ainsi jusqu’à 21,50 mètres au pont de Saint-Sulpice, chiffre qui constitue encore aujourd’hui le record européen de crue. À Castres, ville dont la position constitue un véritable étranglement pour les débordements, presque toute la rive gauche est inondée. Les deux principaux ponts de la ville sont submergés et de nombreuses maisons s’effondrent.

La rue principale de Reyniès-les-Bains le 15 mars 1930La crue record de l’Agout fait déborder le Tarn. Le 2 mars au soir, l’eau déferle en trombe sur le village de Reyniès (Tarn-et-Garonne) et ravage tout sur son passage. Une centaine de maisons s’écroulent et 14 personnes périssent noyées.

Dans la nuit du 3 mars, Montauban endure les pires inondations de son histoire. Le Tescou envahit une grande partie de la ville. Submergées par 6 mètres d’eau, des centaines de maisons s’affalent dans un vacarme assourdissant. On dénombre 25 morts, 1000 maisons écroulées et près de 10 000 sinistrés.

En aval les inondations sont encore plus meurtrières. Gonflé par l'apport de l'Aveyron, le Tarn submerge la ville de Moissac. En quelques minutes, les habitants voient déferler des vagues d’un mètre de haut qui engloutissent plusieurs quartiers. Dans cette petite ville, le bilan des inondations est de loin le plus élevé : 120 morts, 1400 maisons détruites et 6000 sans abris.

La crue du Tarn et de ses affluents aura provoqué la mort de 300 personnes et rayé de la carte des villages entiers. La tragédie terminée, le président de la République, Gaston Doumergue, se rendit immédiatement sur les lieux. Dans un discours à la mairie de Castres, le chef de l’État compara les ravages causés par la crue à ceux subies par les régions du nord-est de la France durant la Première Guerre mondiale et promit une aide analogue. Le dimanche 9 mars fut déclaré jour de deuil national et l’étendard tricolore en berne dans tout le pays, y compris dans les colonies.

Le président Gaston Doumergue à Moissac le 15 mars 1930Pour venir en aide aux sinistrés, une souscription nationale futouverte. Le dictateur italien Benito Mussolini fut même au nombre des généreux donateurs !

Ému par le sort du petit village d’Albefeuille-Lagarde qui paya un lourd tribut durant les inondations avec 7 morts, 102 maisons écroulées et plus de 85% d’habitants sinistrés, le gouvernement hollandais décide de prendre en charge sa reconstruction en envoyant sur place du matériel et de la main-d’œuvre pour rebâtir entièrement le village selon une architecture hollandaise.

À Montauban, des dons belges permirent la construction d’un vaste édifice : la Maison du peuple. Des liens fraternels se tissèrent entre les deux populations si bien que dix ans plus tard, lors de l’invasion de la Belgique par l’Allemagne nazie, de nombreux sujets belges vinrent se réfugier dans la préfecture du Tarn-et-Garonne, généreusement accueillis par les Montalbanais qui se sentaient redevables.

Vue aérienne de Reyniès le 15 mars 1930.png

Un héros nommé… René Bousquet

Durant ces inondations du Tarn, plusieurs personnalités se sont illustrées par des actes héroïques. Dans le village de Villemade, l’intervention d'un groupe de sauveteurs, dans lequel se trouve le futur député du Tarn-et-Garonne, Antonin Ver, permet de sauver de la noyade plus de 86 personnes.

À Montauban, Adolphe Poult, fils d’un grand industriel de la région, passe toute la nuit à bord de son canoë indien et réussit à sauver des dizaines de personnes prises dans les eaux tourbillonnantes du Tarn. Épuisé, le jeune homme finit par se noyer après que son canoë ait chaviré. Son corps sera retrouvé deux jours plus tard et le ministère des Travaux Publics lui décernera la Légion d'honneur à titre posthume.

Durant toute sa mission, Poult avait été assisté par le chef de cabinet du préfet qui agit avec tout autant de bravoure. Ce haut fonctionnaire prometteur était un certain René Bousquet, celui-là même qui douze ans plus tard, en pleine Occupation, sera l’un des responsables de la rafle du Vel d’Hiv… S'étant trompé sur son prénom, Le Populaire (10 mars 1930) fait référence à « Louis Bousquet, l’héroïque habitant de Moissac qui a sauvé plus de 150 personnes avec son camarade Paulet qui, lui, a été noyé ».

Octobre 1940 : déluge sur les Pyrénées-Orientales

Du 16 au 20 octobre 1940, des pluies diluviennes s’abattent sur les Pyrénées-Orientales, autour du massif du Canigou. Le 17 octobre, la commune de La Llau reçoit les plus fortes précipitations jamais enregistrées en France : plus de 10 mètres d’eau en 24 heures ! Soit 1,7 fois les précipitations moyennes annuelles tombées sur Paris. Ces pluies record engendrent les plus grandes crues observées dans la région depuis 1763, emportant des centaines d’habitations, plusieurs usines électriques, des ponts et des tronçons routiers et ferroviaires.

Dans la vallée de la Têt, la région fertile du Ribéral subit des dommages incalculables.

Des milliers d’hectares de terres cultivables se voient ensablées, jusqu’à parfois 1 ou 1,5 mètres d'épaisseur, les rendant improductives pour longtemps. Sur le Tech, fleuve côtier le plus au sud de l’Hexagone, la crue est dévastatrice.

La commune d’Amélie-les-Bains (rebaptisée ainsi 100 ans plus tôt, en hommage à la reine Marie-Amélie de Bourbon-Siciles, épouse de Louis-Philippe) est complètement ravagée, sa gare emportée par le fleuve. Le bilan humain de ces crues dépasse la cinquantaine de morts. Il sera toutefois 6 fois plus important de l’autre côté de la frontière.

2 décembre 1959 : Fréjus engloutie

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre des grands projets d’équipement, il fut décidé de construire un barrage-voûte dans la région de Fréjus, afin d’alimenter la région en eau d'irrigation. Le site choisi fut celui du lieu-dit de Malpasset, à dix kilomètres en amont de Fréjus, dans la vallée du Reyran, un torrent affluent de l’Argens.

L’édifice est inauguré en 1954. Réalisé par André Coyne (à qui l’on doit le barrage du Chevril), il culmine à 59 mètres de haut pour 220 mètres de long. L’épaisseur très faible de son mur de retenue (6,78 m à la base et 1,50 m à la crête) fait du barrage de Malpasset le plus mince d'Europe.

Le 30 novembre, des pluies diluviennes touchent le secteur de Fréjus et durent jusqu’au 1er décembre. Le Reyran est alors à son niveau maximum.

À Malpasset, le niveau de l’eau est monté très vite et pour la première fois en cinq ans, le barrage est plein. Mais les responsables refusent d’ouvrir les vannes et évacuer l’eau pour ne pas perturber les travaux de l’autoroute A8, à un kilomètre en aval. Le 2 décembre, à 18 heures, la capacité maximale du barrage est atteinte et des fissures entre le barrage et la roche qui le supporte commencent à apparaître.

Il est finalement décidé de laisser de l’eau s’écouler. Le niveau du Reyran baisse de quelques centimètres mais les fuites perdurent.

A 21h13, le barrage cède d’un coup et vole en éclat. Une vague gigantesque de 40 à 50 mètres déferle à une vitesse de 70 km/h dans l’étroite vallée du Reyran, balayant tout sur son passage, des habitations alentours au chantier de l’autoroute. Les témoins ont décrit le bruit de cette marée gigantesque au « passage d'une escadrille d'avions à réactions » ou au « hurlement d'une dizaine de locomotives lancées à pleine vitesse ».

En 21 minutes, la vague atteint Fréjus alors peuplée de 8 000 habitants. Les eaux envahissent les quartiers ouest avant de se répandre en centre-ville. Privée d’électricité et de téléphone, la gendarmerie fait sonner le tocsin. En toute hâte, les habitants tentent de se réfugier sur les hauteurs tandis qu’une file ininterrompue de voitures cherchant à fuir dans la direction de Saint-Raphaël embouteille l’artère principale. En moins d’une demi-heure, ce sont près de 50 millions de mètres cubes d’eau et de boue qui ravagent la vallée du Reyran, charriant cadavres et débris avant de se perdre dans la mer. Créé quelques années plus tôt, le plan ORSEC est immédiatement déclenché.

Le bilan total de la catastrophe est apocalyptique : 423 victimes, dont 135 enfants. Certains corps seront retrouvés deux semaines plus tard flottant à la surface de la mer, à des dizaines de kilomètres des côtes.

La couverture de Paris Match le 2 décembre 1959La tragédie de Malpasset eut une conséquence sur le code civil. Parmi les victimes se trouvait un jeune homme qui devait se marier quinze jours plus tard. L'opinion publique s'est émue de la douleur de sa jeune fiancée, enceinte, et dont l’enfant allait uniquement avoir le statut juridique d’enfant naturel. En conséquence, les autorités ont accepté la contraction d’un « mariage posthume », comme cela s’était déjà fait durant la Grande Guerre, et qui permettait à l’enfant à naître d’obtenir le statut d’enfant légitime. Quelques semaines après le drame de Malpasset, l’article 171 du code civil fut ainsi modifié, instituant officiellement le « mariage posthume ».

Les experts concluront que c’est le choix de l’emplacement du barrage qui fut à l’origine de la catastrophe. À Malpasset, la roche d’appui, le gneiss, n’était pas homogène. Cette roche de qualité médiocre ne résista pas à l’extraordinaire poussée de l’eau.

La catastrophe de Malpasset (1959) (DR)

Élan planétaire

Dans un émouvant élan de solidarité, la France entière se mobilise immédiatemnt au secours des victimes de Malpasset. Des quêtes et des collectes de vêtements sont organisées à grande échelle dans les écoles. Européens et Américains se mobilisent également. Il s'agit de la première manifestation mondiale de solidarité.

Octobre 1960 : inondations du siècle dans le Limousin

Les 3 et 4 octobre 1960, des précipitations record sont enregistrées sur le Limousin provoquant la crue de nombreux cours d’eau. Plus d’une centaine de communes subissent des inondations d’une ampleur inégalée. A Brive-la-Gaillarde, la Corrèze envahit un quart de la ville et quantité de maisons sont inondées jusqu’au premier étage. On compte 2 victimes et 7 000 sinistrés. Tulle est quant à elle submergée par 2 mètres d’eaux boueuses qui ravinent les rues et soulèvent les dalles des trottoirs. On déplore également deux victimes.

La Vézère déborde sur un kilomètre de large et de nombreuses communes sont envahies par ses eaux torrentielles. À Montignac, qui abrite sur son territoire la célèbre grotte de Lascaux, où la rivière gonfle jusqu’à près de 10 mètres au dessus du niveau d’étiage, coupant totalement la ville de ses voies de communication.

Rivière habituellement très paisible, la Creuse provoque de terribles inondations. La commune la plus touchée est celle d’Aubusson, célèbre pour ses tapisseries, où les trois quarts de la ville sont submergés ou ensablés. Stationnés non loin de là, à La Courtine, l’armée hollandaise dépêche sur les lieux un convoi de ravitaillement pour aider les sinistrés. Rompus à ce genre de missions, les Bataves érigent des murs de sacs de sable pour contenir et dévier le flot et participent activement aux secours. En récompense, le sous-préfet décore la division hollandaise de la médaille du courage et du dévouement, distinction rarissime (et peut-être même inédite) à l’égard d’une troupe étrangère en temps de paix.

Les inondations du Limousin ont causé la mort d’une vingtaine de personnes et ont fait près de 30 000 sinistrés. Les dégâts matériels ont été évalués à 12 milliards de nouveaux francs.

22 septembre 1992 : la catastrophe de Vaison-la-Romaine

Le 21 septembre 1992, des pluies diluviennes tombent sur les Cévennes. Le lendemain, un épisode orageux d'une rare violence touche l’Ardèche, la Drôme et surtout le Vaucluse. A Vaison-la-Romaine, petite ville au très riche patrimoine historique située à la confluence de l’Ouvèze et de plusieurs petits cours d’eau, la pluie s’intensifie en début d’après-midi. Gonflée par les précipitations ainsi que par l’apport de ses affluents, l’Ouvèze entre brutalement en crue. À 15 heures, une coulée d'environ 50 centimètres envahit le camping municipal, situé au confluent de l’Ouvèze et d’un ruisseau en amont du pont romain.

La crue atteint son paroxysme à 15h40. Vingt minutes plus tard, un brusque torrent d’eau et de boue submerge totalement le camping municipal, emportant tout sur son passage. Filmées par un vidéaste amateur et diffusées à la télévision, les images sont spectaculaires. On peut y voir des arbres, des voitures et des caravanes charriées par les eaux, allant se fracasser contre le pont romain. Lorsque les pluies cessent, les eaux de l’Ouvèze ont atteint 17 mètres de hauteur, dépassant même de 2 mètres le tablier du pont romain. Le torrent d'eaux boueuses se répand ensuite sur les rives avec une puissance dévastatrice, inondant les parkings situés sur les quais et tout le centre-ville. Même la caserne des pompiers est envahie par les eaux. Le plan ORSEC est aussitôt déclenché dans tout le département. Les hélicoptères arrivent très vite à Vaison et s’activent à secourir les habitants réfugiés sur les toits ou accrochés aux arbres.

Le bilan humain se chiffre à 46 morts. Toutes les constructions situées dans le lit majeur de la rivière, dont un lotissement entier, ont totalement disparu, de même que le camping municipal. Plusieurs sites gallo-romains ont également été endommagés, en particulier le pont romain.

Un phénomène récurrent

Désormais, les crues éclairs provoquent des inondations meurtrières deux ou trois fois par décennie en moyenne. Au cours des premières années du XXIe siècle, c’est essentiellement sur le pourtour méditerranéen que ces catastrophes se sont concentrées. En juin 2010, la crue de l’Argens a provoqué la mort de 27 personnes, la majorité à Draguignan. Dans la nuit du 3 au 4 octobre 2015, un véritable déluge s’est abattu sur l’ouest du département des Alpes Maritimes occasionnant le débordement de la Siagne et de la Brague. On dénombra 20 morts, tandis qu’à Antibes, le parc Marineland fut dévasté.

Tous les pays européens au climat tempéré sont sujets comme la France à des crues éclairs ou des crues d'étalement. Le déréglement climatique en cours rend leur prévention de plus en plus difficile malgré les moyens mis en oeuvre.

L'endiguement des rives ne suffit pas à empêcher les débordements. Il peut même parfois les aggraver en concentrant le trop-plein sur les rares points de faiblesse au lieu de le laisser s'étaler dans les plaines. C'est ce qu'a démontré l'ingénieur Guillaume Comoy à l'occasion des inondations de 1856, quand il analysé les failles des « levées » érigées le long de la Loire au fil des siècles.

Notons que les crues demeurent en France et en Europe très modestes en comparaison de celles qui frappent les grands bassins fluviaux de la planète. Le record appartient sans doute au Fleuve Jaune ou Huang He, qui irrigue la Chine du nord. Il a plusieurs fois changé de cours à l'occasion de crues géantes. L'une des plus mémorables est celle de 1887. Provoquée par la rupture d'une digue, elle a entraîné un million de paysans dans la mort et déporté le cours du fleuve de plusieurs centaines de kilomètres vers le sud.


L'auteur : Julien Colliat

Julien ColliatJulien Colliat est diplômé en histoire (master 2) à l’Université Lyon 3.

Sa spécialité universitaire est l’histoire contemporaine mais il se passionne pour tous les domaines de l'Histoire y compris les plus inattendus. Cette ouverture d'esprit l'amène à collaborer à de nombreux livres de vulgarisation historique et des documentaires télévisés. Il a publié ainsi en 2019 une Anthologie de la répartie aux éditions du Cherche-Midi.

Sous la bannière Herodote.net, il a signé en 2018 un hors-série du magazine belge Télépro sur l'Histoire de la Belgique.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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