Le 11 septembre 2001 en BD

Est-ce bien sérieux ?

Faire entrer la tragédie du World Trade Center dans des cases, utiliser des bulles pour rendre compte d'un des événements les plus marquants de ce début du XXIe siècle, est-ce raisonnable ? Oui, si l'on accepte de se débarrasser de l'image traditionnelle de la bande dessinée réservée aux gentilles histoires colorées de Mickey et Astérix.

La BD est bien plus que cela, et ces dernières années ses auteurs n'ont pas hésité à aborder des sujets brûlants ou dramatiques, avec succès. Trois albums en apportent ici de nouveau la preuve.

A l'Ombre des tours mortes, Art Spiegelman, 2004, éd. Flammarion.À tout seigneur tout honneur : commençons par celui de l'américain Art Spiegelman dont le Maus avait reçu en 1992 un prix Pulitzer couronnant l'originalité et la force de son évocation de l'Holocauste.

Le dessinateur, qui était à New York ce 11 septembre 2001, ne propose pas dans les 10 grandes planches d'A l'Ombre des tours mortes (2004, éd. Flammarion) un récit linéaire des événements. Il préfère s'attacher à traduire ses angoisses avec les outils dont il dispose : son dessin bien sûr, mais aussi des renvois aux comic strips qui lui permettent de prendre du recul sur ce qu'il a vécu.

Chez Spiegelman en effet, le traumatisme renvoie à un autre épisode noir : « Fuir le nuage toxique qui, quelques instants plus tôt, était encore la tour nord du World Trade Center m'a laissé chancelant sur cette ligne de faille où l'histoire du monde et l'histoire personnelle se télescopent – cette introspection dont me parlaient mes parents, rescapés d'Auschwitz, quand ils me répétaient que je devais toujours tenir ma valise prête ». Dense, exigeante et sans concession sur la politique américaine, cette œuvre peut déstabiliser puisqu'elle ne cherche pas à raconter les faits mais traduire le choc vécu par son auteur.

Le jour où le monde a basculé, © CHOCHOIS - BOUTHIER - DARGAUD 2021Bien différent est l'angle d'approche de 11 Septembre 2001. Le jour où le monde a basculé, de Baptiste Bouthier et Héloïse Chochois, sorti cet été (éd. Dargaud).

Ses auteurs, habitués à faire œuvre de vulgarisation auprès des adolescents, nous font vivre les événements tels que les a perçus une jeune parisienne. Ils recréent ainsi l'ambiance de l'époque entre incompréhension et rumeurs, avant de rappeler les conséquences géopolitiques de cet attentat.

Si l'on sent bien le désir d'être didactique, le propos ne manque pas de force lorsque les auteurs nous font croiser le chemin de personnages « réels » présents ce jour-là sur place, employés de bureau, passants ou pompiers. D'une lecture aisée, ce livre peut tout à fait être apprécié par des amateurs plus âgés que le public lycéen qu'il semble viser.

McCurry, NY 11 septembre 2001, JD Morvan et Jung Gi Kim, 2016, éd. Dupuis.Évoquons enfin l'ouvrage McCurry, NY 11 septembre 2001 (éd. Dupuis, 2016), de JD Morvan et Jung Gi Kim. McCurry, auteur du célèbre portrait de la jeune afghane aux yeux verts, se souvient de sa traversée de Manhattan après la chute des tours : « C'est étrange mais j'avais l'impression de me retrouver en terrain connu. Pas dans ce New York City où je vivais depuis 30 ans. Non. Plutôt sur une ligne de front, comme j'en avais arpenté souvent ».

C'est en effet le regard d'un reporter de guerre que nous propose cet album où se mélangent dans une parfaite harmonie dessins et photographies.

Du Koweit à l'Afghanistan, de l'Inde au Stade de France pendant l'attentat de 2015, McCurry montre ici comment son expérience du terrain lui a permis de garder ses réflexes de professionnel de l'image pour témoigner par l'image au milieu du chaos.

Isabelle Grégor
Publié ou mis à jour le : 2021-09-12 16:08:20

 
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