Vers un monde multipolaire

Égypte : 2e période intermédiaire

En 1800 av. J.-C., le Moyen Empire égyptien est toujours rayonnant sous le long règne d’Amenemhat III. Cependant, son successeur Amenemhat IV ne règne que 8 ans, et sa mort semble soulever des problèmes de succession qui vont mettre fin à la XIIe dynastie. En effet, c’est sa sœur et épouse Néférousobek qui prend le pouvoir vers 1790 av. J.-C..

Elle devient donc la 2e femme pharaon après Nitocris, et marque la fin du Moyen Empire comme Nitocris avait marqué celle de l’Ancien Empire. Elle ne règne que quelques années, et après elle la logique de succession apparaît très obscure : les pharaons de la XIIIe dynastie se succèdent à un rythme élevé sans appartenir à la même lignée.

Querelles de succession

Les querelles de succession récurrentes entraînent des périodes de troubles qui alternent avec des périodes plus stables. 2 lignées rivales se distinguent, celle de Thèbes et celle de Licht. Les fonctionnaires assurent cependant la continuité, ce qui empêche le pays de sombrer dans le chaos.

Cela dure ainsi jusqu’au règne de Sobekhotep IV vers -1730, qui marque un dernier regain de vitalité avec ses 10 ans de règne. L’unité du royaume de résiste pas à sa mort vers -1720, cette fois de façon durable. Dans le delta, un royaume prend son indépendance sous l’impulsion de chefs d’origine étrangère, qui fondent la XIVe dynastie. D’abord situé à Xoïs, le centre du pouvoir se déplace ensuite à Avaris plus à l’est.

Les 60 ans qui suivent sont très méconnus et voient un faible rayonnement de l’Égypte. Au sud, le royaume de Kerma, appelé pays de Koush par les Egyptiens, en profite pour s’étendre sur toute la Nubie et atteint son apogée. Il connaît un boom démographique et la capitale s’embellit. Ses relations avec l’Égypte sont pacifiques et il joue un rôle d’intermédiaire commercial essentiel.

Comme lors de la 1ère période intermédiaire, la faiblesse de l’Égypte favorise l’installation de peuples venus du Proche-Orient dans le delta, connus sous le nom de Hyksos. Ceux-ci profitent du grand retard de l’Égypte en matière d’armement, lié à son isolement relatif au cœur du désert. Vers 1650 av. J.-C., les Hyksos parviennent ainsi à s’emparer du pouvoir dans le delta et fondent la XVe dynastie. Depuis leur capitale Avaris, ils progressent ensuite vers le sud jusqu’à la Moyenne Égypte : le pharaon retranché à Thèbes doit alors payer tribut pour stopper leur avancée.

Les Hyksos constituent un système d’états vassaux dans le pays, dont les chefs correspondent la XVIe dynastie. Au sud, la Haute Égypte reste indépendante : une lignée parvient enfin à se stabiliser avec la fondation de la XVIIe dynastie. La situation va ainsi perdurer pendant environ un siècle.

Loin d’amener le chaos, l’invasion des Hyksos favorise au contraire un renouveau de l’Égypte : d’une part ils s’égyptianisent rapidement et perpétuent donc les traditions. D’autre part, ils amènent avec eux les innovations du Proche-Orient, notamment dans le domaine militaire : ainsi le char de guerre, utilisé depuis près d’un millénaire en Mésopotamie, gagne l’Égypte à cette époque et constituera une composante essentielle des armées du Nouvel Empire.

Le pharaon hyksos le plus connu est Apophis Ier, qui règne de 1580 à 1545 av. J.-C.. A cette époque, la Haute Égypte commence à prendre de l’assurance : vers -1560, le pharaon de Thèbes Seqenenrê Taa refuse de verser tribut, ouvrant la guerre entre les 2 royaumes. Apophis Ier cherche alors à s’allier avec le royaume de Kerma, mais ne parvient pas à stopper l’avancée de la Haute Égypte.

Seqenenrê Taa meurt au combat et son successeur Kamosé poursuit la lutte : au sud il attaque le royaume de Kerma et progresse jusqu’à Bouhen. Au nord, il continue la progression en Moyenne Égypte et prend le contrôle de la route des oasis. La reconquête est achevée par son successeur Ahmosis Ier : il entre dans le delta et parvient à s’emparer de la capitale Avaris après 18 ans de combats, vers 1535 av. J.-C.. Cet événement marque le début du Nouvel Empire, au cours duquel l’Égypte antique va atteindre son apogée.


L'auteur : Vincent Boqueho

Vincent Boqueho est astrophysicien et professeur de physique en classes préparatoires à Nice. Féru d'Histoire longue, il a publié un essai percutant sur l’influence du climat : Les civilisations à l’épreuve du climat (éditions Dunod, avril 2012, 186 pages, 18 euros).

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net