La Vie devant moi

Choisir le courage sous l'Occupation

26 février 2025. Cacher des personnes juives durant la Seconde Guerre mondiale exigeait un grand courage. Être dénoncé, c’était courir le risque d’être fusillé ou déporté. Pourtant, des Français choisissent d’affronter le danger pour rester fidèles à eux-mêmes et à une certaine idée de la France.

Basée sur des faits réels, La vie devant moi, le film de Nils Tavernier sorti en salles le 26 février, dépeint le quotidien d’une famille juive cachée par des Français attachés à leur humanité. Une œuvre poignante qui rappelle le prix inestimable de la dignité des personnes, quelles que soient leurs religions.

Affiche du film La Vie devant moi (2025).Une histoire de courage, de lâcheté et de haine. Le dernier film réalisé par Nils Tavernier met à nu les êtres humains dans un moment historique particulièrement marquant : la rafle des juifs pendant l’occupation.

L’histoire mise à l’écran est inspirée de faits réels. Le réalisateur l’a découverte en visionnant les témoignages filmés en 1997 dans le cadre de la « Survivors of the Shoah Visual History Foundation » de Steven Spielberg. L’une des personnes interviewées, Tauba, racontait comment sa famille avait échappé à la Shoah grâce à l’aide d’un couple parisien qui les avait cachés de 1942 jusqu’à la Libération de Paris. Le choc est tel qu’il décide d’en faire un film avec la collaboration de Guy Birenbaum, le fils du résistant Richard Birenbaum et de… Tauba.

Le film se concentre donc sur la famille Zylbersztejn, des Polonais contraints de quitter leur appartement dès les premières rafles de juifs étrangers. Après un bref passage chez la grand-mère maternelle, le père Moshe (Guillaume Gallienne), la mère Rywka (Adeline d’Hermy) et leur fille Tauba (Violette Guillon) échappent de peu à la rafle du Vél d'Hiv menée le 16 juillet 1942 et doivent trouver un autre refuge.

Temps suspendu

Les Dinanceau, un couple de Parisiens incarné par Sandrine Bonnaire et Laurent Bateau, vont prendre le risque de les protéger en les cachant dans une mansarde de six mètres carrés située sous les toits de leur immeuble. Ce qui devait être un moment provisoire va finir par s’installer pour une durée... indéfinie.

Pour les reclus, c’est une nouvelle vie qui commence. Mais est-ce une vie ? Pouvant à tout moment être dénoncés et être déportés, la petite famille Zylbersztejn vit dans une peur constante, une immobilité forcée et se voit contrainte au silence. Le temps est comme suspendu car faire le moindre bruit, c’est signaler sa présence aux autres résidents de l’immeuble qui poursuivent une vie habituelle.

Le père Moshe (Guillaume Gallienne). Agrandissement : la mère Rywka (Adeline d?Hermy).Comment vivre dans de telles circonstances ? Le père reste rivé à l’œil de bœuf de la mansarde pour surveiller les allées et venues des occupants de l'immeuble. L’attitude de la gardienne suscite sa vigilance car un code a été convenu. Lorsqu’elle balaie la cour à un rythme plus soutenu que d’habitude, alors c’est un signe de danger imminent. C’est grâce à ce code que le père est informé de deux « descentes » qui visent à trouver des fugitifs.

Cet enfermement dans la peur devient naturellement usant pour les nerfs. Il en vient à amoindrir progressivement les forces vives du couple. Heureusement, leur fille adolescente Tauba va intervenir et les sauver du désespoir grâce à son imagination et son ingéniosité. Lorsqu’elle se rend aux toilettes, elle s’extrait de l’enfermement en passant par la lucarne pour se promener sur les toits. Elle fait même renaître l’espoir en dessinant sur le sol les touches d’un piano pour fredonner la chanson d’Édith Piaf, La Vie en Rose… Ce maigre réconfort produit d’autant plus d’effet que la famille est mélomane !

Cette jeune adolescente rappelle immanquablement Anne Franck qui dut aussi vivre recluse avec sa famille pour échapper à la barbarie nazie et en tira un journal aujourd’hui diffusé dans le monde entier. Elle eut cependant moins de chance que la jeune Polonaise cachée à Paris...

Ce huis-clos se double d’une mise à nu des personnes. Ainsi, le père en arrive à confesser à sa fille ce qu’il qualifie de lâcheté : il lui avoue ne pas avoir eu le courage de s’engager dans la Résistance. Elle lui montre tout son amour en lui répliquant que le courage, c’était de rester avec sa famille.

La famille Zylbersztejn dans la mansarde. La jeune Tauba interprétée par Violette Guillon.

Famille déchirée

En parallèle, les Dinanceau vivent une situation qui les plonge eux-aussi dans une tragédie. Leur fils Alfred, incarné à l’écran par Rod Paradot, devient un fervent nazi et s’engage dans la collaboration avec les Allemands… Ses parents doivent donc soigneusement lui cacher l’existence de la famille juive qu’ils hébergent quelques mètres au-dessus de leur appartement.

Le couple vit alors un déchirement. Comment leur fils peut-il adhérer à une idéologie qui nie la dignité humaine et asservit son propre pays ? Ils seront amenés à prendre une décision qui les hantera jusqu’à la fin de leurs jours.

Dans la litanie de ces jours pleins d’angoisse, une multitude de petits événements rythment le film. Puis un jour, le père de Tauba, qui crée des objets à partir de morceaux de bois, positionne mal son couteau et se coupe profondément la main. La blessure est trop profonde pour cicatriser d’elle-même. Le risque d’infection peut amener une gangrène fatale…

De l'effroi à l'espoir.Que faire ? Se rendre à l’hôpital est une question de survie au risque d’être à tout moment démasqués… Ils y parviennent malgré tout. Lors de l’admission, la mère se présente comme une Polonaise « aryenne » et son aplomb fonctionne. Après une semaine de soins, la famille se retrouve de nouveau dans sa cache de six mètres carrés.

L’habileté du réalisateur fait oublier que l’intégralité du film se déroule dans cet espace exigu. Sa mise en scène porte en effet l’attention du spectateur sur une foule de détails et de couleurs qui maintiennent le suspense jusqu’à la fin.

Outre ces menus détails et rebondissements qui plongent le spectateur dans cette vie suffocante, un autre grand intérêt du film est de faire appel à des images d’archives. Elles replacent l’histoire de la famille Zylbersztejn dans celle de la France occupée, placée sous le joug nazi avec la participation active de la Milice et des collaborationnistes. Certains ont adhéré à l’idéologie nazie, d’autres n’y ont vu que l’occasion de s’enrichir, mais tous auront contribué à répandre la terreur et bafouer la dignité humaine.

Publié ou mis à jour le : 2025-06-02 16:23:50

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