Intelligence artificielle

ChatGPT : ami ou ennemi ?

5 mars 2023 : c’est la vedette médiatique de ce début d’année 2023. Il a nom ChatGPT mais nous vous conseillons de prononcer à l'anglaise (Tchatgipiti) pour éviter les rires gras. Faisant usage de ce qu’il est convenu d’appeler « intelligence artificielle », cet outil internet explore, met en forme et synthétise toutes les connaissances humaines, du moins celles qui sont accessibles sur la Toile. Son but ? Rien moins que nous simplifier la vie… et nous épargner la peine d’apprendre et d’étudier, l’intelligence artificielle rendant inutile notre pauvre intelligence.

L'expression Artificial Intelligence (« Intelligence Artificielle », IA  en français) apparaît en juillet 1956, lors d'un atelier scientifique organisé au Dartmouth College (New-Hampshire). L'invention en revient au jeune président de la conférence de Dartmouth College, le mathématicien John McCarthy.

Dans les années 1990, l’IA connaît un grand essor avec les « systèmes experts », capables de formuler des analyses à partir de règles prédéfinies (aide au diagnostic médical, etc.). En mai 1997, l'ordinateur Deep Blue d'IBM, capable de calculer 200 millions de coups par seconde, parvient à battre le champion du monde d’échecs Garry Kasparov.

En janvier 2015, plusieurs milliers de signataires, dont Yann LeCun, directeur du laboratoire d’intelligence artificielle de facebook, et Elon Musk, fondateur de Tesla, appellent à développer l'IA en veillant à en « maximiser les bénéfices sociaux ». L'initiative conduit à la création d'une jeune entreprise américaine, OpenAI, avec le concours d'Elon Musk et de Jeff Bezos (Amazon). Elle lance le robot conversationnel ChatGPT en novembre 2022, fondé sur une IA dite « générative », autrement dit capable de créer à la demande du contenu inédit (texte, image, etc.). L'année suivante, Alphabet (Google) lance à son tour un robot concurrent, Bard.

À quoi peut servir ChatGPT ?

ChatGPT est aujourd'hui librement accessible en ligne et répond à vos questions les plus pointues ou les plus farfelues en puisant dans les milliards de données déposées avant 2021 sur la Toile (sur internet mais aussi sur les forums, dans les documents mis en ligne, etc.).

 Après vous être inscrit gratuitement (pour le moment), vous pouvez engager avec Monsieur Réponse-à-tout une « conversation » en langage naturel et lui demander quelle est la température moyenne à Honolulu ou la recette de la tarte Tatin.  Vous pouvez aussi bien lui soumettre un problème de programmation informatique ou lui demander ce que l’on sait de l’homosexualité de Tchaïkovski. Quelques secondes suffiront en général à ChatGPT pour rédiger sous vos yeux  une réponse argumentée et écrite en bon français. Bluffant !

Alors, ChatGPT ouvrirait-il une nouvelle ère dans la diffusion des connaissances ? Sommes-nous en train de vivre une véritable révolution de notre rapport avec le savoir, aussi capitale que l'invention d'internet ? Il suffit de lire les chiffres : en cinq jours à peine, il avait déjà séduit près d'un million d'utilisateurs. Quand on pense au nombre d'années qu'il a fallu pour qu'un large public ait accès aux premiers ouvrages imprimés, on a le vertige !

Rapide et (relativement) efficace, ChatGPT devrait donc faire l'unanimité. Et pourtant, il n'y a pas un jour sans que la presse ne s'interroge, ne se moque et critique. Pourquoi ces réticences ?

Pour les uns, il est juste un nouvel outil mis au service non de notre besoin de culture, mais de notre paresse. Les premières alertes sont venues des Grandes Écoles et universités, ensevelies sous la déferlante de devoirs que leurs chers élèves avaient directement « pompés » sur le Chat. C'est le principe du micro-ondes : un clic et voilà une dissertation, croustillante à souhait !

Pour les autres, il n'est qu'un instrument de pouvoir imaginé par une entreprise de San Francisco, la société OpenAI. Fondée par Elon Musk et Amazon, elle ne cache pas ses ambitions messianiques, persuadée d'œuvrer pour le bien commun. Quitte à tout écraser sur son passage, à commencer par le respect des sources et le droit d'auteur... Mais qui s'intéresse encore aux sources ? Pas les élèves, en tous les cas, qui pillent Wikipedia sans jeter un œil aux notes de bas de page...

En fait, l'arrivée de ChatGPT pose des questions beaucoup plus larges que la simple triche aux examens, des questions qui nous entraînent au carrefour de la science, de la technologie et de l'éthique, des questions qui montrent notre peur face à ce nouvel envahisseur.

Pour le comprendre, remontons le temps pour retrouver Alan Turing, mathématicien anglais célèbre pour avoir « cassé » le code d'Enigma. C'est lui qui, en 1950, posa une question toute simple : « Les machines peuvent-elles penser ? » C'est là tout le problème : ces machines, nous les avons créées à notre image, nous inspirant des principes de fonctionnement de notre cerveau pour leur donner des « neurones » et des modèles d'apprentissage semblables aux nôtres.

Nous leur avons même appliqué le principe de la théorie de l'évolution à travers la création d'algorithmes dont on ne garde que les plus performants. Et cela marche ! Désormais elles calculent plus d'un million de fois plus vite que nous ! Alors, pourquoi ne penseraient-elles pas ? Leurs créateurs n'en sont-ils pas eux-mêmes persuadés puisqu'ils ont inventé l’expression « Intelligence Artificielle » (IA) pour qualifier leurs extraordinaires facultés ?

Pour les chercheurs des années 50, l'objectif était en effet de donner à leurs ordinateurs une intelligence telle qu'elle était définie au XIXe siècle : la faculté d'assimiler des connaissances grâce à ces compétences que sont la perception et le raisonnement. Pari gagné ! Mais on est encore loin du second sens donné depuis l'Antiquité à l'intelligence : il s'agit de ce fameux « bon sens » qui nous permet de repérer les évidences. L'enfant, par exemple, n'aura pas besoin d' « apprendre » que le soleil apporte de la chaleur, l'expérience lui suffira ; mais la machine, elle, devra recevoir l'information de façon claire pour l'assimiler.

Aujourd'hui, certaines réponses de ChatGPT sont là pour nous rassurer en nous montrant que ce « agent conversationnel » manque encore clairement de bon sens. Ainsi, à la question : « Combien pesait la cafetière de Balzac ? », il vous répond d’emblée qu'elle pesait près de 20 kilogrammes !

Ce n'est pas tout : il est incapable de prendre en compte la diversité, la relativité et la variabilité des points de vue. Nourri d'avis tranchés, il ne peut comprendre que, dans nos sociétés, ces avis varient suivant l'âge, le sexe, l'éducation, le contexte... Obligé de s'appuyer sur ce qu'il a avalé, notre perroquet savant ignore également l'ironie, le second degré et ces sous-entendus qui font toute la richesse d'un discours ; il est aussi incapable d'extrapoler ou de prendre en compte nos changements d'humeur et autres bizarreries très humaines.

Tout cela est normal puisqu'il ne fait que refléter ce qu'on lui apprend, sans pouvoir faire preuve de ce doute si cher à Descartes, ce doute qui est la preuve de notre liberté d'esprit. Par exemple, demandez-lui si l'amiante est utile : il multipliera les avertissements. Mais, s'il avait existé il y a 30 ans, il vous aurait poussé à en mettre partout ! Empathie, regret, distinction du vrai et du faux... Finalement, il manque à ChatGPT la conscience de soi et de son individualité, tout ce qui fait que l'Homme est Homme !

Alors ne cédons pas aveuglément aux charmes de ces sirènes virtuelles que sont ChatGPT et consorts. Utilisons-les pour ce qu'elles sont, de simples outils. Et tant mieux si elles nous sortent de notre confort comme lorsqu'elles nous poussent à nous interroger sur nos capacités de création, quel que soit le domaine. Quand l'application Dall-E produit une œuvre graphique s'inspirant de ce qu'elle connaît, ne fait-elle pas comme tout un chacun : piller nos prédécesseurs pour mieux élaborer de la nouveauté ? À nous de relever le défi et de rappeler qu'une création, artistique ou littéraire, n'est pas qu'une simple compilation de données. ChatGPT va envahir nos vies : à nous d'en faire un allié, à défaut d'en faire un ami !

Chers lecteurs, allez jouer un peu avec ChatGPT puis revenez vite sur Herodote.net : ici, ce sont de vraies plumes qui vous écrivent !

Isabelle Grégor
Le génie à l'épreuve !

À propos de plume, voici la réponse de ChatGPT à une question toute simple : « Quel est le lien entre la France et le coq ? »
« Le coq est un symbole important en France et est souvent associé au pays et à sa culture. […] Le choix du coq a été motivé par son association avec la vigilance et le courage, ainsi qu'avec le soleil levant, qui symbolisait l'espoir d'un nouveau jour pour la France. Le coq est également associé à la cuisine française, où il est souvent utilisé comme ingrédient dans des plats tels que le coq au vin. Le coq est également présent sur les maillots de l'équipe nationale de football, où il est un symbole de l'identité et de la fierté nationale. [...] »
La machine n'oublie pas notre réputation de bons mangeurs... mais que vient-elle faire ici ? Notons surtout que la machine a tout faux. Ainsi que le rapporte en effet Herodote.net, Le coq est devenu le symbole de la France en raison d’une homonymie latine, gallus signifiant à la fois « coq » et « gaulois ».

Publié ou mis à jour le : 2024-01-21 08:48:11

Voir les 8 commentaires sur cet article

Jean-Pierre (18-05-2023 04:24:58)

J'ai posé à ChatGPT les deux questions à propos de la fatière de Balzac et du coq, ses réponses sont bien différentes de celles publiées ici. Ainsi, à la question : « Combien pesait la cafetière de B... Lire la suite

hermyne (06-03-2023 16:57:13)

D'accord avec Vigilance: la diffusion de la pensée unique et l'uniformisation des esprits sont sans doute les principaux objectifs de ce système. Méfions-nous de ceux qui mettent leur fortune au servi... Lire la suite

gemo10 (05-03-2023 22:00:41)

A propos du coq, cette intelligence artificielle a oublié le sens du mot gallus en latin, à la fois coq et gaulois. cette homonymie subtile lui a échappé. Les outils ne remplaceront jamais la culture ... Lire la suite

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