La république xénophobe

Beaucoup de bruit pour rien

La république xénophobe est un ouvrage de recherche de Pierre-Jean Deschodt et François Huguenin. Elle porte en sous-titre : 1917-1939. De la machine d'État au crime de bureau : les révélations des archives.

Septembre 2001 : le titre de ce livre donne à imaginer le pire. Va-t-on nous révéler de nouvelles vicissitudes de la France contemporaine ? Après les mutins de 1917, les torturés de 1957, les harkis de 1962, les réfugiés de 1933 ?

La France xénophobeAprès lecture approfondie, l'acte d'accusation se révèle des plus minces.

Certes, entre 1917 et 1939, de nombreux textes témoignent des réticences des hommes politiques à accueillir les réfugiés politiques et les candidats au travail en France, où perdure un chômage important.

Mais l'on pourrait en trouver de semblables à toutes les époques et en particulier la nôtre. La «préférence nationale» préconisée entre les deux guerres mondiales n'a pas empêché le pays d'accueillir 1,6 million d'immigrants en deux décennies, classant ainsi la France comme le premier pays d'immigration en Europe !

Reste le scandale des réfugiés juifs d'Allemagne, dont l'entrée en France faisait l'objet de multiples freins administratifs. Les auteurs du livre, malgré une compétence avérée d'historiens, commettent un anachronisme de taille en suggérant (page 106) que l'on pouvait dès 1935 (décrets sur la race allemande) anticiper le sort futur des juifs sous l'autorité nazie

Des historiens comme Philippe Burrin (Hitler et les juifs) ont montré que le Führer lui-même n'a pas envisagé l'extermination physique des juifs avant 1940. Avant cette date, les juifs souffraient de brimades en Allemagne mais aussi en Pologne, voire en URSS, et beaucoup de Français de droite comme de gauche ne voyaient pas sans inquiétude l'afflux de réfugiés fuyant les lois de leur pays.

A la veille de la guerre, un gouvernement issu du Front Populaire fait voter une loi autorisant dans certains cas la déchéance de nationalité pour des Français fraîchement naturalisés. Cette loi sera reprise et étendue par le gouvernement collaborationniste du maréchal Pétain.

Scandaleuse au regard du droit, elle n'aura guère d'incidence sur la vie des Français. Au total, en une dizaine d'années, elle affectera moins de deux cents personnes, délinquants, criminels ou traîtres qui subiront la déchéance de nationalité en plus d'une peine de prison.

Les auteurs évoquent avec quelques sous-entendus la création du Fichier central de l'Intérieur, à la fin des années 1930, grâce aux bons soins d'un jeune fonctionnaire surdoué et ambitieux, un certain René Bousquet, qui deviendra à Vichy le maître d'oeuvre des rafles de juifs puis, après la guerre, l'ami et le financier de François Mitterrand.

Le comble de la mauvaise foi est atteint page 129 par cette phrase superbe en forme de condamnation: «La IIIe République est policière». Grâce à Dieu, quel régime ne l'est pas ? La police figure parmi les obligations régaliennes de tout gouvernement qui se respecte. Adossée à la justice, elle est l'instrument de protection des faibles contre les forts et les puissants.

Au total, que reste-t-il de «La république xénophobe» ? Un travail de recherche historique méritant sur la législation des étrangers entre les deux guerres mondiales.

Notons la réflexion des auteurs sur les sources de la xénophobie. «Nous sommes en présence d'une idéologie qui se fonde sur un matérialisme affirmé», écrivent-ils (page 60). En effet, sous les régimes laïcistes et athées du XXe siècle, qui réfutent toute approche spirituelle de l'homme, l'approche matérialiste devient la seule autorisée. C'est ainsi que l'on juge les catégories sociales (paysans...) et nationales (Polonais...) en fonction de leurs seuls apports à la production et à l'économie nationale.

Et c'est seulement en vertu des besoins immédiats des entreprises que l'on autorise ou empêche l'entrée d'immigrants. Cette approche qui était celle des gouvernants français n'était pas très éloignée dans son matérialisme de celle, plus brutale, des nazis et des Soviétiques. C'est la même approche, notons-le, qui a présidé à la généralisation de la «/Note/kpreferencenationale.htm','preferencenationale','scrollbars=yes,width=500,height=500'); return false;">préférence nationale» en France et dans le reste de l'Europe à partir de 1974.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 09:50:14

 
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