Joséphine Baker (1906 - 1975)

Amoureuse de la France

Quelle personnalité ! Rien ne pouvait arrêter Joséphine Baker devenue le temps d'une drôle de danse sauvage une des plus grandes vedettes de music-hall de son époque, mais aussi une farouche militante contre toutes les formes d'exclusion.

Joséphine Baker et Joe Alex dans La Danse sauvage de La Revue nègre, Paris, BnF.

L'enfant de la balle

C'est dans le froid et la misère que grandit la petite Freda Josephine McDonald, née le 3 juin 1906. Elle comprend rapidement qu'elle doit travailler pour aider sa famille installée à Saint-Louis, dans le Missouri.

La voici à 8 ans bonne à tout faire avant d'alterner école et petits boulots jusqu'à un premier mariage, à 13 ans et un second, l'année suivante. Mais celle qui se veut danseuse finit par partir seule tenter sa chance à Broadway. En fait New York ne sera qu'une étape, le temps de prendre le bateau pour Paris...

Joséphine Baker, vers 1927, photographies de Lucien Walery.

En haut de l'affiche

Avec son corps musclé, ses mimiques burlesques et sa forte personnalité, elle est parfaite pour devenir la vedette de La Revue nègre, un spectacle musical qui compte bien profiter de l'engouement des Parisiens pour le jazz.

L'avant-garde parisienne, en pleine découverte des arts primitifs, se pâme devant la « sauvageonne »  qui devient une véritable star. La voici qui monte en 1926 sur les planches des Folies-Bergères où son numéro dans La Folie du jour fait date : on n'a pas fini de parler de la fameuse ceinture de bananes !

De toute façon, on pardonne tout à celle qui est désormais chanteuse et qui proclame devant un public ravi : « J'ai deux amours, mon pays et Paris... »(1930).

La gifle

En 1935, elle retraverse l'Atlantique sur le Normandie avec l'espoir de conquérir son Amérique natale.

La désillusion est totale : les rebuffades racistes s'accumulent, on lui refuse l'entrée des hôtels et des restaurants, même les plus grands journaux lui font comprendre qu'elle n'est pas à sa place : « Pour les spectateurs de Manhattan, qui l'ont vue la semaine dernière, ce n'était qu'une négresse aux dents de lapin » (Time).

On la trouve « trop française »  ? Elle rentre à Paris et court demander un changement de nationalité, profitant de son mariage avec l'industriel Jean Lion avec lequel elle achète le château des Milandes, en Dordogne.

Photographie de Joséphine Baker avec son guépard, début des années 30, Londres, Victoria and Albert Museum.

En France, je n'ai jamais eu peur...

Toute sa vie, Joséphine Baker s'est engagée contre les injustices, à commencer par le racisme. C'est donc tout naturellement qu'elle prend part au combat des Noirs américains pour leurs droits civiques. Le 28 août 1963, quelques minutes avant le pasteur Martin Luther King, elle s'avance au micro face aux 250 000 participants de la « Marche pour l'emploi et la liberté » ...
« Lorsque j’étais enfant, ils ont brûlé ma maison, j’ai eu peur et je me suis enfuie. J'ai fini par m'enfuir très loin. Jusqu'à un endroit qu'on appelle la France. […] Je peux vous dire, mesdames et messieurs, que dans ce pays qui semblait sorti tout droit d'un conte de fées, je n'ai jamais eu peur. […]. Mais, en Amérique, je ne pouvais pas entrer dans un hôtel pour commander un café. Ça m'a rendue folle de rage. Et vous me connaissez : quand je deviens folle de rage, j'ouvre ma grande bouche. Et alors attention, parce que quand Joséphine l'ouvre, on l'entend aux quatre coins du monde ! »  (Discours du 28 août 1963).

Joséphine Baker sur scène dans un cabaret à Paris pendant l'Occupation, 1940, Berlin, BPK.

Une Française libre

L'arrivée de la guerre est l'occasion pour Joséphine de montrer son attachement à son pays d'adoption.

Dès 1939, elle est recrutée par Jacques Abtey, chef du contre-espionnage. L'infatigable « Fifine »  va multiplier les concerts bénévoles pour les troupes en parcourant en jeep l'Afrique du nord comme le Moyen-Orient. En parallèle, elle parvient à rassembler 10 millions de francs de cachet qu'elle reverse aux œuvres sociales de l'armée.

En mai 1944 elle intègre les forces féminines de l'Armée de l'air avec lesquelles elle débarque à Marseille en octobre. Un beau parcours qui vaut bien une Croix de guerre, une médaille de la Résistance et une Légion d'honneur !

Joséphine et ses 10 enfants à Rotterdam, 1959. Agrandissement : Joséphine Baker devant les Milandes, 1961.

Les combats d'un grand cœur

« La tribu arc-en-ciel »  : c'est sous ce nom que Joséphine parlait de la famille qu'elle avait créée en adoptant avec son quatrième mari, le chef d'orchestre Joe Bouillon, pas moins de 12 enfants.

Joséphine Baker en concert au théâtre d'Amsterdam, 12 novembre 1960. Agrandissement : ean Mounicq, Photographie de Joséphine Baker, 1968, Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine.Tout ce petit monde grandit au château des Milandes transformé en « village de la fraternité » , véritable complexe touristique ouvert dès 1949. Mais ce projet avant-gardiste coûte une fortune à la chanteuse qui ne recule devant aucune extravagance.

Lorsque son mari, découragé, la quitte en 1960, la situation devient catastrophique. Ses tournées ne suffisant plus à éponger les millions de dettes, le domaine est finalement vendu en 1968 et Joséphine expulsée.

La princesse Grâce de Monaco lui vient en aide en lui proposant un hébergement à Roquebrune où elle se refait une santé avant de remonter sur scène, à près de 70 ans. Son spectacle Joséphine à Bobino est son dernier triomphe : elle meurt d'une attaque cérébrale le 12 avril 1975.

Publié ou mis à jour le : 2021-06-22 08:47:00

 
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