Jeanne d'Arc

À qui appartient la Pucelle ?

Affiche américaine pour la souscription aux emprunts de guerre (1914-1918)Paysanne illettrée, Jeanne d'Arc est sortie de l'anonymat à 17 ans et son destin public s'est accompli en à peine plus de deux ans, de février 1429 à mai 1431. En dépit de cette brièveté, elle demeure  la figure la plus consensuelle et la plus troublante de l'Histoire de France.

Aujourd'hui, sa réputation transcende les classes sociales et dépasse très largement les frontières de l'Hexagone.

Il n'empêche qu'elle aura attendu près de 500 ans pour être canonisée par l'Église catholique le 16 mai 1920. Cette décision du pape Benoît XV n'allait pas de soi en dépit de la foi incontestable de la Pucelle mais elle avait été souhaitée par la France unanime, tant catholique que laïque, républicaine et même anticléricale.

L'Église, bien sûr, honore la croyante fervente tandis que les anticléricaux se sont appropriés la victime d'un odieux évêque et de l'Inquisition. Les monarchistes apprécient la fidélité de Jeanne envers le roi et les républicains le fait que le pays ait pu être sauvé par une fille issue du peuple bien que son roi l'ait abandonnée. Les féministes respectent une femme qui s'est imposée dans un milieu viril sans cesser d'être elle-même.

Par-dessus tout, Jeanne d'Arc est encensée comme le symbole de la résistance à l'oppression jusqu'en Russie et en Corée. Sans rancune, les Anglo-Saxons qu'elle a combattus l'ont eux-mêmes érigée en symbole de résistance nationale pendant la Grande Guerre de 1914-1918.

Une héroïne de tous les siècles

Christine de Pisan, première femme qui se soit vouée à l'écriture, a dédié à Jeanne quelques vers de son vivant. Mais le plus bel hommage littéraire lui vint de François Villon. Né en 1431, l'année même de la mort de Jeanne, il en évoqua le souvenir dans la belle Ballade des Dames du temps jadis :
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souveraine?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Après la Révolution française, le parti monarchique raviva le souvenir de la bonne Lorraine qui ne désespéra jamais du retour de son roi !

Jeanne d'Arc fut aussi récupérée par les prophètes de la « France éternelle », en premier lieu le grand historien républicain de l'époque romantique Jules Michelet qui lui consacra une centaine de pages de son Histoire de France en 1841. Républicains et patriotes exaltèrent dès lors celle qui donna sa vie pour la Patrie.

De 1842 à 1849, l'archiviste Jules Quicherat, élève de Michelet, publia les  comptes-rendus du procès de Jeanne d'Arc : Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc qui révélèrent la grandeur d'âme et la foi simple et solide de la jeune paysanne. Celle-ci ne fut plus seulement perçue comme une héroïne nationale et une résistante mais aussi comme une authentique sainte. 

C'est ainsi que le peintre Jean-Dominique Ingres la représenta avec une auréole dès 1854. À droite comme à gauche de l'échiquier politique, des voix de plus en plus nombreuses s'élevèrent pour réclamer sa canonisation. Celle-ci, après la séparation des Églises et de l'État de 1905 et la Grande Guerre, scella la réconciliation de tous les Français.

Publié ou mis à jour le : 2020-05-17 08:46:50

 
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