5 novembre 1922

Découverte du tombeau de Toutânkhamon

Le 5 novembre 1922, Howard Carter découvre dans le sable d'Égypte une dalle qui ferme l'entrée d'une sépulture royale. 

L'archéologue britannique de 48 ans voit ses efforts récompensés après sept ans à la recherche de l'unique tombe de pharaon encore inviolée et cinq campagnes de fouilles infructueuses. En mettant la main sur cette tombe intacte, il va révéler au monde la prodigieuse richesse de l'Égypte pharaonique.

Loyal, il envoie un télégramme à son mécène, Lord Carnarvon, et c'est en présence de celui-ci que, dix jours plus tard, le 16 novembre, il fait dégager l'escalier de pierre qui descend vers le tombeau. 

Lorsqu’il pénètre dans le tombeau, Lord Carnarvon s’impatiente : « Que voyez-vous ? ». « Des merveilles » souffle-t-il. C'est le début de l'une des plus belles pages de l'archéologie.

André Larané

Le champ de fouille d'Howard Carter et l'entrée de l'hypogée de Toutankhamon dans la Vallée des Rois, en face de Louxor (DR)

Un pharaon mort à 18 ans

La tombe souterraine dont Howard Carter vient de découvrir l'entrée est celle du pharaon Toutânkhamon, mort à 18 ans, vers 1360 av. J.-C. Fils du souverain « hérétique » Akhenaton, il appartient comme lui à la XVIIIe dynastie, selon la classification du prêtre Menathon. Elle est plus ou moins contemporaine de la civilisation mycénienne (Grèce) et de l'installation des Hébreux en Terre promise.

Comme les autres pharaons du Nouvel Empire (1543 à 1069 av. J.-C.), Toutânkhamon a été enseveli dans la vallée des Rois, une région désertique sur la rive gauche du Nil, en face du temple de Karnak et de l'actuelle ville de Louxor.

Pour éviter le sort réservé aux pyramides de leurs lointains ancêtres de l'Ancien Empire, ces souverains avaient choisi de creuser leur tombe dans le roc et d'en dissimuler l'accès aux regards. Il n'empêche que les pillards eurent tôt fait de les découvrir, tous... sauf un, celui de Toutânkhamon.

S'il fut épargné par les pillards, c’est notamment parce que vers 1140 av. J.-C., des ouvriers de la tombe du pharaon Ramsès VI comblèrent une cavité située en contrebas, faisant disparaître l’entrée de l'hypogée (nom donné à un tombeau souterrain).

La chambre funéraire de Toutankhamon, avec, sous le linceul, le sarcophage et la momie du pharaon (DR)

La fouille de la dernière chance

Howard Carter, dessinateur de talent débarqué en Égypte à 17 ans, en 1891, s'était très vite pris de passion pour l'égyptologie sans pour autant convaincre l'éminent Flinders Petrie, responsable du chantier d'Amarna : « Mr Carter est un garçon aimable et serviable dont l'intérêt est uniquement voué à la peinture et à l'histoire naturelle... Il ne me servirait à rien de le former comme fouilleur », écrit-il. 

Howard Carter et Lord Carnavon à l'entrée de la chambre funéraire de Toutankhamon (DR)Le jeune Howard n'en devient pas moins un archéologue reconnu et estimé. En 1899, Gaston Maspero, professeur au Collège de France et chef du Service des Antiquités égyptiennes, lui obtient même la charge d'inspecteur général des monuments en Haute-Égypte.

Carter ne s'acquitte que trop bien de sa mission. Un jour de 1905, dans le Sérapeum de Saqqarah, un groupe de touristes français se plaint de l'obscurité de la nécropole (sic) et réclame le remboursement de ses billets. Il s'ensuit une rixe avec le personnel ! Carter, présent sur place, prend le parti de ceux-ci et joue des poings. Refusant de s'excuser, il est congédié... Tant pis pour l'égyptologie française.

Un peu plus tard, un riche quadragénaire anglais, Lord Carnarvon, obligé pour des raisons de santé de quitter le climat humide d'Albion, se rend en Égypte et prend langue avec l'archéologue.

Celui-ci, à partir de la découverte d'une coupe au nom de Toutânkhamon, a acquis la certitude que ce pharaon encore inconnu a une tombe inviolée quelque part dans la Vallée des Rois.

La chambre du trésor de Toutankhamon et son bric-à-brac tel que le découvrirent Carter et Carnarvon (DR)En 1915, Lord Carnarvon, qui a acheté un permis de fouilles, se laisse convaincre par Howard Carter de financer son rêve fou.

Sept ans plus tard, découragé, Lord Carnarvon veut renoncer. Carter le persuade de tenter encore une ultime campagne de fouilles. C'est ainsi qu'il découvre enfin la tombe de Toutânkhamon et peut télégraphier à Lord Carnarvon :  « Nous avons enfin fait une merveilleuse découverte. Un splendide tombeau scellé encore intact. Il a été recouvert avant votre arrivée. Féliciations. »

Le jeune roi eut un règne falot et aura dû attendre 3300 ans pour connaître la gloire et les honneurs du Times, le grand quotidien de Londres ayant acheté l'exclusivité des reportages sur la découverte ! Dès le début, en effet, la découverte est médiatisée à l'échelle planétaire et va relancer la passion du public pour l'Égypte ancienne. En attendant que soient ouvertes les plus belles salles du tombeau, le Times va même faire appel à Conan Doyle et c'est ainsi que, pour faire patienter le public, le père de Sherlock Holmes va donner corps à la « malédiction du pharaon », légende selon laquelle tous les êtres vivants en contact avec la momie sont voués à une mort rapide (et désagréable) !

Hoiward Carter découvre le sarcophage de Toutankhamon le 16 février 1923 (DR)

« De l'or, une montagne d'or  ! »

Carter et Carnarvon ont bientôt le bonheur de promener leur regard sur une salle remplie d'objets de la vie quotidienne et d'œuvres d'art, y compris des litières et un trône d'or. Mais il ne s'agit que de l'antichambre du tombeau et le meilleur reste à venir.

En bon scientifique, Carter prend le temps d'enregistrer ses premières trouvailles avant d'explorer les trois salles attenantes.

Le 16 février 1923 enfin, sous les regards attentifs de plusieurs officiels et amis, l'archéologue perce la porte de la chambre funéraire et découvre... « de l'or, une montagne d'or  ! »

Il s'agit d'un coffre en or de plus de cinq mètres de long. À l'intérieur, les Britanniques découvrent plusieurs sarcophages et la momie du pharaon.

À la différence d'autres momies comme celle de Ramsès II, qui avaient été jetées de leur sarcophage par les pillards... et préservées par l'air sec des caveaux, celle-ci, malheureusement, est complètement rongée par les huiles saintes. Il n'en subsiste presque rien.

Dans les dix années qui suivirent, l'exploration méticuleuse des différentes salles du tombeau de Toutânkhamon (cinq au total) livra plus de cinq mille pièces en or, en albâtre et en pierres précieuses, dont le célèbre masque mortuaire du jeune pharaon.

Il n'est pas exclu de découvrir encore de nouvelles salles et peut-être un jour la chambre funéraire de la Grande épouse royale !

L'ensemble est aujourd'hui visible au musée du Caire. Périodiquement, quelques-unes de ces pièces font l'objet d'expositions itinérantes de par le monde, entretenant la passion du public pour l'Égypte ancienne.

Howard Carter et lord Carnarvon méritent de figurer aux côtés de Champollion le Jeune parmi les grands inventeurs de l'égyptologie moderne.

Plan de la tombe de Toutankhamon et de ses différentes salles (DR)

Bibliographie

Pour mieux connaître Toutânkhamon et son époque, on peut lire le passionnant roman de Mika Waltari, Sinouhé l'Égyptien.

Sur l'archéologie, il ne faut pas manquer le passionnant ouvrage de C.W. Ceram : Des dieux, des tombeaux, des savants.

On peut aussi voir le splendide film L'Égypte des Pharaons (avec Omar Sharif !), réalisé par Bruce Neibaur pour les musées de Chicago et de Toronto. Il est seulement visible dans les salles qui disposent d'un écran hémisphérique (type Omnimax) ou d'un écran géant. Il n'est pas disponible en vidéo.

L'ADN et les secrets de famille

Toutankhmon dans son sarcophage (DR)Le 17 février 2010, au terme d'un long suspense, Zahi Hawass, directeur des Antiquités égyptiennes, a présenté au Musée du Caire (Égypte) les résultats de plusieurs recherches sur l'ADN de la momie de Toutânkhamon et de quelques autres momies apparentées, également issues de la vallée des Rois.
Ces recherches cont confirmée les hypothèses des historiens et archéologues, à savoir que le jeune pharaon était bien le fils d'Akhenaton (« Splendeur d'Aton »). Celui-ci s'était attiré les foudres du clergé de Thèbes en délaissant le dieu Amon et les autres divinités au profit d'un dieu unique, Aton.
L'ADN montre également que la mère de Toutânkhamon fut non pas Néfertiti, la belle et célèbre épouse principale d'Akhenaton, mais l'une de ses épouses secondaires, qui était aussi sa soeur (les pharaons avaient en effet le droit, à la différence de leurs sujets, d'épouser leur sœur ; la chose leur était même recommandée car ils étaient d'essence divine et se devaient de ne pas mélanger leur sang avec celui des humbles mortels !).

Trois ans plus tôt, en 2007, les Égyptiens ont rendu le jeune pharaon à sa dernière demeure. Débarrassé de tous ses colifichets, la momie a retrouvé la Vallée des Rois pour l'éternité.

Toutankhamon dans sa dernière demeure (DR)

Publié ou mis à jour le : 2019-09-03 14:58:19

 
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