Le 20 octobre 1827, dans la rade du port grec de Navarin, la flotte ottomane est attaquée sans préavis et détruite par une escadre anglo-franco-russe sous le commandement de l'amiral français Henri de Rigny, assisté de l'amiral russe Login Van Geiden et du britannique Edward Codrington.
Les trois amiraux avaient consigne de ne pas intervenir mais il semble que l'amiral anglais ait outrepassé la consigne et ouvert le feu dans l'intention de venir en aide aux Grecs en rébellion contre le sultan et victimes des exactions des troupes turques.
D'aucuns voient dans cette bataille inopinée la naissance du « droit d'ingérence humanitaire »...
Les Occidentaux interviennent à reculons
La Grèce s'étant soulevée en 1821 contre l'occupant turc, les armées du sultan Mahmoud II avaient riposté de façon impitoyable. En Europe, la guerre ne laissa pas l'opinion publique indifférente ! Eugène Delacroix peignit Les massacres de Scio. Quant au poète anglais Lord Byron, il n'hésita pas à s'engager aux côtés des révoltés grecs. Le 19 avril 1824, il mourut de la fièvre des marais à Missolonghi, une place forte assiégée par les Turcs.
De leur côté, les gouvernements occidentaux répugnaient à suivre la bourgeoisie libérale dans ses appels à secourir les insurgés. Aucun ne souhaitait amener la Grèce à l'indépendance. Les Français privilégiaient l'émancipation de l'Égypte, dirigée par le très francophile Méhémet Ali. Les Russes, quant à eux, voulaient prendre la place des Turcs dans les Balkans. Enfin, les Anglais, qui se méfiaient autant des premiers que des seconds, se portaient garants de l'intégrité de l'empire ottoman.
Unis depuis dix ans au sein d'une Sainte Alliance, ces gouvernements tentèrent toutefois une médiation pour calmer leur opinion publique.
À Londres, sans prendre la peine de consulter la Turquie, ils publièrent le 6 juillet 1827 un protocole qui préconisait une simple « autonomie de la Grèce dans le cadre de la suzeraineté turque ». Ils ajoutèrent une note dans laquelle ils demandaient au sultan de bien vouloir mettre fin aux exactions contre les Grecs.
Bévue ou provocation
Le sultan n'en faisant qu'à sa tête, les Occidentaux ne purent faire moins que d'envoyer une escadre dans les eaux grecques avec mission de surveiller la flotte du sultan, composée des flottes turque et égyptienne, avec des renforts venus de la Régence d'Alger et du beylicat de Tunis.
Les Occidentaux avaient ordre de ne pas l'affronter ni de créer l'irréparable. Mais les deux flottes s'étant trouvées face à face dans la rade de Navarin, l'escadre européenne passe à l'attaque et envoie la flotte du sultan par le fond. En l'absence de document officiel, les historiens y voient une action délibérée de l'amiral britannique pour obliger son gouvernement à s'engager en faveur de l'insurrection grecque.
Victoire des opinions publiques sur le sultan et leurs propres gouvernements !
Le gouvernement britannique tente de calmer le jeu et présente ses regrets au sultan.
Mais de son côté, le gouvernement de Charles X envoie un corps expéditionnaire en Morée, le Péloponnèse actuel. Il en chasse l'armée égyptienne conduite par Ibrahim pacha, le fils du vice-roi d'Égypte Méhémet Ali.
La Turquie est d'autre part agressée sur le Danube et en Arménie par la Russie qui veut profiter de l'aubaine. La prise d'Andrinople, aux portes d'Istamboul, le 20 août 1829, oblige le sultan à engager des pourparlers de paix.
Par le traité d'Andrinople du 14 septembre 1829, Mahmoud II se résout à reconnaître l'indépendance de la Grèce. Celle-ci est confirmée un peu plus tard à Londres. La Moldavie, la Valachie et la Serbie, principautés chrétiennes des Balkans sous domination turque, deviennent autonomes.
Comme un malheur n'arrive jamais seul, Méhémet Ali, bien que vaincu, réclame la Syrie pour prix de son intervention aux côtés du sultan. Sans attendre la permission de Mahmoud II, son fils Ibrahim pacha envahit la Palestine et la Syrie. Il défait les Turcs à Konya le 21 décembre1832 et menace Istamboul si bien que le sultan n'a plus d'autre issue que de faire appel... à son ennemi intime, le tsar Nicolas Ier !
Le tsar installe ses troupes sur le Bosphore et n'accepte de les en retirer qu'en échange de la fermeture du détroit à tout autre navire de guerre que les navires russes.
L'« Homme malade de l'Europe »
La rivalité entre Turcs et Égyptiens va relancer la concurrence entre Britanniques et Français. Quelques années plus tard, en 1840, le jeune Adolphe Thiers sera à deux doigts de déclarer la guerre à Londres pour préserver les intérêts de l'Égypte, alliée traditionnelle de la France. Il faudra toute la sagesse du roi Louis-Philippe Ier pour éviter cette nouvelle catastrophe.
L'heure de la curée sonne pour l'empire ottoman que l'on qualifiera plus tard d'« Homme malade de l'Europe ». Comme l'empire chinois, à l'autre extrémité de l'Eurasie, la Turquie est victime de sa propre faiblesse et de l'expansion européenne.












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Fabien (18-08-2006 17:51:51)
Effectivement, des débats eurent lieu en France au Parlement et le gouvernement fut critiqué pour son retard à mettre un terme à la piraterie commise par les bateaux algériens, et à s'opposer au... Lire la suite
Madjid (21-06-2006 10:23:50)
C'est une erreur monumentale que de continuer à affirmer que seul les égyptiens auraient aidé les turcs contre la rébellion des grecs en 1827. En effet, les algériens (régence d’Alger), ava... Lire la suite