19-21 juin 1990

Discours de La Baule

Du 19 au 21 juin 1990, à La Baule, station balnéaire de la côte bretonne, le président François Mitterrand réunit les chefs d'État des pays africain dits « du champ » (la francophonie, y compris les anciennes colonies belges du Rwanda, du Burundi et du Congo). Il  les invite à développer la démocratie dans leur pays à l'image des Européens de l'Est qui viennent de s'affranchir de la tutelle communiste.

Dans son discours d’ouverture, le président entend promouvoir des réformes politiques dans ces pays en contrepartie d'une relance de l'aide française. Il déclare à ses hôtes : « La France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté », ajoutant : « Il ne faut pas voir la liberté comme un ennemi caché. Elle sera votre meilleure amie ».

Il assure que désormais la France ne ferait plus de prêts aux Pays les moins avancés (les PMA) mais bien des dons. Il promet par la même occasion d’alléger la dette de quatre pays d’Afrique sub-saharienne, le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire et le Gabon. Il se montre également hostile à une dévaluation du franc CFA qui renchérirait les produits étrangers importés (quatre ans plus tard, Édouard Balladur, Premier ministre de cohabitation, reviendra sur cet engagement en dévaluant le franc CFA de 50%).

François Mitterrand se montre de la sorte convaincu de pouvoir exporter la démocratie parlementaire à l'européenne en Afrique.  Il subordonne l'aide française à l'introduction du multipartisme, 

Politicien chevronné et bon connaisseur du continent africain, sans doute le président français feint-il d'ignorer que les règles de droit sont encore balbutiantes au sud du Sahara et que les enjeux politiques s'y résument au partage de la manne occidentale : aide publique, dons privés et redevances des compagnies forestières, minières et pétrolières.

En Côte d'Ivoire, depuis l'indépendance, le vieux président Félix Houphouet-Boigny a veillé à redistribuer cette manne à toutes les ethnies de son pays, au prorata de leur importance. Cela lui a assuré trente ans de parti unique et de stabilité. Ses homologues, moins « partageux », n'ont pas bénéficié de la même stabilité.

Mais qu'à cela ne tienne, promettent à La Baule les dirigeants africains attachés à l'aide de la France, puisqu'il le faut, on introduira le multipartisme. Des élections sont ici et là organisées, avec  différents partis, des urnes et des observateurs internationaux. Mais comme on pouvait le craindre, les électeurs fixent leur choix non sur le candidat qui leur paraîtrait avoir le plus de compétences mais sur celui qui est le plus proche de leur clan et sera le mieux à même de leur redistribuer la manne occidentale.

C'est ainsi que, du Sénégal et du Mali à la Côte d'Ivoire et au Rwanda,  se réveillent les antagonismes ethniques, chaque parti recrutant ses militants dans une communauté qui lui est propre...

André Larané
La Suisse confédérale ou la France une et indivisible ?

Au lieu de plagier les institutions des grands États européens et en particulier de la France, sans doute les États africains eussent-ils mieux fait de s'inspirer de la confédération helvétique, avec des gouvernements centraux réduits au minimum et des cantons autonomes à l'échelle de la tribu, codirigés par un chef traditionnel et un sénat. Ces institutions auraient été mieux appropriées à de jeunes États encore dépourvus d'administrations centralisées.

Publié ou mis à jour le : 2021-04-03 16:13:54

 
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