18 septembre 1886 - Le Symbolisme et l'aube des temps nouveaux - Herodote.net

18 septembre 1886

Le Symbolisme et l'aube des temps nouveaux

Le 18 septembre 1886, Jean Moréas publie dans Le Figaro le Manifeste du symbolisme.

Le poète (30 ans) est né à Athènes sous le nom de Jean Papadimantopoulos. Par son Manifeste, il enterre le romantisme et prend le contrepied du naturalisme qu'illustre le romancier Émile Zola.

Jean Moréas prône un assouplissement du vers et de la rime, et un renoncement au réalisme. Par leur musicalité, les mots doivent suggérer les idées et non plus les affirmer...

En cette année 1886 où naît officiellement le symbolisme a lieu la dernière exposition des peintres impressionnistes. L'année précédente, le monde a célébré avec émotion la disparition du grand témoin de l'époque romantique, Victor Hugo...

Et des nuages s'amoncellent dans le ciel européen... Cependant que paraît le Manifeste du symbolisme, on découvre en librairie La France juive, essai d'histoire contemporaine (Marpon-Flammarion), un sinistre pamphlet d'Édouard Drumont qui va populariser l'antisémitisme en France puis en Allemagne.

Symbolisme et décadence

L'école symboliste naissante se donne pour chefs Jean Moréas, Stéphane Mallarmé et, presque malgré lui, Paul Verlaine.

Stéphane Mallarmé, adepte d'une poésie ésotérique, est un professeur d'anglais né en 1842 qui tient un salon littéraire tous les mardis dans son domicile parisien, 87, rue de Rome. Il est élu « prince des poètes » en 1896.

Le symbolisme réunit aussi de plus jeunes poètes : Jules Laforgue, Albert Samain, Henri de Régnier. Il déborde le cadre de la poésie et touche le roman, le théâtre, la peinture et la musique. On peut citer le compositeur Claude Debussy, les peintres Gustave Moreau et Odilon Redon, le dramaturge belge Maurice Maeterlinck, le poète belge Émile Verhaeren et encore le peintre autrichien Gustav Klimt, qui sera l'un des maîtres de l'« Art nouveau ».

Le symbolisme est présenté à sa naissance comme une extrapolation de l'« École décadente ». En fait, il annonce un bouleversement du paysage littéraire et artistique de l'Europe occidentale, avec plus de sensibilité et d'introversion, plus de fragilité aussi.

Trop intellectuel et évanescent, le symbolisme ne va pas tarder à laisser la place dans les années 1890 à un courant artistique plus proche de la Nature, l'Art nouveau. Jean Moréas lui-même s'en écarte dès 1892 et revient dans ses Stances à une poésie plus classique :

« Ne dites pas : la vie est un joyeux festin ;
Ou c'est d'un esprit sot ou c'est d'une âme basse.
Surtout ne dites point : elle est malheur sans fin ;
C'est d'un mauvais courage et qui trop tôt se lasse. »

Jean Moréas, Stances (1892)

Camille Vignolle
Douze ans plus tôt, Verlaine...

L'approche symboliste de la poésie a été formulée par Paul Verlaine douze ans plus tôt, en 1874 (avec infiniment plus de talent que Jean Moréas).

Prématurée, cette profession de foi symboliste apparaît la même année que l'exposition de peinture qui a consacré l'école impressionniste. Son auteur, Paul Verlaine, alors âgé de 30 ans, traverse une crise majeure de son existence : séparation douloureuse d'avec sa femme Mathilde, relations tumultueuses avec Arthur Rimbaud (20 ans), alcoolisme, prison et pour finir conversion mystique au catholicisme.

« De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est par un ciel d'automne attiédi
Le bleu fouillis des claires étoiles !
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?
Ô qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature. »

Paul Verlaine, L'Art poétique (1874)

Publié ou mis à jour le : 2019-06-23 19:07:34

 
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