11 juillet 1405

La « Flotte des Trésors » largue les amarres

Le 11 juillet 1405, la « Flotte des Trésors » largue les amarres pour un long périple dans les mers du Sud (l'océan Indien).

C'est la première des sept grandes missions d'exploration conduites par Zheng He pour le compte du grand empereur chinois Yongle, de la dynastie Ming, et de son deuxième successeur.

Ces missions précèdent de quelques décennies les grandes expéditions maritimes des Européens (Bartolomeu Dias, Christophe Colomb....). Elles ouvrent des perspectives d'expansion inouïes à la Chine des empereurs Ming, perspectives que les fonctionnaires confucéens auront tôt fait d'interrompre.

Zeng He et la flotte des Trésors (représentation allégorique sur un temple de Malaisie)

Un empereur qui voit loin

L'empereur Yongle a porté la dynastie Ming à son apogée et considérablement renforcé la Chine. Mais il ne s'en tient pas là et veut nouer des échanges avec un maximum de souverains étrangers. Dès la fin du XIVe siècle, les échanges d'ambassades se mutiplient entre Nankin et les petits royaumes d'Extrême-Orient et d'Asie du Sud-Est. L'empereur projette aussi de grandes missions d'exploration outre-mer en vue de développer le commerce et de faire reconnaître le prestige de l'empire des Ming aussi loin qu'il est possible.

Les Chinois s'étaient lancés sur les mers dès les environs de l'An Mil. Plus tard, les conquérants mongols avaient fait construire à l'embouchure du Yangzi de grandes flottes en vue d'envahir Java. Autant dire que les ambitions ultramarines de l'empereur n'ont rien d'extraordinaire... Elles n'ont rien non plus d'irréfléchi. Dès 1391, plus de 50 millions d'arbres sont plantés dans la région de Nankin en vue de la construction des navires.

Les chantiers navals du bas-Yangzi sont mobilisés pour construire les deux cents navires de la flotte des Trésors. Les quelques milliers de travailleurs de ces chantiers navals sont renforcés par 400 familles de charpentiers.

L'amiral Zheng He, auquel est confié le commandement de la flotte, est un géant originaire du Yunnan, une province du sud de la Chine. Il appartient à une minorité de confession musulmane, les Hui. Il est né vers 1371 sous le nom de Ma He dans une famille spécialisée dans l'organisation de voyages vers La Mecque. Sans doute a-t-il lui-même fait le voyage à La Mecque avec son père. 

Capturé  par les Chinois lors de l'invasion du Yunnan, il a eu la vie sauve en raison de sa jeunesse et de ses aptitudes mais a été émasculé.

Entré comme eunuque au palais de l'empereur Hong-wou, il a gagné la confiance de celui-ci ainsi que de son fils Yongle et a reçu le surnom de Zheng.

Pour la navigation lointaine, Zheng He peut compter sur des innovations déjà anciennes, comme le compas, inventé par les Chinois eux-mêmes au XIe siècle. Ces compas placés dans une capsule d'eau permettent aux marins de se repérer en plein océan.

Des jonques jusqu'en Afrique !

Le grand départ a lieu le 11 juillet 1405 du port de Longkiang, à l'embouchure du Fleuve bleu, le Yangzi. Deux cents navires emportent - si l'on en croit les chroniques - 27 800 personnes : marins, soldats, mais aussi interprètes, médecins, savants...

Toujours selon les chroniques, le vaisseau amiral, le plus grand de tous, aurait 140 mètres de long et 58 de large, avec 12 mâts et une jauge de 1500 tonneaux... Ces dimensions font passer la Santa Maria de Christophe Colomb, longue de 28 mètres, pour une coque de noix... mais paraissent très exagérées !

Si elles surpassent en taille les caravelles et les caraques occidentales, ces jonques n'ont pas leur maniabilité. Elles ne louvoient pas et naviguent obligatoirement vent arrière. Pour cette raison, elles ne peuvent sortir de la zone des moussons, attendant d'une saison à l'autre que les vents s'orientent dans l'un ou l'autre sens.

Les expéditions de Zheng He (DR)

– Première expédition :

La flotte des Trésors se rend jusqu'au sud de l'Inde et atteint l'île de Ceylan (Sri Lanka). Elle établit les premiers contacts avec les royaumes locaux.

– Deuxième expédition :

En 1407-1409, Zheng He consolide ses implantations côtières par une nouvelle expédition. Il fait dresser des stèles à Calicut, Cochin et Ceylan afin de confirmer les liens de ces États avec l'empire des Ming.

– Troisième expédition :

Zheng He repart en 1409-1411 vers le Siam, Malacca et l'île de Ceylan, où il inflige une défaite militaire à l'armée du roi de Kandi.

– Quatrième expédition :

Girafe (qilin en chinois) ramenée d'Afrique par Zheng He  (peinture de Shen Du, 1414).En 1413-1415, Zheng He s'embarque avec 30 000 hommes jusqu'au golfe Persique, en vue de ramener les pierres précieuses qui font la réputation de la ville arabe d'Ormuz.

Une partie de l'expédition profite de l'occasion pour explorer les côtes de l'Afrique orientale jusqu'aux environs de Zanzibar. On ne se lasse pas d'imaginer ces contacts sans lendemain entre l'Afrique noire et l'empire Ming !

L'expédition rentre à Nankin avec des représentants d'une trentaine de royaumes, tous porteurs de tributs pour l'empereur de Chine, y compris même une girafe.

– Cinquième et sixième expéditions :

Les deux voyages suivants ont lieu dans les mêmes régions de la péninsule arabe et de la côte africaine des Somalis en 1417-1419 et en 1421-1422.

Mais la mort de l'empereur Yongle en 1424 et l'intronisation de son fils interrompent le cycle des expéditions. La Chine commence à se détourner de la mer comme l'illustre le transfert de la capitale, de Nankin (Nanjing, « capitale du sud »), au-dessus du delta du Yangzi Jiang (Yangtsé, le « Fleuve bleu »), à Pékin (Beijing, « capitale du nord »), à la limite de la steppe...

– Septième expédition :

La dernière expédition est commanditée en 1433 par le petit-fils de Yongle, l'empereur Xuande, en vue de restaurer des relations pacifiques avec les royaumes du Siam et de Malacca, dans le Sud-Est asiatique. Une partie des navires se rendent de Calicut à Djeddah, le port de La Mecque, en Arabie.

La trace de Zheng He se perd à ce moment. Après sa mort, les empereurs Ming renoncent aux explorations maritimes bien que celles-ci eussent atteint leurs objectifs et contribué au rayonnement international de la Chine et au développement de son commerce. Zheng He lui-même a laissé de tels souvenirs en Asie du Sud-Est qu'il y est encore par endroits divinisé sous le nom de Sanbao miao.

Sous la pression des lettrés confucéens, qui croient assurer de la sorte la tranquillité de la Chine, les empereurs se replient à l'intérieur de leurs frontières... Mauvais calcul. En agissant ainsi, ils laissent la Chine démunie face aux agressions des Mandchous et des Japonais ainsi qu'aux appétits des marchands européens.

Ysaline Homant
Publié ou mis à jour le : 2019-07-11 04:12:04

 
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