Le 10 février 1943, un Algérien musulman, Ferhat Abbas, publie le Manifeste du peuple algérien . Pharmacien établi à Sétif, ce musulman de 44 ans militait jusque-là avec ferveur pour une complète assimilation de l'Algérie et de ses habitants à la France.
Avec ce document signé par 28 élus musulmans, il s'en détourne et revendique désormais une très large autonomie du territoire. Cette initiative consacre l'échec de la politique conduite en Algérie par les gouvernements de la IIIe République. Elle inaugure un processus tragique qui va mener en moins de vingt ans à la naissance de la nation algérienne...
Improbable naissance d'une identité algérienne
Alger et la bande littorale située entre le Maroc et la Tunisie ont été conquis par la France entre 1830 et 1847. Le gouvernement de la IIe République en a fait trois départements (Oran, Alger et Constantine), non compris les Territoires du Sud (Sahara). Si les israélites obtiennent la citoyenneté française dès 1870, il n'en va pas de même des musulmans, sauf pour ceux, rares, qui acceptent d'être régis par le Code civil (note). Ces musulmans représentent 90% de la population, laquelle totalise 8 millions d'individus dans les années 1930, avec les juifs et les colons européens.
Établi en France métropolitaine après la Première Guerre mondiale, Ahmed Messali Hadj dirige dès 1927 une organisation qui réclame rien moins que l'indépendance de l'Algérie : l'Étoile nord-africaine. Elle en vient à compter 40.000 adhérents parmi les travailleurs algériens de la métropole.
En 1936, le président du Conseil Léon Blum et le gouverneur Viollette proposent de conférer à tout juste 21 000 musulmans le droit de vote aux élections législatives. Mais les élus d'Algérie s'y opposent violemment et le projet Blum-Viollette, malgré sa timidité, n'est même pas voté.
Désespérant d'obtenir d'authentiques droits civiques et politiques, les musulmans d'Algérie se divisent sur des revendications politiques contradictoires.
Ahmed Messali Hadj durcit ses revendications indépendantistes avec le Parti Populaire Algérien, fondé le 11 mars 1937, ce qui lui vaut d'être plusieurs fois arrêté et emprisonné.
De son côté, la Fédération des Élus Indigènes réclame l'assimilation tout comme l'Union populaire algérienne fondée en 1938 par Ferhat Abbas.
Ce dernier, fils de caïd et fruit d'une belle ascension républicaine, a cherché par sa correspondance avec Charles Maurras des réponses à son sentiment nationaliste. Puis, par admiration pour Léon Blum, son parcours et ses idées, il s'est rallié à l'espoir d'une complète assimilation en contestant proprement l'existence d'une nation algérienne.
Ainsi écrira-t-il : « Si j’avais découvert la « Nation Algérienne », je serais nationaliste et je n’en rougirais pas comme d’un crime. Les hommes morts pour l’idéal national sont journellement honorés et respectés. Ma vie ne vaut pas plus que la leur. Et cependant je ne ferai pas ce sacrifice. L’Algérie en tant que Patrie est un mythe. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé l’Histoire ; j’ai interrogé les morts et les vivants ; j’ai visité les cimetières : personne ne m’en a parlé » (Ferhat Abbas, Garnier Frères, 1981, p. 27.).
Une marche en ordre dispersé vers l'indépendance
Au début de la Seconde Guerre mondiale, les Français d'Algérie se rallient massivement au gouvernement de Vichy conduit par le maréchal Pétain. Messali Hadj, qui refuse de collaborer, est condamné aux travaux forcés.
En novembre 1942, à la suite de l'opération Torch, l'Algérie est occupée par les Anglo-Saxons. Robert Murphy, représentant du président Roosevelt, ne se fait pas faute de dénoncer alors le colonialisme... au grand dam du général de Gaulle qui s'irrite de cette immixion des Alliés dans les affaires intérieures de la France et le fait savoir.
Les Algériens musulmans, pour leur part, prennent conscience de l'inanité de leur statut d'indigène et demandent que des droits politiques leur soient enfin reconnus (note).
Prenant acte de l'opposition irréductible des colons d'origine européenne à toute réforme d'envergure, Ferhat Abbas perd l'espoir d'une assimilation de tous les Algériens à la France. C'est alors qu'il publie le Manifeste du peuple algérien.
Dans ce document essentiel, quoique modéré, il revendique une pleine autonomie pour l'Algérie, avec une égale participation de tous les habitants aux affaires politiques, une Constitution propre, une réforme agraire et la reconnaissance de la langue arabe au côté du français.
De concert avec Ahmed Messali Hadj, Ferhat Abbas dénonce la politique d'assimilation prônée par Charles de Gaulle dans son discours de Constantine en décembre 1943.
À la fin de la guerre, à la suite des émeutes de Sétif, il est brièvement arrêté. Sans rancune, il fonde en 1946 l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) qui propose une République algérienne autonome fédérée avec la France.
Son rival Messali Hadj fonde quant à lui le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) en remplacement du PPA dissous par les autorités françaises.
L'aveuglement des gouvernants française de la IVe République et l'obstruction des colons vont entraîner les militants vers la lutte armée et une guerre cruelle dont Algériens et Français ne finissent pas de payer les retombées, plus d'un demi-siècle après...












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Ali (17-09-2006 23:07:06)
You are not really historians ,you did not write the history as it is really, you wrote that Algeria was not a state before the French conquest , do you know that france has more than one hundred betw... Lire la suite