La référence des passionnés d'Histoire
Ami d'Herodote.net

Les Amis d'Herodote.net
ont accès à un dossier complet
autour de ce sujet :

Articles récents
Les 10 articles les plus lus
Publicité
Suivez Herodote.net sur twitter
Offrez-vous quelques minutes d'évasion
avec Les Chroniques d'Herodote.net

Adhérez aux Amis d'Herodote.net

À quand remontent les premiers camps de concentration ?

Réponse
Publicité

Versailles

Les petites gens au service du roi Louis XIV


La comédie du pouvoir... Cette expression semble avoir été imaginée pour Versailles qui s'apparente à un théâtre, où la famille royale et leurs courtisans jouent la pièce de la monarchie absolue.

Mais derrière ce décor, pour que la représentation puisse avoir lieu sans accroc, c'est toute une armée de serviteurs qui, jour et nuit, s'active sans relâche. Oublions un instant les fastes de la royauté pour nous mêler à ces petites gens qui ont fait le grand Versailles.

Isabelle Grégor
Anonyme, Louis XIV et le Grand Dauphin passant à cheval devant la grotte de Thétis à Versailles,  XVIIe s., Château de Versailles.

Recherche appartement, désespérément...

Lorsque Louis XIV a emménagé avec sa cour à Versailles, en 1682, ce sont des milliers de personnes qui ont tenté tant bien que mal de s'installer dans ce que Saint-Simon, spectateur privilégié de ce petit monde, appelait «le château de cartes».

Dans les 189 logements particuliers mis à la disposition des «logeants» s'entassent les courtisans les plus chanceux, laissant aux «galopins» l'inconvénient des allers-et-retours entre le «Louvre» et les appartements en ville.

Pour les légions de domestiques indispensables au palais et à ses habitants, des appartements communautaires ont été aménagés dans le «Grand Commun», sur le côté du bâtiment principal, mais beaucoup doivent se contenter d'un lit sous les combles. Manque d'espace, fumée, obscurité rendent les lieux peu accueillants, sans compter les multiples dégradations dues aux changements incessants d'occupants. Mais quel bel écrin pour un tel capharnaüm !

Vue du château de Versailles pris de la place d'armes avec Louis XIV passant en carrosse au milieu de la foule 4e quart 17e siècle (accompagné du Dauphin, futur Louis XV et de madame de Ventadour), château de Versailles.

Mission : protéger le roi

Martin (Pierre-Denis), Marie-Adélaïde duchesse de Bourgogne partant à la chasse au faucon, fin XVIIe s., château de Versailles. Versailles est un lieu ouvert à tous : le roi appartenant à son peuple, tout-un-chacun doit pouvoir l'approcher. Voici un principe louable qui n'a pas été sans poser problème puisque l'ensemble du domaine (exceptés les appartements privés du roi) se devaient d'être accessibles.

Pour protéger les personnes et les biens, c'est toute une armée de gardes qui s'organise dans la Maison militaire du roi. En arrivant au château, on croise d'abord les gardes de la Porte puis les Cent-Suisses et les 24 gardes de la Manche, véritables gardes du corps du roi qu'ils accompagnent partout. Chevau-légers, mousquetaires ou gendarmes du roi, tous ces gentilshommes doivent allier discrétion et loyauté.

En suivant le roi dans ses déplacements, ils sont amenés à côtoyer le petit personnel des Écuries et de la Vénerie (garde-chasse, valets de chiens, aides à la selle...) ainsi que les responsables des jardins : brigade des Seaux (ancêtres de nos pompiers), fontainiers et autres gardes des Bosquets, sans oublier le Capitaine du Canal et ses matelots !

«C'est un beau spectacle de le voir sortir du château avec ses gardes du corps, les carrosses, les chevaux, les courtisans, les valets et une multitude de gens, tous en confusion, courant avec bruit autour de lui. Cela me rappelle la reine des abeilles, quand elle sort dans les champs avec son essaim» (Primi Visconti, Mémoires sur la Cour de Louis XIV, 1673-1681).

Le Brun (Charles), Pierre Séguier, chancelier de France (1588-1672), vers 1655, musée du Louvre, Paris.

La grande famille des domestiques

Une deuxième armée travaille à la bonne marche du navire : celle des domestiques. Ces centaines d'inconnus, omniprésents et invisibles, ont chacun un rôle bien précis à jouer.

Voici les pages, ces jeunes nobles qui, au nombre de 350, partagent le quotidien du roi et des seigneurs pour parfaire leur éducation. Réputés pour leur insolence, ils n'hésitent pas à taquiner les femmes de chambre, y compris les «femmes rouges» chargées de la mise en beauté de la reine. C'est une fonction très gratifiante mais qui fait naître des jalousies.

Il est vrai qu'elles ont l'air bien fières dans leurs «robes négligées» dont la reine ne veut plus ! Certains de leurs congénères masculins n'ont rien à leur envier, comme le valet de chambre du roi qui, dit-on, était relié la nuit par son poignet au lit du monarque par un cordon. Chauffer les mules du souverain le matin, recueillir les reliques avec lesquelles il dormait, l'accompagner à la chambre de la reine en portant son épée et son pot de chambre...

Autant de tâches banales mais qui faisaient de ce poste une des fonctions-clés du palais au point de rendre certains, comme Alexandre Bontemps, incontournables.

Bontemps, serviteur exemplaire du roi

Saint-Simon a bien sûr dressé le portrait de Bontemps qui devient sous sa plume l'homme de confiance du roi : «C'était par lui que passaient tous les ordres et les messages secrets, les audiences ignorées, qu'il introduisait chez le roi, les lettres cachées au roi et du roi, et tout ce qui était mystère […] [Il] avait la cour à ses pieds».

Voici l'épitaphe que lui consacra Pierre-François de Bellocq :

«Vivre en faveur sans ostentation,

Faire du bien seulement pour le faire,

au bonheur la modération,

Être équitable au poids du sanctuaire,

N'être jamais à personne contraire,

Mais d'obliger saisir l'occasion,

Prendre les arts sous sa protection,

En beau chemin, content du nécessaire,

D'accumuler fuir la contagion ,

Ce sont sentiers que peu d'hommes battirent

Sans s'écarter, et plus de cinquante ans ;

Ce sont vertus qui de la cour sortirent

Le même jour que trépassa Bontemps»
.

Henry Du Rosnel et Guillemard, Habit de valets de pied, cochers, et autres, à la livrée du prince de Condé, 1776, Bnf, Paris.

Laver, repasser, balayer...

Le Matin, dame de qualité à sa toilette, XVIIe s.,  Château de Versailles.Une des fonctions essentielles de cette armée de fourmis était de veiller à l'entretien et la propreté des lieux. Si la main-d'oeuvre était parfois embauchée à la journée, comme ces jardiniers venus «ratiller les allées», la majorité du personnel était attachée au château une grande partie de la vie.

Prenons l'exemple de ce Boudard, «âgé de 70 ans, infirme, affligé de deux hernies» et pourtant «chargé de l'arrachage des herbes de l'avant-cour de Versailles depuis 40 ans moyennant 400 livres» (en 1780) ! Des dizaines de frotteurs de parquet, balayeurs et garçons du Garde-Meubles s'activent chaque jour pour que le décor d'or et de boiseries qui les entoure reste présentable.

De leur côté, les blanchisseuses, pour le «menu linge», et les lavandiers, pour le linge de maison, font de leur mieux pour faire parvenir en bon état draps et éléments de costume aux empeuseuses et cravatiers.

Et qu'importe si l'eau courante manque : on se servira des auges des Grandes Écuries, voire du Grand Bassin ! Et on laissera «la vue dégoutante du linge étendu entre les arbres» incommoder l'Inspecteur général des Bâtiments.

Table ouverte

Arnoult (Nicolas), Dame de qualité au rafraîchissement des liqueurs, 1688, château de Versailles.Entre deux divertissements organisés par les comédiens, musiciens ou liseuses, il faut bien que tout ce beau monde se nourrisse.

C'est alors aux 500 officiers de la Maison-Bouche d'entrer en action.

Panetiers, échansons, verduriers et autres tournebroches se relaient pour mener le grand bal des repas, tous préparés dans le château par peur de l'empoisonnement.

Pas moins de 15 personnes, d'origine noble, étaient assignées au service de la table du roi tandis que 50 maîtres queux, hâteurs (chargés des «rots») et autres «potagers» (spécialisés dans le potage) se croisaient en cuisine.

N'oublions pas le rôle capital de l'«avertisseur» dont la mission était d'indiquer à quelle heure le roi souhaitait passer à table !

La quantité prodigieuse de plats proposés n'avait pas pour seul but de montrer la puissance royale...

Madame du Lude, dame d'honneur de la duchesse de Bourgogne, servant une collation au duc et à la duchesse de Bourgogne, XVIIe s., château de Versailles.Les restes étaient successivement servis aux différents niveaux de personnels, pour finalement être vendus aux passants avec une bonne dose de sauce pour masquer le début de dégradation de la nourriture.

À Versailles, rien ne se perdait !

Cette organisation (presque !) sans faille a permis à la ruche qu'étaient devenus le château et ses contours de servir fidèlement la royauté.

Pendant à peine plus d'un siècle (1681-1789), c'est grâce à des milliers d'anonymes que Versailles brilla au cœur de l'Histoire, jusqu'à ce que la Révolution redéfinisse les rôles. Mais la servante Marguerite et l'écuyer Arnaud ont-ils vraiment quitté les lieux ?

Sources bibliographiques

Da Vinha (Mathieu), Les Valets de chambre de Louis XIV, Perrin, 2004.

Da Vinha (Mathieu), Le Versailles de Louis XIV. Le Fonctionnement d'une résidence royale au XVIIe s., Perrin, 2009.

Levron (Jacques), La Vie quotidienne à la cour de Versailles aux XVIIe-XVIIIe siècles, Hachette, 1965.

Newton (William Ritchey ), Derrière la façade. Vivre au château de Versailles au XVIIIe siècle, Perrin, 2008.

Versailles sous Louis XIV, sujets à découper, éd. Bouquet (Pro Familia), XIXe s.
Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Voir les 2 commentaires sur cet article


Les Amis d'Herodote.net peuvent envoyer un commentaire sur cet article.

Mise à jour : 2013-07-14 22:26:42