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Les handicaps des puissants


Dans le film Le discours du roi (Tom Hooper, 2010), on découvre un George VI luttant contre son bégaiement avec l'aide d'un orthophoniste non-conventionnel et l'amour de sa femme.

Comme lui, bien d'autres dirigeants ont appris à surmonter leur handicap et ont puisé un supplément d'énergie dans cette lutte intime.

Marc Fourny
Des conquérants plus forts que le mal

L'Histoire regorge de conquérants qui ont su vaincre ou dominer leurs maladies et leurs tares. Ce qui ne les a guère empêchés de mener à terme leurs rêves les plus fous, tel Philippe II de Macédoine, un borgne (et boîteux) redoutable, fin tacticien, dont la férocité lui permit de mettre les cités grecques au pas tout en éduquant son fils Alexandre pour faire de lui l'un des plus grands guerriers de l'Histoire.

Autre borgne de l'Antiquité : le Carthaginois Hannibal, cauchemar des Romains. Sérieusement blessé sur les terres italiennes - ou victime d'une sérieuse ophtalmie selon d'autres sources -, c'est en tout cas un général amputé d'un œil qui va livrer ses plus célèbres batailles, celles de Trasimène et surtout de Cannes (216 av JC), lors de sa campagne spectaculaire contre Rome, implantant une tête de pont dans la région pendant plus de dix ans.

Jules César n'est pas en reste, épileptique célèbre, terrassé par des crises soudaines, et qui mourut presque empereur, après avoir conquis la Gaule et le Capitole.

Citons également Louis VI le Gros, que l'obésité n'a pas empêché de manier l'épée et d'agrandir solidement le royaume de France, Anne de Bretagne, dite la Boîteuse, qui fut duchesse et deux fois reine de France (Charles VIII et Louis XII), et le bégaiement de Charles Quint, l'un des hommes les plus puissants de la renaissance, dû semble-t-il à une polypose nasale...

De lourdes pathologies viennent littéralement empoisonner certains règnes comme ceux de Louis XIII et Richelieu, tous deux perpétuellement affaiblis : le cardinal est sujet à des crises d'hémorroïdes terribles et le roi souffre de la maladie de Crohn (inflammation du tube digestif) qui a un effet permanent sur son humeur et finit par le tuer à 42 ans, en 1643, après deux années de supplice pendant lesquelles son médecin lui prescrit 34 saignées, 250 purges et des centaines de lavements.

Pourtant, on sait combien ce duo à la tête du royaume a posé les fondations d'un État puissant, prouvant que handicap et puissance sont parfois proches parents...

Autre exemple avec Napoléon Bonaparte, de constitution fragile, probablement atteint (comme son père) d'un ulcère puis d'un cancer de l'estomac. Il ne fit qu'empirer au fur et à mesure de ses exploits jusqu'au calvaire de Sainte-Hélène.

Hasard de l'histoire, l'un de ses plus farouches ennemis, le roi anglais George III, a régné malgré une déficience mentale certaine, à tel point que le souverain était déclaré «en danger» dès 1788 par ses proches et médecins, impuissants face au mal.

Atteint d'une maladie du sang (la porphyrie), soigné à l'arsenic, il est victime de crises régulières pendant lesquelles il peut parler plusieurs heures sans s'arrêter ou se comporter de façon déplacée et incohérente, comme serrer la branche d'un arbre qu'il prenait pour la main du roi de Prusse... Mais il a le bon réflexe de s'entourer de ministres compétents dont le premier d'entre eux, William Pitt le Jeune, évitera à l'Angleterre de sombrer. En 1810, le roi devient aveugle. Il est déclaré fou - il deviendra sourd- et le prince de Galles assure la régence.

Abraham Lincoln, le plus admiré de tous les présidents américains, fut très marqué par le destin. Les malheurs familiaux, les deuils et les maladies contribuèrent sans doute à renforcer sa détermination dans la conduite de la guerre face au Sud sécessionniste. 

Dominer son corps, lutter contre les aléas du destin, une vraie discipline de vie aussi pour l'empereur allemand Guillaume II, dont le bras était atrophié et paralysé, suite à une erreur lors de l'accouchement de sa mère.

Celle-ci lui en tiendra rigueur, multipliant les reproches, et aura même du dégoût pour son fils, ce qui marquera profondément le caractère de l'empereur, très complexé par son infirmité, notamment lors des revues ou cérémonies publiques.

On suppose également qu'il fut victime d'un traumatisme crânien lors de sa naissance, ce qui expliquerait certains de ses comportements comme la cyclothymie, l'agressivité ou l'entêtement, parfois difficilement compatibles avec son rôle de chef d'État. Surnommé «Empereur de la bourde», il met parfois le feu aux relations diplomatiques par des déclarations intempestives que son chancelier Von Bülow passe son temps à étouffer.

Faut-il croire que ces hommes et ces femmes se sont dépassés parce qu'ils se sentaient justement défavorisés, complexés ou même parfois condamnés ? Difficile de trancher. Mais on peut penser que l'action, le combat politique, l'engagement permanent leur ont permis de trouver un dérivatif à leur handicap et de prendre leur revanche sur leur faiblesse.

L'exemple le plus récent est celui de François Mitterrand qui mit un point d'honneur à combattre son cancer de la prostate jusqu'au bout de son mandat, comme on mène une longue et éprouvante course d'endurance. Et ce, dans le plus grand secret, car révéler l'affaire avant l'élection présidentielle de 1988, c'était à coup sûr empêcher la gauche de conserver l'Élysée.

Maladie, pouvoir et secret

On touche là un autre aspect de l'infirmité lié au pouvoir : la maladie doit être cachée et la tare le plus possible atténuée.

Il n'empêche qu'au Moyen Âge et jusqu'à la veille de la Révolution, la santé du roi est dans une certaine mesure publique. On prie dans les églises pour qu'il se remette d'une crise ou d'une maladie, sans compter les processions officielles pour contrer tel ou tel maux. Les saignées sont courantes dans les palais et l'on soigne les princes devant leurs sujets sans tabou ni gêne. Mais le corps fait partie des secrets d'État. Quand Louis XIV se fait opérer - avec succès - de la fistule anale, en 1686, c'est à huis clos, tout au plus devant une dizaine de personnes, dont son épouse Mme de Maintenon. Versailles est rempli d'espions prêts à informer les cours européennes du moindre signe d'affaiblissement royal.

Un chef que l'on sait malade, c'est toute son autorité qui est touchée, notamment dans la dure loi des relations diplomatiques, de la guerre, ou du combat politique. C'est vrai pour Jules César, déjà âgé pour son époque, qui a besoin de ses troupes pour conquérir le pouvoir : il ne peut se montrer affaibli par l'épilepsie même si, par deux fois, selon Suétone, il est pris de convulsions en public. On suppose qu'il était accompagné en permanence d'un aide de camp mis au secret, toujours prêt à intervenir à l'aide d'un petit bâton qui se glisse entre les dents, loin des regards.

C'est toujours vrai sous Franklin Delano Roosevelt, dans les années 1930. Atteint de poliomyélite à l'âge de 39 ans, il ne marchera quasiment plus de sa vie, ou sur de très courtes distances, les jambes corsetées dans des attelles orthopédiques. Et pourtant, à sa mort, après avoir été élu quatre fois président des Etats-Unis, bon nombre d'Américains ignoraient qu'il était paralysé des deux jambes ! Un président infirme, certes, mais qui montra une réelle énergie pour relever les plus grands défis du siècle, celui de la violente crise économique de 1929 puis la guerre contre le nazisme. Il fait tout pour masquer au maximum son handicap, se montrant toujours debout avec une canne, ou au bras de son fils, jamais dans son fauteuil roulant, en tout cas officiellement.

Sur les photos officielles, ses partenaires prennent soin de s'asseoir à côté de lui pour dissimuler son état. Ainsi de la célèbre photo de la conférence de Yalta avec Staline et Churchill.

Autre exemple avec John Fitzgerald Kennedy, vingt ans plus tard, victime de la maladie d'Addison qui finit par provoquer de l'ostéoporose, mettant les os de son dos en miettes. On lui pose des plaques et des vis pour maintenir sa colonne vertébrale, il est sous piqûre en permanence, bourré de médicaments - antidouleur, cortisone, etc -, ce qui ne l'empêche pas de déployer une volonté politique hors du commun pendant trois ans.

Un traitement de choc en tout cas ignoré du grand public abreuvé d'images d'un quadra parfait et dynamique au bras de Jackie Kennedy : aurait-on élu un homme infirme ?

Là où les tyrans borgnes ou les guerriers féroces pouvaient s'imposer par les armes ou la terreur, la séduction obligatoire qu'entraîne le passage devant les électeurs, avec la maîtrise supposée des outils médiatiques (télé, radio, reportages photos), change obligatoirement la donne : le chef se doit d'être parfait, image idéale d'un pays en bonne santé. Léon Gambetta, borgne, prend soin de toujours se faire photographier de profil. Le limage des canines de François Mitterrand avant 1981, les talonnettes du président Nicolas Sarkozy qui s'estime de taille trop petite ou encore les multiples liftings d'un Silvio Berlusconi participent d'une même politique : le règne du zéro défaut !

Une autorité parfois mise à mal

Certaines tares peuvent aussi grandement miner l'autorité d'un roi. C'est le cas par exemple du roi carolingien Louis le Bègue (IXe siècle) qui ne fut guère suivi par ses vassaux et dont la prise de pouvoir fut même contestée dès le début par l'aristocratie. Son bégaiement a franchement nuit à son autorité et, à sa mort, il laisse un royaume désordonné et une couronne plus faible que jamais.

Avec le Valois Charles VI Le Fou, on frôle carrément la catastrophe : pendant trente ans, le roi est incapable de gouverner, soumis à des crises récurrentes en raison d'une fièvre typhoïde qui l'avait terrassé. Le pouvoir passe aux mains des oncles, qui assurent une régence de fait et dont le roi d'Angleterre Henri V profite. Après la terrible défaite d'Azincourt (1415), le traité de Troyes - signé sous l'autorité d'Henri-, précipite le pays dans le giron anglais en écartant le dauphin de la couronne : le roi d'Angleterre devient officiellement l'héritier de France. Charles VII, petit roi de Bourges, devra à Jeanne d'Arc de retrouver sa légitimité et sa puissance. Mais jamais le pays ne fut aussi près du précipice !

Enfin rappelons également le court règne de François II, chétif et toujours malade, qui ne put jamais s'imposer face à sa mère Catherine de Médicis et surtout au parti des Guise pendant une période cruciale de l'Histoire de France. Le royaume connaît sa première crise religieuse avec la répression sanglante qui suit la conjuration d'Amboise (1560), lorsque le parti protestant tente de soustraire le roi à l'influence grandissante des Guise. Au bout d'un an et cinq mois de règne, secoué par des syncopes, François II est emporté par une otite qui vire à l'abcès. Il laisse le royaume au bord de la guerre civile.

Publié ou mis à jour le : 2013-02-25 22:34:18