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À qui doit-on la découverte du bacille de la peste ?

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Eschatologie

La fin des temps : l'angoisse sans fin !


Le 21 décembre 2012, le monde devait être détruit. Cette prédiction, qui tarde en définitive à se réaliser, ne nous vient pas de Nostradamus, notre grand voyant, mais des Mayas qui auraient, paraît-il, gravé cette date dans la pierre de leur calendrier.

Il y a eu en fait tant de versions des moments ultimes qu'un terme a été créé pour les évoquer ! Lançons-nous donc dans l'eschatologie, c'est-à-dire l'étude de la fin des temps (le mot a été forgé en 1864 à partir du grec «eskatos», dernier ou extrême, et «logos», discours).

Du déluge à l'apocalypse nucléaire, voici le rappel de ces mythes qui ont cristallisé les angoisses des hommes.

Isabelle Grégor
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La Chute des anges, illustration de Georges Chastellain, Miroir de mort, 1470, Bibliothèque municipale, Carpentras.

Le temps : roue ou flèche ?

Dans l'Antiquité, le futur ne se présente pas tant comme la fin du monde que comme la fin d'un monde. Les Anciens pensaient en effet que leur univers était certes voué à disparaître, mais pour mieux renaître par la suite. Le dieu , en Égypte, ne disparaît-il pas chaque soir derrière l'horizon pour mieux renaître le lendemain ? 

C'est chez les Hébreux que naît l'idée d'un temps linéaire, s'écoulant de façon irréversible entre un début et une fin, de la naissance d'Adam à la fin du monde.

Un nouvel espoir apparaît cependant, commun aux trois grandes religions monothéistes : la certitude de l'existence d'un autre monde que celui dans lequel vivent les croyants, un monde parfait qui ignore le Mal et la Mort.

Cette espérance n'exclut pas l'angoisse car, avant d'accéder au bonheur éternel, il faut se confronter aux cataclysmes destinés à détruire les anciennes sociétés. Et revoilà nos vieilles peurs qui renaissent...

Nettoyage à grandes eaux : le déluge

Le Déluge, illustration de Saint Augustin, De Civitate Dei, XVe siècle, BnF, Paris. La nécessité de faire régulièrement table rase est présente dans de nombreuses civilisations à travers le mythe du déluge. 

Chez les Mésopotamiens, l'épopée de Gilgamesh (vers le XXe av. J.-C.) nous raconte un déluge en de nombreux points semblable à celui présent dans la Genèse, rédigée près de treize siècles plus tard.

Colère des dieux, personnage élu construisant un bateau pour accueillir des spécimens de tous les animaux, montée des eaux, échouement et colombe... Tous les ingrédients sont déjà là !

Ce mythe est en fait universel mais, dans la plupart des récits, le déluge n'est pas la fin de tout mais le début d'une nouvelle ère.

Avec ses survivants réfugiés dans des navires ou en haut des arbres, l'humanité, prévenue de sa faiblesse, va pouvoir à nouveau se lancer dans l'aventure de la vie.

Une Apocalypse pour rassurer

À la fin du 1er siècle, tandis que les premiers chrétiens commencent à souffrir des persécutions, Saint Jean rédige, sur l'île de Patmos, le dernier livre du Nouveau Testament, intitulé l'Apocalypse (la «Révélation»).

La Bête de la mer,  Frère Laurent, Somme le roi, 1295, Bibliothèque Mazarine, Paris.Ce texte, loin d'être pessimiste comme on le pense souvent, a pour but de redonner courage aux opprimés.

Il leur annonce la fin de l'Histoire et de ses injustices et l'instauration du royaume du Messie sur Terre, pour mille ans de bonheur précédant le Jugement dernier et le salut. 

Mais avant cela, il faudra passer par une période de cataclysmes et d'épreuves. 

Guerres, mort et famines surviendront dans le sillage des quatre Cavaliers de l'Apocalypse tandis que les trompettes des Anges déchaîneront incendies, inondations et invasions d'insectes.

Selon les périodes, ce texte a été perçu comme symbolique ou prophétique, ouvrant la voie à de multiples interprétations ou angoisses.

En tous cas, son influence a été considérable : son titre n'est-il pas passé dans le langage courant ?

La peur du chiffre rond

Rappelez-vous : quelques jours avant l'an 2000, un léger vent de panique commença à souffler, en rapport avec la fragilité supposée de nos systèmes informatiques, comme si le fait de revenir au chiffre zéro signifiait la fin de tout.

Cette angoisse vient du souvenir de l'Apocalypse et de notre système arithmétique, fondé sur une base décimale... Rien de plus arbitraire pourtant, car ce n'est qu'au VIe s. que le moine Denys le Petit, sur la demande du pape Jean Ier, fixa de façon arbitraire le début de l'ère chrétienne au 1er janvier de l'an 753 a.u.c. (ab urbe condita : après la création de Rome), soit il y a 2012 ans.

Pieter Bruegel l'Ancien, Le Triomphe de la Mort, 1562, Musée du Prado, Madrid.

Les terreurs de l'an Mil... et des siècles suivants

Prenant à la lettre le texte de l'Apocalypse, beaucoup de chrétiens des origines se persuadèrent que le décompte fatal avait commencé à la naissance du Christ. Dans ce cas, aucun doute, l'an Mil devait marquer la fin des temps ! 

Au XIXe siècle, nombre d'historiens mirent en scène la supposée panique née de cette évidence. Jules Michelet, en particulier, livra une vision de la «grande peur de l'An Mil» propre à satisfaire les élans romantiques de son époque, à la fois amoureuse du Moyen Âge et sensible aux ambiances funèbres.

Les historiens contemporains sont revenus sur ces préjugés, tout en admettant que la peur de la fin du monde a pu être présente chez quelques clercs, mais pas chez le peuple qui ne s'inquiétait pas de la date de l'année en cours.

Par contre, la fin du Moyen Âge a été plus anxieuse : la peste noire, la prise de Constantinople ou encore les guerres de religion ont nourri cette impression d'angoisse et de peur du lendemain, qui a atteint des sommets à la Renaissance et ne recule qu'à la fin du XVIIe siècle.

François de Nomé, Les Enfers,1622, Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Besançon

Des prophètes et des chiffres

Joseph-Noël Sylvestre, Le Sac de Rome par les Wisigoths en 410, 1890, Musée Paul Valéry, Sète. Quoi qu'il en soit, annoncer la fin du monde a toujours été une activité très prisée. Nombreux sont ceux qui s'y sont essayés, avec plus ou moins de bonheur.

Avec le développement du christianisme et le succès de l'Apocalypse de Saint Jean, les prophéties se multiplient, notamment au cours du Ve s. qui voit le pillage de Rome par les Wisigoths. 

Beaucoup plus tard, des prédicateurs convaincus que le terme était enfin arrivé se mirent en peine d'avertir la population. C'est ainsi que Johann Stöffler, au XVe siècle, réussit à convaincre quelques naïfs de reconstruire des arches de Noé.

Plus près de nous encore, des mouvements sectaires souhaitèrent devancer le grand cataclysme en entraînant leurs adeptes dans la mort : c'est le cas des 98 Davidiens morts à Waco en 1993. À l'heure actuelle, le développement des moyens de communications et la perte de foi en la politique peut faire craindre la multiplication de ce genre de prophètes.

La Science : une autre approche de l'Histoire... et de sa fin

À la fin du XVIIIe s., on réalisa en observant les fossiles que la vie sur Terre était beaucoup plus ancienne que supposée. De quoi se rassurer.

Mais le questionnement sur la disparition des dinosaures, il y a 65 millions d'années, a aussi fait naître de nouvelles craintes. Si eux ont pu disparaître de façon brutale, pourquoi pas nous ? Et pourquoi les autres planètes du système solaire semblent-elles mortes ? D'ailleurs, ne cacheraient-t-elles pas une vie extra-terrestre qui viendra bientôt détruire la nôtre ?

Le cataclysme final ne pourrait-il venir du ciel, de ces météorites qui semblent passer si près ? À moins qu'un volcan, en explosant, n'obscurcisse la Terre ? Ou qu'une modification de l'orbite terrestre provoque une nouvelle ère glaciaire ?...

Les scénarios eschatologiques sont nombreux. Mais il en est un dont on est à peu près sûr : la mort du Soleil, après avoir épuisé ses réserves d'hydrogène, entraînera la disparition de la vie sur Terre. Nous avons 5 milliards d'années devant nous pour y penser...

La Fin du monde – 1910, carte postale.

L'homme victime de son succès ?

Et si la fin des temps n'était que la conséquence inéluctable d'une lente dégradation de notre écoumène (l'espace occupé par l'homme) ?

Les Anciens étaient persuadés que leur époque faisait suite à un Âge d'Or fait de paix et de richesse, perdu à jamais.

Survival under atomic attack, Executive Office of the President, NSRB, Civil Defense Office, 1950.

Au cours du dernier millénaire, avec l'avancée des sciences et des techniques, l'homme occidental a pu croire toutefois en un progrès continu et bénéfique, lui permettant de triompher de la Nature.

La crainte de l'avenir s'installe à nouveau. Perturbations climatiques, fragilisation de la couche d'ozone, mutations génétiques des plantes... Divers indicateurs font craindre à certains un suicide collectif.

Ce nouveau type de peurs laïques se nourrit du choc des explosions d'Hiroshima et Nagasaki en 1945 et de la hantise de la catastrophe ou du conflit nucléaire, toujours présente aujourd'hui.

Le «Bug de l'An 2000», qui ne s'est en définitive pas produit, a permis de dénoncer le risque d'une autodestruction de notre monde, trop dépendant de l'informatique.

Acteurs du progrès, nous pourrions aussi être les acteurs de notre disparition. Comme l'exprime Lucian Boia, «Que les cavaliers [de l'apocalypse] arrivent ; on leur prêtera main-forte» !

Le cinéma s'est emparé avec jouissance de nos peurs eschatologiques. De La guerre des mondes à 2012 et Godzilla, chaque scénario apocalyptique n'est-il pas, finalement, qu'une façon un peu puérile de conjurer notre propre disparition ?

Et les Mayas, dans tout ça ?

Mettons fin au suspense : la date du 21 décembre 2012, présente sur la pierre de Tortuguero, révèle bien un achèvement, mais simplement celui d'une période.

Les Mayas envisageaient en effet le temps sous la forme d'une roue tournant sans cesse. Nous serions ainsi arrivés à la fin d'un cycle majeur de 5,125 ans, débuté en 3113 av. J.-C. Il ne s'agit donc pas de refermer le livre mais juste de tourner une page, pour recommencer une nouvelle ère. Ouf !

Publié ou mis à jour le : 2013-01-16 20:07:02