
On est à la fin du Moyen Âge. La chrétienté occidentale est assiégée par les Turcs mais, forte et confiante en elle-même, elle rêve d'horizons nouveaux.
Les rois d'Espagne, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, viennent de conquérir Grenade, mettant fin à huit siècles de présence musulmane dans la péninsule. Ils portent maintenant leurs regards vers le grand large et accueillent avec bienveillance le projet qui leur est présenté par Christophe Colomb...
Christophe Colomb, navigateur génois, compétent mais trop imaginatif, veut gagner l'Asie des épices en voguant vers l'Ouest, à travers la «mer Océane» (l'océan Atlantique).
Son projet paraît fou à la plupart des experts de son temps qui connaissent le rayon de la Terre et sont convaincus que les marins mourront d'épuisement avant d'atteindre leur but. Ils ont raison mais pas plus eux que Christophe Colomb ne savent que celui-ci trouvera sur son chemin un Nouveau Monde, le continent américain...
Né en 1451 à Gênes, Christophe Colomb est l'un des six enfants du tisserand Domenico Colombo et de son épouse Suzana di Fontanorosa. Nullement intéressé par le commerce de lainages paternel, le jeune homme prend la mer dès l'âge de 15 ans.
Son bateau étant attaqué par les corsaires et coulé au large du Portugal, le jeune homme nage jusqu'à la côte et s'établit dans le pays en 1476.
Il rejoint son frère cadet Bartolomeo, qui tient une boutique de cartographie à Lisbonne. Portugais d'adoption, il épouse Felipa Perestrello, fille du gouverneur de Porto Santo, une île proche de Madère, et c'est dans cette dernière île que naîtra leur fils unique, Diego.
La jeunesse de Christophe Colomb n'est connue qu'à travers de très minces témoignages. Encore aujourd'hui, de nombreux chercheurs en tirent argument pour échafauder des hypothèses plus ou moins farfelues sur son lieu de naissance et ses origines.
L'érudit et diplomate Salvador de Maradiaga a ainsi consacré en 1952 une épaisse biographie à démontrer que Christophe Colomb venait d'une famille de juifs portugais établis à Gênes. Un autre Portugais, Augusto de Mascarenhas Barreto, a publié une tout aussi grosse biographie en 1988 pour«démontrer» que Colomb était en fait né dans l'Alentejo, au sud du Portugal !... Enfin, la ville de Calvi, en Corse, présente l'une de ses maisons héritées de la domination génoise comme la véritable maison natale du navigateur.
Qu'attendons-nous pour faire la preuve que l'illustre navigateur était le fils naturel du marchand de Bourges Jacques Coeur et/ou qu'il donna naissance à l'explorateur Jacques Cartier ?
Christophe Colomb reçoit de son beau-père, un passionné d'exploration maritime, des cartes et des documents en grand nombre... Il en fait bon usage et lit aussi des livres comme, bien sûr, le Livre des Merveilles de Marco Polo et l'Imago Mundi, un célèbre ouvrage de géographie du cardinal Pierre d'Ailly.
Sur la foi de ses études, le marin évalue à peu de chose la distance qui sépare l'Europe de l'Inde et de la Chine, que l'on appelle alors «Cathay». Il estime qu'il suffirait d'une quinzaine de jours pour rejoindre l'Asie des épices, en navigant vers l'ouest, à travers l'océan Atlantique, à partir des îles Canaries. «Entre la fin de l'Orient et la fin de l'Occident, il n'y a qu'une petite mer», assure-t-il à qui veut l'entendre.
Il s'oppose en cela aux autres érudits de l'époque. Ces derniers ont bien conscience, comme lui, que la Terre est ronde, mais, à la différence de Christophe Colomb, la plupart sont convaincus qu'il serait trop long de vouloir atteindre les Indes en navigant vers l'Ouest (le Ponant)... et ils ont raison car, en l'absence d'un Nouveau Monde, il eût été formellement impossible à un quelconque navire de l'époque de traverser d'une traite l'Océan Atlantique et l'Océan Pacifique réunis.
Christophe Colomb, entêté, habile et convaincant, rallie néanmoins les rois d'Espagne à son idée. Il s'ensuit la découverte inattendue d'un Nouveau Monde et une révolution dans l'Histoire : pour la première fois sont mises en contact toutes les sociétés humaines.
Les Sumériens qui vivaient en Mésopotamie 3000 ans avant JC se représentaient la Terre comme un disque plat posé sur un océan sans limite. Au Ve siècle avant JC, au temps de Périclès, des philosophes grecs, tels que Parménide, pensent à représenter la Terre comme une sphère, cette représentation étant cohérente avec la courbure de l'horizon.
Vers 230 avant JC, l'astronome et mathématicien Eratosthène confirme avec brio la rotondité de la Terre et, qui plus est, mesure sa circonférence avec une remarquable précision. Pour cela, il repère l'heure à laquelle le soleil atteint le fond d'un puits à Syène (aujourd'hui Assouan, en Egypte) puis, à la même heure, mesure à Alexandrie, plus au nord, l'ombre portée par un bâton. Connaissant la distance entre les deux villes et négligeant la différence d'inclinaison des rayons du soleil, il en déduit que notre planète a une circonférence de 250.000 stades, soit pratiquement 40.000 km, valeur aujourd'hui admise !
La Géographie du géographe grec Ptolémée (IIe siècle après JC) reprend les conclusions des savants antérieurs. Grâce à cet ouvrage bien connu des érudits du Moyen Âge, la rotondité de la Terre va être enseignée dans les Universités occidentales dès le XIIIe siècle et il n'y aura guère que des religieux sectaires ou des ignorants pour la nier ou l'ignorer.
A l'époque de Christophe Colomb, les érudits, marins et géographes s'interrogent seulement sur la largeur de la «mer Océane» qui est censée séparer l'Europe de l'Asie. A Nuremberg, le 20 juin 1492, soit quelques semaines avant la découverte du Nouveau Monde, Martin Behaïm achève la réalisation du premier globe terrestre.



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