Vers 1100 - Sorcières, démons et prodiges - Herodote.net

Vers 1100

Sorcières, démons et prodiges

Vers 1100. Au temps des ducs de Normandie, les connaissances scientifiques restent fort limitées. Le moindre phénomène dépassant l'entendement est vite attribué à Dieu ou à Satan.

Stéphane William Gondoin
Le diable est partout

Le diable est en permanence tapi dans l'ombre, guettant les malheureux mortels pour les attirer dans ses filets et s'approprier leurs âmes. À l'heure du Jugement Dernier, les maudits iront brûler sans espoir de rédemption dans les flammes de l'enfer, pendant que les élus gouteront éternellement à la béatitude du paradis. Le bien et le mal luttent donc constamment l'un contre l'autre, dans une compétition où le salut et la damnation sont les seuls enjeux.

Les femmes dans leur ensemble sont particulièrement suspectes. Leur corps est une invitation à la débauche et l'acte sexuel reste considéré par l'Église comme une souillure. Elles sont par ailleurs les héritières d'Ève et portent en elles, génération après génération, le poids de la faute originelle. Certaines d'entre-elles franchissent un pas dans l'infamie et pactisent avec le malin.

C'est notamment le cas de la mère du peu recommandable évêque Ranoulf de Durham. On raconte qu'elle converse régulièrement avec Satan et qu'elle a perdu un œil à le fréquenter trop assidûment. Sur des esprits simples, crédules et sans éducation, de tels messages ont une portée qu'il nous est difficile de concevoir en Europe occidentale de nos jours.

Le curé du village est souvent le seul rempart contre les attaques des forces du mal. Lorsque le diable apparaît à quelqu'un, c'est à lui que l'on vient demander du secours. Il est à la fois le confident, le protecteur, l'exorciseur. Il arrive alors avec une solide provision d'eau bénite et chasse à coups de goupillon l'esprit malsain. Il arrive cependant que les religieux eux-mêmes soient insuffisamment armés pour affronter les assauts maléfiques. Ainsi le prêtre Gauchelin manque-t-il d'être emporté par les membres de la Mesnie Herlequin, cette légendaire procession de damnés errant dans les campagnes normandes.

On rapporte quantité d'événements totalement incohérents, qui sont ensuite colportés parfois très loin comme des vérités établies. Le moine Orderic Vital raconte par exemple, depuis le scriptorium de son abbaye perdue aux confins de la Normandie, qu'un paysan d'Ely, au nord-ouest de l'Angleterre, a acheté une vache pleine. Contraint à la tuer sur ordre de l'évêque des lieux, il découvre avec surprise trois petits cochons dans ses entrailles.

Il se trouve toujours dans les environs une bonne âme pour fournir une explication. Un pèlerin de passage en déduit immédiatement que ce prodige annonce la mort avant un an de trois personnages importants. Le devin ne prend que peu de risques et a statistiquement une grande probabilité de chances de voir sa prophétie s'accomplir.

Ainsi allait la vie de nos lointains ancêtres, confrontés à de rudes conditions d'existence dans un monde qu'ils comprenaient mal, dont ils ne pouvaient expliquer le fonctionnement que par des superstitions ancestrales. Ils avaient l'excuse de l'ignorance collective et ne brûlaient pas pour autant les sorciers et sorcières comme cela se fera à partir du XVe siècle, en pleine Renaissance et dans les temps dits Modernes.


L'auteur : Stéphane William Gondoin

Stéphane William Gondoin, historien et journaliste normand, est l'auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la période médiévale.

Il a notamment publié Emma de Normandie, reine au temps des Vikings (987-1052) (éditions La Louve, 2010) et Histoires normandes au temps des Vikings et des ducs de Normandie (820-1204).

Publié ou mis à jour le : 2019-03-18 16:23:51

 
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