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Les débuts du christianisme
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Jésus entre Foi et Histoire

Où est né le divin enfant ?


Traduction en Espagnol

On croyait Jésus né à Bethléem la première année de notre ère… Mais pour les historiens, les faits sont plus incertains et contradictoires. Comment, dès lors, raccrocher ce récit fondateur du christianisme à la grande histoire ?

Marie-Françoise Baslez
Professeur émérite d'histoire des religions de l'Antiquité
« Les archéologues, les historiens et la Bible »

Histoire & Civilisations n°34, décembre 2017Cet article est extrait du dossier : « Les archéologues, les historiens et la Bible » (Histoire & Civilisations n°34, décembre 2017) [intertitre et illustrations sont de Herodote.net].

Chaque mois, sous la plume d’historiens reconnus et passionnés, Histoire & Civilisations vous emmène sur les traces des cités mythiques, fait revivre le quotidien de nos ancêtres, mais aussi des événements majeurs qui ont marqué notre humanité… tout en veillant à transmettre les repères chronologiques et géographiques indispensables à la compréhension de ce passé.

Les premières scènes de la Passion : la Visitation, l’Annonce aux Bergers, la Nativité, Notre-Dame de Paris, chœur, clôture nord, XIIIe siècle, DR.

Entre histoire, archéologie, symbolique et mémoire

On pense tout savoir de la naissance de Jésus, du lieu, de la date, des acteurs et des témoins, mais la lecture des textes est déconcertante. Seuls deux des quatre Évangiles canoniques fournissent des données disparates – et parfois contradictoires – que l’on ne peut pas mettre bout à bout pour reconstituer l’événement ni l’inscrire précisément dans l’histoire. Ils présentent cette naissance comme miraculeuse, en recourant à des lieux communs évidents pour l’époque : l’astre associé aux Mages rappelle les comètes signalant la venue au monde d’un futur empereur romain ou l’horoscope établi en Orient pour chaque naissance royale. C’est une écriture rétrospective : toute la vie de Jésus doit révéler en lui le Messie annoncé par les prophètes, qu’avaient reconnu ses disciples en témoignant de sa résurrection.

Mosaïques de l'église Saint-Sauveur-in-Chora, vers 1315, Istanbul, Turquie ; scène : Voyage à Bethléem.Jésus est-il né à Bethléem, alors que les Évangiles lui donnent Nazareth comme « patrie » ? Cette localisation était prédéterminée, puisque le prophète Michée y avait prédit la naissance du Messie et que c’était un haut lieu biblique, la patrie de David. Le problème est que les Évangiles ne justifient pas de la même manière la naissance de Jésus à Bethléem.

Pour Matthieu, cette ville est restée le lieu de résidence de Joseph, descendant de David, qui ne s’établit à Nazareth qu’au retour de la fuite en Égypte.

Pour Luc, c’est un événement accidentel, justifié par un recensement, qui exige le déplacement de la famille de Jésus de Nazareth, où elle est domiciliée, à Bethléem, son lieu d’origine.

La Vierge et Joseph se font recenser devant le gouverneur Quirinius, mosaïque byzantine, église Saint-Sauveur-in-Chora, vers 1315, Istanbul, Turquie, DR.Jésus est-il né au moment du recensement de Quirinius, comme le pose l’Évangile de Luc ? Ce recensement est attesté et daté de 6 – apr. J.-C. ! –, mais ce repère chronologique est en contradiction avec celui fourni par l’Évangile de Matthieu, qui fait naître Jésus à la fin du règne d’Hérode, mort en 4 av. J.-C. Il subsiste donc une fourchette d’incertitude de 10 ans, ce qui n’est pas énorme au regard du fonctionnement de la mémoire antique.

Les historiens de l’Antiquité se préoccupaient moins de dater un événement avec précision que de révéler son importance en utilisant des synchronismes signifiants. Luc fait naître Jésus, le sauveur universel, lors du premier recensement universel, dans une humanité unifiée par l’Empire romain. Matthieu, au contraire, présente Jésus comme un nouveau Moïse, sauveur de son peuple, en imputant à Hérode le massacre des nouveau-nés de Bethléem, qui fonctionne comme l’écho d’un épisode biblique – la mise à mort des premiers-nés des Hébreux par Pharaon –, car il n’est attesté historiquement par aucune source juive ou romaine. Dans ce mode d’écriture, l’épisode de la fuite en Égypte, que Matthieu est seul à rapporter, mais que les Évangiles apocryphes de l’enfance du Christ ont beaucoup développé, devient une nécessité.

La Fuite en Égypte, cathédrale Saint-Lazare d'Autun, XIIIe siècle, Saône-et-Loire, France.En définitive, dans l’état actuel de la documentation, le recensement romain de l’an 6 n’a pas eu lieu sous la forme que lui donne Luc, et le massacre des enfants et la fuite en Égypte sont des non-événements. Tenter de reconstituer deux recensements, dont l’un sous Hérode, pour harmoniser les deux chronologies évangéliques aboutit à une aporie.

Le règne d’Hérode est quand même un marqueur important, commun aux deux récits évangéliques, puisque Luc y place la naissance de Jean le Baptiste, qu’il situe quelques mois avant celle de Jésus.

Jésus est-il né dans une grotte ou dans une étable ? Matthieu installe Jésus et ses parents dans une « maison » lors de la visite des Mages. Luc parle d’une « halte », une dépendance dans une maison privée ou dans un caravansérail. Il n’y a pas lieu de conclure à une étable à cause de la « mangeoire » (ou « crèche »), qui est utilisée comme premier berceau selon un usage courant. La grotte fait partie des stéréotypes d’une naissance merveilleuse, car c’était un lieu sacré, d’expérience mystique, d’initiation et de révélation dans la Bible hébraïque comme dans le monde gréco-romain.

Intérieur de l'Église de la Nativité, Maxim Vorobiev, 1835, musée national de Varsovie, Pologne. L'agrandissement présente l'iconostase de l'Église de la Nativité, Bethléem, 2010, DR.

Reste que l’on vénère à Bethléem depuis le IIe siècle une grotte qui a déterminé l’implantation de la basilique de la Nativité. Cette tradition de dévotion ininterrompue a résisté à l’insurrection juive de 135, puis à la romanisation autoritaire de la région. Cette continuité exceptionnelle constitue un bon témoignage local de la fiabilité de la mémoire chrétienne, rendant plus vraisemblable la naissance de Jésus à Bethléem.

En définitive, quel repère chronologique, quelle localisation choisir ? Et même, faut-il choisir ? Les divergences des textes et les silences de l’archéologie ne doivent pourtant pas occulter les points communs entre les deux récits évangéliques de la naissance de Jésus, qui construisent la même histoire théologique : l’annonce angélique, la conception virginale, l’intervention de l’Esprit saint qui souligne à plusieurs reprises la filiation divine de cet enfant, la généalogie davidique, des témoins de l’événement extérieurs à la famille. Ce sont des éléments fondateurs de l’acte de foi chrétien, les seuls auxquels s’attachent les rédacteurs des Évangiles, alors que le Jésus historique et les circonstances de sa naissance n’ont guère intéressé les premières communautés chrétiennes.
Seule sa mort fut un événement mémorable.


L'auteur : Marie-Françoise Baslez

Marie-Françoise Baslez (DR)Marie-Françoise Baslez est professeur émérite d'histoire des religions de l'Antiquité à la Sorbonne (Paris).

Elle a publié de nombreux ouvrages sur saint Paul, les premiers chrétiens et les persécutions, la religion dans la Grèce antique etc.

Parmi les titres les plus connus, rappelons Les persécutions dans l'Antiquité, victimes, héros, martyrs (Fayard, 2007, Prix Chateaubriand) et Comment notre monde est devenu chrétien (CLD, 2009).

Publié ou mis à jour le : 2017-12-18 20:21:36

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Voir les 7 commentaires sur cet article

Pierre (31-12-201716:41:52)

Cher Philippe qui réagissait le 28.12: que sais-tu des personnes que tu qualifies de présomptueuses et sans "qualité universitaire" (tu veux dire "qualification", Philippe ?) qui se permettent des commentaires critiques sur un prof émérite ? Et que sais-tu de la valeur historique des Evangiles canoniques ? Puis-je te suggérer de lire quelques travaux d'historiens, d'exégètes, d'experts sur la question avant de te laisser emporter par tes sentiments ? Ave atque vale, Philippe!

Philippe (28-12-201709:16:05)

Je suis un peu surpris de ces commentaires presomptueux de personnes sans qualité universitaire particulière qui se permettent des commentaires critiques sur l’article d’un professeur émérite! J’aurai comme seul commentaire le suivant: si ce n’est pas sa naissance qui était importante aux yeux de ceux des contemporains qui ont diffusé leurs souvenirs, ses paroles et leur foi chrétienne, ce n’est pas plus sa mort, mais plutôt sa résurrection qui fut mémorable à leurs yeux.

Godin (14-12-201721:08:15)

"Mondieu, mondieu" (If I may say so): qu'un(e) historien(ne), spécialisée dans l'histoire des religions de l'antiquité, professeur (émérite) d'une université d'excellente réputation tente de trouver dans les évangiles canoniques des "faits" pour étayer une réflexion à caractère historique surprend (to say the least). Les évangiles canoniques sont des traités de théologie (différents d'ailleurs les uns des autres) écrits par des communautés chrétiennes (environ) 40 ans (Marc), 50 (Luc, Matthieu) ... Lire la suite

ROLAND VANDAELE (14-12-201714:09:17)

La Bible n'est pas écrite par des historiens, mais par des hommes, qui voulaient témoigner que Jésus était le Sauveur du monde. Le contenu du Sermon sur la Montagne est plus important que le lieu et la date de naissance du Christ.Les Evangélistes n'ont jamais eu l'intention d'écrire un livre d'histoire.

oldpuzzle (14-12-201710:22:49)

Je ne voudrais pas être désagréable ou même paraître blasphémateur (bien que le blasphème ne soit pas répréhensible dans notre République laïque) mais les contradictions, approximations et incertitudes en la matière font que tous ces textes écrits et rapportés de façon souvent plus que tendancieuse (forcément, puisque il faut bien les faire coïncider avec ce que l'on veut démontrer !) ne sont pas si éloignés de ce que certains appellent des sornettes.

Pour ma part, j'aurais égalem... Lire la suite

cedeba (14-12-201702:27:56)

Je suis un peu surpris par certains détails de cet article.
On sait que le qualificatif "de Nazareth" est une déformation et que Jésus était désigné comme "le Nazaréen", ce qui ne voulait pas dire "de Nazareth".
Par ailleurs, plusieurs découvertes archéologiques ont montré la structure des habitations communes de l'époque : on vit à l'étage, juste au dessus de l'étable, afin de profiter de la chaleur des bêtes. Cela se passe de la même façon dans le monde entier. Être logé dans l'é... Lire la suite


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