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Histoire du Mexique
• 30 juin 1520 : Cortès et la «Noche triste»
• 16 septembre 1810 : le cri de Dolores
• 18 mai 1822 : Iturbide devient l'empereur Augustin 1er
• 2 décembre 1823 : Santa Anna proclame la République
• 6 mars 1836 : massacre à Fort Alamo
• 4 septembre 1838 : la «guerre de la pâtisserie»
• 2 février 1848 : traité de Guadalupe Hidalgo
• 30 avril 1863 : la Légion résiste à Camerone
• 19 juin 1867 : Exécution de l'ex-empereur Ferdinand Maximilien
• 20 novembre 1910 : Révolution mexicaine
• 10 avril 1919 : Zapata tombe dans un guet-apens
• 22 juin 1929 : le Vatican s'arrange avec le Mexique
• 21 août 1929 : mariage de Frida Kahlo et Diego Rivera
• 2 octobre 1968 : massacre de Tlatelolco (Mexico)
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22 juin 1929

Le Vatican «s'arrange» avec le Mexique


Méconnue et troublante, la guerre des « Cristeros » a opposé pendant plus de trois ans les paysans catholiques du Mexique à leur gouvernement.

Elle s'est conclue le 22 juin 1929 par un arrangement (« Arreglos » en espagnol) entre le Saint-Siège et ce gouvernement socialiste et franc-maçon, dont l'intolérance avait entraîné les paysans à la révolte. 

Le représentant du pape demande aux paysans de déposer les armes sous peine d'excommunication (*). Abandonnés, les ex-rebelles vont subir pendant plusieurs années encore les exactions de l'armée. 

Combattants Cristeros (1926-1929)

La Vendée mexicaine

Tout commence avec l'élection à la présidence de la République, en 1924, du général Plutarco Calles. Celui-ci consolide les acquis sociaux de la révolution de 1910, illustrée par les exploits de Zapata et Pancho Villa. Il réorganise l'instruction publique, étend la réforme agraire, nationalise l'industrie du pétrole au grand dam des États-Unis...

Mais fidèle à une tradition anticléricale vieille de près d'un siècle, il a aussi la mauvaise idée de s'en prendre à l'Église catholique.

Le 1er décembre 1924, il prive de droits civiques les catholiques (laïcs et prêtres) sous prétexte qu'ils obéissent à un souverain étranger, le pape ! Il expulse tous les ecclésiastiques étrangers et interdit aux prêtres toute critique du gouvernement en vertu de l'article 130 de la Constitution de 1917, jusque-là resté inappliqué. Il interdit les congrégations enseignantes et ferme pas moins de 20.000 églises !

L'épiscopat se rebiffe et suspend le 31 juillet 1926 l'administration des sacrements dans tout le pays pour une durée de trois ans. Cette riposte ahurissante livre au désespoir les masses rurales, majoritairement indiennes ou métisses, attachées à une religiosité traditionnelle.

Exécution en 1927, au Jalisco, du père Francisco Vera, coupable d'avoir célébré la messe

Les paysans se soulèvent dans un parallèle frappant avec le soulèvement des Vendéens en 1793, au cri de « ¡ Viva Cristo Rey ! ¡ Viva la Virgen de Guadalupe ! » (Vive le Christ-Roi ! Vive la Vierge de Guadalupe).

Ils sont par dérision surnommés « Cristeros ». Eux-mêmes qualifient leur soulèvement de « Cristiada » (Christiade) mais ils sont désavoués par l'épiscopat, à deux ou trois exceptions près. Il n'empêche qu'avec 50.000 combattants, ils vont constituer la plus importante rébellion qu'ait connue le pays, lequel compte à cette époque moins de vingt millions d'habitants disséminés sur deux millions de km2.

Trois ans plus tard, l'armée des Cristeros tient les trois quarts de l’ouest du Mexique et la moitié des 30 États de la fédération. Ses escarmouches occasionnent un total d'environ 90.000 tués selon l'historien Jean Meyer, dont les deux tiers dans les troupes gouvernementales, lesquelles sont en infériorité tactique face à la guérilla, malgré leur recours systématique à la terreur.

Arrangements bafoués

Le président Calles ose se réconcilier avec le gouvernement des États-Unis et fait des concessions sur le pétrole en échange de l'aide de l'US Air Force dans son combat contre les Cristeros...

Terreur exercée par l'armée fédérale contre les Cristeros (1926-1929)Désespérant malgré cela de vaincre la rébellion par les armes, il en vient à faire appel au Saint-Siège. En témoignage de bonne volonté, il autorise à nouveau le culte catholique le 3 mars 1929 et fait rouvrir la cathédrale de Mexico.

Enfin, il conclut « los Arreglos » avec le Secrétaire d'État du pape Pie XI, le cardinal Gasparri, celui-là même qui signa les accords de Latran avec Mussolini.

À sa demande, le président mexicain s'engage à ne plus tenter d'appliquer les articles antireligieux de la Constitution ! Il donne aussi sa parole que les rebelles seront amnistiés et qu'il ne leur sera fait aucun mal. Mais il ne s'agit que de sa parole. Aucun document n'est signé...

Obéissants, les Cristeros se soumettent mais, dans les faits, l'amnistie ne sera pas le moins du monde respectée et des centaines d'insurgés seront assassinés dans d'atroces conditions aussitôt après avoir rendu leurs armes sur ordre de leur évêque.

L'armée ne s'en tient pas là. Elle met à sac les campagnes reculées de l'Ouest avec le désir d'éradiquer une bonne fois pour toutes toute trace de christianisme. Le romancier Graham Greene en fait état dans son roman La Puissance et la Gloire. Il s'ensuit une seconde guerre des Cristeros (la Secunda), qui réunit quelques milliers de combattants désespérés. Elle  va durer de 1934 à 1938 sans qu'il soit possible d'en évaluer le nombre de victimes.

Il faudra encore plusieurs années avant que la paix religieuse ne revienne au Mexique.

L'émotion suscitée par « los Arreglos » entraîne la disgrâce du cardinal Gasparri, remplacé à la Secrétairerie d'État (le ministère des Affaires étrangères du Vatican) par le cardinal Eugenio Pacelli (futur Pie XII).

Bibliographie 

La guerre des Cristeros a été longtemps occultée tant par l'historiographie officielle que par le Saint-Siège.

Elle est sortie de l'oubli à la faveur d'une volumineuse thèse de l'historien français Jean Meyer, qui l'a découverte en 1964, quand il n'était encore qu'un jeune étudiant à l'écoute de Pierre Chaunu. Il a publié sa thèse en 1975 : La Christiade, l'État et le peuple dans la révolution mexicaine (Payot).

Histoire du christianisme, Hors-série N°7Le 13 mai 2014, les éditions CLD ont réédité le livre de Jean Meyer dans une version enrichie et réactualisée : La rébellion des Cristeros, L’Église, l’État, le peuple dans la Révolution mexicaine (348 pages, 23 €). Elles ont édité aussi une version illustrée du même ouvrage : La Cristiada, la lutte du peuple mexicain pour la liberté religieuse (224 pages, plus de 300 illustrations et documents inédits, 35 €).

En 2012, le film Cristeros du réalisateur Dean Wright lui a donné une nouvelle visibilité. La revue Histoire du christianisme a par ailleurs consacré un remarquable hors-série aux Cristeros (printemps 2014), incluant un entretien avec Jean Meyer, des articles de celui-ci et une analyse du film de Dean Wright.


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Publié ou mis à jour le : 2014-05-20 08:40:47

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

NicolasT (22-06-201418:35:23)

En réponse à Brigitte Pachot-Hyde :
Attention à ne pas tout confondre. La situation actuelle des chrétiens du Moyen Orient n'a rien à voir avec celle des Christeros en leur temps.Aujourd'hui, ce sont les choix politiques en faveur du Pétrole qui expliquent la situation intenable des chrétiens du Moyen Orient alors qu'à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, c'était la bourgeoisie mexicaine (au sens marxiste justement du terme) qui opprimait les paysans mexicains. Le parallèle avec... Lire la suite

Hervé (19-05-201408:18:34)

Au Chiapas (1986-96), j’ignorais Françoise Gange quand j’ai représenté, dans une église neuve, près du Crucifié, au lieu de Jean et de la Mère, Juan Diego et la Guadalupe qui lui serait apparue peu après l’invasion chrétienne. Jean-Paul 2, pressé de tout canoniser, « a dispensé du miracle requis (Cf. Marie-Simon-Pierre guérie par lui ?) le défunt Padre Pro, (accusé par le franc-maçon réactionnaire Calles d’avoir assassiné Obregón, le coupable étant lui, Calles), Juan Diego d’avoir existé, et Bal... Lire la suite

MERCURY (15-05-201421:48:00)

Il faudrait rectifier : Rome n'a pas condamné le roman de Graham Greene, il n'a jamais été mis à l'index, contrairement à la trilogie de Luc Estang "charges d'âmes".

MERCURY (15-05-201421:47:42)

Il faudrait rectifier : Rome n'a pas condamné le roman de Graham Greene, il n'a jamais été mis à l'index, contrairement à la trilogie de Luc Estang "charges d'âmes".


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