9 juin 1815

L'Acte final du Congrès de Vienne

Le 9 juin 1815 est signé l'Acte final du Congrès de Vienne. Cet épais document de 300 pages en français (la langue universelle de l'époque) redéfinit les contours de l'Europe après la chute de Napoléon Ier et la défaite des armées françaises. Il élabore un retour à l'ordre monarchique et aux valeurs de la religion, sans oublier parmi d'autres considérations l'interdiction de la traite des Noirs.

Le nouvel ordre européen va durer un demi-siècle, jusqu'à la percée des nationalismes italien et allemand.

Fabienne Manière

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L'Europe en 1815, après le congrès de Vienne

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L'Europe du congrès de Vienne
Le congrès de Vienne reconstruit l'Europe, profondément déstabilisée par les guerres révolutionnaires et napoléoniennes. Le nouvel ordre européen, placé sous la protection de la Sainte Alliance des grandes monarchies se maintiendra tel quel ou presque pendant un demi-siècle.

La carte de l'Europe revue et corrigée

Le prince de Metternich, chancelier et ministre des Affaires étrangères de l'Autriche (1773-1859) par Thomas Lawrence (chancellerie fédérale,Vienne)Entrés en vainqueurs dans la capitale française le 30 mars 1814, les Alliés, soit principalement les Anglais, les Prussiens, les Autrichiens et les Russes, ont entériné l'abdication de Napoléon Ier et son remplacement à la tête du pays par le frère du précédent roi, Louis XVIII.

Ils ont signé avec le nouveau régime un premier traité, le 30 mai 1814, ramenant les frontières de la France à celles de 1792. Mais ils ne veulent pas en rester là. La Révolution française et Napoléon ayant chamboulé la carte de l'Europe, ils décident de convoquer un congrès international pour y remettre de l'ordre.

C'est à Vienne, capitale de l'Autriche, qu'il se tiendra sous l'égide de l'empereur et de son chancelier et ministre des Affaires étrangères, l'habile prince Clément Lothaire de Metternich (42 ans).

La France elle-même s'y fait représenter par le non moins habile prince Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (60 ans).

Au total, le palais royal de Vienne (la Hofburg) en viendra à héberger simultanément deux empereurs (Russie et Autriche), quatre rois, une reine, deux princes héritiers, deux grandes duchesses, trois princes etc.

Tout ce beau monde va se mettre en devoir de redessiner la carte de l'Europe.

La Prusse s'installe sur le Rhin !

Charles Maurice de Talleyrand-Périgord,par Pierre-Paul Prudhon (château de Valençay) Dès l'ouverture officielle du Congrès, le 1er novembre 1814, Talleyrand prend de court les représentants des quatre principales puissances, le « directoire des Quatre », représentées par Nesselrode (Russie), Castlereagh puis Wellington (Angleterre), Humbolt et Hardenberg (Prusse) et bien sûr Metternich (Autriche).

Il impose avec subtilité sa présence à leurs côtés et les négociations vont en définitive se dérouler pratiquement entre eux cinq.

Se gardant de mettre en cause le traité de Paris, Talleyrand avance ses pions. Il sauve les meubles en ce qui concerne la France et lui évite de grandes mutilations. Mieux encore, il lui rend sa place dans le concert des Nations grâce à son entregent et à son sens de l'hospitalité, servi par son chef cuisinier Antonin Carême.

Il tente aussi de s'opposer aux prétentions de la Prusse, que Napoléon avait failli rayer de la carte et qui intervient au Congrès avec un appétit sans pareille. 

Invoquant le principe de légitimité aux prétentions de la Prusse, il se flatte de sauver le royaume de Saxe, traditionnel allié de la France, sur lequel lorgne Berlin. Il a reçu pour cela des instructions comminatoires du roi Louis XVIII dont la mère, Marie-Josèphe de Saxe, morte un demi-siècle plus tôt (1767), était la fille de l'Électeur de Saxe.

Las. Il accepte en compensation que la Prusse annexe les anciennes petites principautés de Rhénanie. Ainsi cet État d'Europe orientale s'installe-t-il à l'ouest de l'Elbe. Mieux que cela, le voilà avec une frontière commune avec la France.

Il s'ensuivra pour le malheur de la France et de l'Europe que Berlin n'aura désormais pas de préoccupation plus pressante que de réunir les deux parties de son territoire, l'une à l'extrémité orientale de l'Allemagne, l'autre à son extrémité occidentale.

Talleyrand s'incline par ailleurs  devant le partage du grand-duché de Varsovie, une résurgence napoléonienne de l'ancienne Pologne.

De la même façon que les Polonais sont assujettis à leurs voisins sans qu'on leur demande leur avis, les Belges sont réunis à leurs frères ennemis du nord dans le royaume des Pays-Bas. Les Anglais veulent, ce faisant, prévenir une nouvelle annexion de la Belgique et surtout du port d'Anvers par les Français.

Les Italiens de Lombardie et de Vénétie sont quant à eux réunis dans un « royaume lombardo-vénitien », partie intégrante de l'empire d'Autriche !

Le Congrès de Vienne (esquisse d'Isabey)

Le Congrès s'amuse

Les négociations sont houleuses et traînent en longueur.

Le prince Charles-Joseph de Ligne (Bruxelles, 12 mai 1735 ; Vienne, 13 décembre 1814)Cela ne gêne pas à vrai dire les très nombreux participants au Congrès qui profitent de l'hospitalité généreuse de l'Autriche et s'amusent tant et plus dans un tourbillon de fêtes qui ressuscitent pour un temps l'art de vivre de l'aristocratie du XVIIIe siècle : réceptions, dîners (les plus réputés étant ceux de Talleyrand) et concerts (plusieurs étant dirigés par Ludwig van Beethoven en personne).

Le 22 janvier 1815, une grande sortie en luge est organisée à Schönbrunn pour les souverains : les 22 traîneaux sculptés étalent un luxe qui finit par heurter les Viennois dont les impôts avaient été augmentés au 1er janvier.

Le vieux prince de Ligne en meurt de plaisir : « Le congrès ne marche pas, il danse », dit-il.

Négociateurs et fêtards sont à peine troublés lorsqu'ils apprennent que le 1er mars 1815, Napoléon, l'empereur déchu, a quitté son royaume d'opérette de l'île d'Elbe et débarqué à Golfe-Juan en vue de reprendre sa place à la tête de la France.

Les anciens Alliés se remobilisent contre l'Usurpateur cependant que se poursuivent les négociations avec encore plus d'âpreté. La France, malgré les efforts de ses représentants, ne peut éviter une remise en cause du traité de Paris. Elle doit se préparer à la perte de quelques nouveaux territoires et à une occupation militaire que consacrera un deuxième traité de Paris.

L'Acte final

Le congrès clôt ses travaux sans même attendre la défaite définitive de Napoléon Ier à Waterloo (18 juin 1815).

La France, dont on craint un sursaut belliciste, est entourée d'États-tampons :
- le royaume des Pays-Bas, formé des anciennes Provinces-Unies et des Pays-Bas autrichiens,
- la Confédération helvétique (Suisse) agrandie des cantons de Genève, Neuchâtel et Valais, et dont la neutralité est garantie par les grandes puissances,
- le royaume de Piémont-Sardaigne, qui recouvre Nice et la Savoie et s'agrandit de l'ancien royaume de Gênes.

La Russie s'accroît de la plus grande partie de l'ancien grand-duché de Varsovie, transformé en un « royaume de Pologne » directement inféodé au tsar.

La Prusse ne conserve de l'ancienne Pologne que la Posnanie mais reçoit en compensation la Poméranie suédoise, la Saxe du nord et surtout la Westphalie et la plus grande partie de la Rhénanie.

L'Autriche se console de la perte de la Belgique en mettant la main sur la Lombardie et la Vénétie, la côte adriatique (Illyrie et Dalmatie), le Tyrol et Salzbourg.

La mosaïque allemande est réduite de 350 États à seulement 39, réunis au sein d'une Confédération germanique sans plus de pouvoir que l'ancien Saint Empire romain germanique.

La péninsule italienne n'est plus divisée qu'en sept États : les États pontificaux du pape, les duchés de Toscane, de Parme et de Modène, les royaumes de Naples et de Piémont-Sardaigne. Les duchés et Naples ont à leur tête des souverains proches des Habsbourg et des Bourbons.

L'Espagne et le Portugal retrouvent leurs souverains... mais voient leurs empires coloniaux se disloquer peu à peu.

Au nord, la Suède enlève la Norvège au Danemark, tout en concédant aux Norvégiens une très large autonomie. Le roi du Danemark se rattrape en recevant à titre personnel les duchés allemands de Holstein et de Lauenburg. Ces duchés seront à l'origine de la guerre austro-prussienne de 1866.

L'Angleterre, principal adversaire et véritable vainqueur de Napoléon Ier, paraît absente de ces tractations de marchands de tapis. Il est vrai qu'elle a depuis longtemps placé ses ambitions outre-mer et se satisfait d'une Europe où les puissances s'équilibrent et se tiennent en respect les unes les autres.

Elle s'assure des bases stratégiques : Malte en Méditerranée, Heligoland dans la mer Baltique, Le Cap à la pointe de l'Afrique. Elle s'enrichit de quelques îles à épices enlevées aux Hollandais (Tobago, Ceylan, aujourd'hui Sri Lanka) et aux Français (Sainte-Lucie, île de France, aujourd'hui Maurice).

À ces tractations territoriales, l'Acte final du Congrès de Vienne ajoute quelques proclamations de principe importantes : libre circulation sur les fleuves internationaux que sont le Rhin et la Meuse, condamnation de la traite des Noirs.

Au final, Metternich peut être satisfait : les grandes dynasties, dont celle des Habsbourg, sont solidement rétablies sur leur trône.

Curieusement, l'Europe issue du Congrès de Vienne sera même plus attachée à la monarchie héréditaire que ne pouvait l'être la chrétienté médiévale avec ses multitudes de républiques oligarchiques et ses monarchies électives...même s'il n'est pas question de remettre en cause les grandes réformes provoquées par la fièvre révolutionnaire et les conquêtes napoléoniennes : abolition des droits féodaux et des privilèges, code civil etc.

Les principaux souverains se rapprocheront même dans une Sainte Alliance pour garantir la pérennité de l'Acte final. Celui-ci demeurera dans les grandes lignes en vigueur jusque dans les années 1860, assurant à l'Europe un demi-siècle de stabilité politique et de réelle prospérité.

Publié ou mis à jour le : 2019-06-04 12:23:17

 
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