Joyau du premier empire colonial français, Saint-Domingue était devenue indépendante sous le nom d'Haïti le 1er janvier 1804, au terme d'une violente guerre de décolonisation. Les planteurs qui avaient fait la prospérité de l'île en avaient été chassés (ou massacrés) et leurs terres étaient passées entre les mains des anciens libres de couleur, et tout particulièrement des officiers qui avaient pris le pouvoir.
Pour le nouveau pouvoir haïtien, la préservation de l’ordre politico-social en place passait par le maintien du statu quo foncier. Il lui fallait à cette fin sécuriser ces acquisitions et, donc, en passer par un accord avec l'ancienne puissance coloniale, d'autant que la jeune république noire n'était encore reconnue par aucune des grandes puissances (à l'exception du Venezuela de Bolivar).
Des négociations s'ouvrirent, non sans difficulté, avec le gouvernement français dirigé par le comte de Villèle, soucieux de solder les comptes de la Révolution au mieux des intérêts des propriétaires anciens et nouveaux. Le 17 avril 1825, le roi Charles X, monté sur le trône quelques mois plus tôt, signa une ordonnance par lequel il convint de reconnaître l'indépendance d'Haïti en contrepartie d'une indemnité conséquente destinée à indemniser les anciens planteurs.
Une escadre de 14 vaisseaux et 500 canons sous le commandement du baron de Mackau fut envoyée à Haïti. Elle accosta à Port-au-Prince le 3 juillet 1825 et le président Jean-Pierre Boyer fut ainsi contraint d’accepter les termes d’un accord si longtemps différé. C'était la première application de la « politique de la canonnière », appelée à un grand développement au cours du XIXe siècle.
Haïti allait acquitter l'indemnité par échéances jusqu'en 1888, en dépit de la ruine des anciennes plantations et de l'effondrement de ses recettes à l'exportation ! Dans l'ensemble, l'élite haïtienne ne la remit pas en question lmais en contesta volontiers les modalités de son application et son montant, obtenant qu'elle soit in fine ramenée à 90 millions.
Prenant prétexte de cette indemnité dans laquelle ils feignirent de voir une forme de protectorat de la France sur Haïti, les États-Unis et les jeunes États latino-américains refusèrent de reconnaître la république noire ; ils ne s'y résolurent qu'en 1862, sous la présidence d'Abraham Lincoln.
Beaucoup plus tard, le président Aristide allait tenter d'expliquer le retard d'Haïti par le poids de cette indemnité. Une assertion très exagérée selon les historiens Frédéric Régent et Vincent Cousseau. Il n'est que de se rappeler que la France avait payé en 1815 sept cents millions de francs-or aux Alliés qui avaient abattu l'empire napoléonien.














Vos réactions à cet article
Recommander cet article
Aucune réaction disponible