été 52 av. J.-C.

Le siège d'Alésia

Le siège d'Alésia se conclut aux alentours du 27 septembre de l'an 52 av. J.-C. par la reddition des Gaulois et de leur jeune chef Vercingétorix.

Le vainqueur est le général romain Jules César. Il clôt ainsi, non sans peine, sept années de guerre. Les territoires situés entre le Rhin et les Pyrénées, autrement dit les Gaules, font désormais allégeance à Rome.

Le siège d'Alésia occupe une place centrale dans l'imaginaire national au XIXe siècle, sous le Second Empire et surtout la IIIe République. On y voit de façon partiellement erronée l'entrée de la Gaule (la future France) dans la romanité et la civilisation.

On y voit aussi une manifestation de la glorieuse résistance des Gaulois (et des futurs Français) à l'oppression et à l'invasion. C'est ce qu'illustre le célèbre tableau ci-dessous, très loin de la vérité historique que nous avons tenté de décrire ci-après.

Ysaline Homant
Vercingétorix héros de légende

Cette représentation de Vercingétorix jetant ses armes au pied de César s'inscrit dans le roman national de la IIIe République. Elle veut montrer que « nos ancêtres les Gaulois » gardaient leur fierté jusque dans la défaite. Mais il est invraisemblable que Vercingétorix se soit présenté en armes et à cheval devant son vainqueur. Le tableau contient par ailleurs nombre d'erreurs factuelles dans les armements...

La guerre des Gaules

La guerre des Gaules a débuté en 58 av. J.-C., lorsque le Sénat romain a donné à Jules César les pouvoirs militaires (imperium) en Gaule cisalpine, en Gaule transalpine et en Illyrie, avec quatre légions à son service et la mission sous-jacente de conquérir le reste de la Gaule, autrement dit le territoire qui s'étend des Pyrénées au Rhin.

César voit dans la mission qui lui est confiée l'occasion d'obtenir la gloire militaire qui lui fait défaut. Tandis qu'il se consacre à l'enrôlement des légionnaires, il confie à des hommes de confiance (Cornelius, Balbus...) le soin de défendre ses intérêts à Rome.

Jouant de la rivalité entre les peuples de la « Gaule chevelue » (la Gaule non romaine), il soumet la plupart d'entre eux, jusqu'au Rhin. Il traverse aussi le fleuve et repousse les Germains qui peuplent l'autre rive, non sans en prendre un certain nombre à son service dans la cavalerie. Par son offensive, il écarte la menace d'une invasion de la Gaule par les Germains, de plus en plus pressants de l'autre côté du Rhin.

À l'été 54 av. J.-C., Jules César débarque en Bretagne (l'actuelle Angleterre) avec plusieurs légions. Il emmène avec lui ses alliés et vassaux gaulois. Parmi eux, un très jeune officier de cavalerie du nom de Vercingétorix...

Après quatre ans de campagne, César peut croire la Gaule soumise. Il n'en est rien. Le feu couve sous la cendre. C'est ainsi que les Carnutes (d'Orléans) tuent le roi que leur avait donné César et une légion romaine doit les rappeler à l'ordre. La paix est sans cesse remise en cause et César, levant jusqu'à un total de dix légions, n'en finit pas d'éteindre les foyers d'insoumission.

Soulèvement général

Dans le courant de l'année 53 av. J.-C., Vercingétorix, dont le nom signifie « roi de la guerre », devient à 20 ans le chef des Arvernes, un peuple du Massif Central qui n'a jamais été occupé par les légions.

Prenant conscience de la menace que représente César pour son indépendance, il fomente une coalition secrète de tous les peuples de la Gaule. Peut-être les druides le poussent-ils dans cette voie ?

César, qui était alors en Italie, accourt à travers les Alpes et repousse l'ennemi vers le nord. Vercingétorix détruit tout sur son passage, selon la tactique de la « terre brûlée », afin d'affamer les Romains.

Armes gauloises retrouvées sur le site d'Alise-Sainte-Reine (Alésia) en 1870 (musée d'Alésia) Mais il commet l'erreur de céder aux supplications des habitants d'Avaricum (Bourges), capitale des Bituriges, et d'épargner leur ville, réputée la plus belle des Gaules. César s'empare de celle-ci et y trouve des approvisionnements grâce auxquels il peut reconstituer ses forces.

Au printemps suivant, le général romain poursuit l'armée de Vercingétorix jusqu'en Auvergne cependant que monte en puissance le soulèvement gaulois. Les Éduens eux-mêmes, traditionnels alliés des Romains, se rallient à Vercingétorix avec leur cavalerie.

En mai 52, le chef gaulois s'établit solidement à Gergovie, une place fortifiée proche de Clermont-Ferrand, d'où Jules César et ses six légions n'arrivent pas à le déloger. Le général, acculé, se réfugie avec ses légions chez les Lingons, un peuple resté fidèle à Rome, sur le plateau de Langres...

Fort de ces premiers succès, Vercingétorix est plébiscité un peu plus tard à Bibracte par tous les représentants de la Gaule chevelue et se fait proclamer roi. Seuls les Rèmes, les Trévires et les Lingons manquent à l'appel.

L'exploit est d'autant plus remarquable que les cités gauloises, dirigées par des assemblées aristocratiques, sont allergiques à l'idée de royauté. Celtillos, le père de Vercingétorix, aurait été lui-même brûlé pour avoir tenté d'établir la royauté chez les Arvernes.

Vercingétorix projette rien moins que d'attaquer la Province (la Gaule narbonnaise).

César, qui dispose de dix ou douze légions de trois à six mille hommes chacune, se voit menacé d'encerclement. Il doit à tout prix forcer le passage vers le sud.

Pour cela, il doit éviter les Séquanes, sur la Saône, traverser le pays des Éduens, entre Jura et Saône, restés plus ou moins fidèles, et franchir le Rhône par le seul pont libre, en aval de Genève.

C'est alors que se produit un retournement de situation décisif...

Le double siège d'Alésia

Comme Jules César tente de devancer Vercingétorix dans sa marche vers la Narbonnaise, des cavaliers gaulois lancent une attaque contre son armée aux environs de Dijon. Mais ils sont repoussés par des cavaliers germains alliés à César et battent en retraite.

Les doubles fortifications romaines d'Alésia (gravure du XIXe siècle)Leur fuite désordonnée oblige Vercingétorix à se réfugier avec 80 000 fantassins et près de 15 000 cavaliers dans Alésia, un oppidum bien fortifié dans l'est de la Gaule, aux mains d'un petit peuple gaulois, les Mandubiens.

Il occupe une centaine d'hectares et domine d'environ 150 mètres les deux vallées qui l'entourent. Des nappes aquifères mettent ses occupants à l'abri de la soif.

César saute sur l'occasion pour en finir. Observant que l'oppidum est entouré de plusieurs collines, il organise un siège méthodique. Vercingétorix tente dans un premier temps de le forcer avec ses cavaliers. N'y arrivant pas, il envoie ses cavaliers dans toute la Gaule avec l'espoir de susciter une levée en masse.

En conséquence, les sapeurs romains construisent une double ligne de fortifications de 17 et 22 kilomètres de circonférence qui relie entre elles les différentes collines. Elle a deux objectifs :
- empêcher toute sortie des assiégés et les réduire à la famine,
- repousser toute armée qui pourrait venir à leur secours.

Les deux lignes de retranchement (contrevallation à l'intérieur, circonvallation à l'extérieur) sont séparées l'une de l'autre de 150 à 200 mètres. Elles sont chacune constituées de deux fossés bordés d'un talus et d'une palissade, précédés par ailleurs de pièges divers : abattis artificiels, trous de loups, « aiguillons » (stimuli ; pieux très courts surmontés de petits fers).

Les assiégeants romains se placent en quelque sorte eux-mêmes dans la situation d'assiégés. Au bout d'un mois, la disette se fait sentir chez les Romains cependant que les Gaulois commencent à éprouver les affres de la famine.

Plan hypothétique du siège d'Alésia (Alise-Sainte-Reine), gravure du XIXe siècle

Contrairement aux souhaits de Vercingétorix, les Gaulois ne se sont pas levés en masse. Mais son cousin Vercassivellaunos a pu toutefois réunir une armée de secours. Elle est considérable : 8 000 cavaliers et 250 000 fantassins commandés par l'Arverne Vercassivellaunos, l'Atrébate Commios et les Éduens Eporedorix et Viridomaros.

François-Emile Ehrmann (1833-1910) : Vercingétorix appelant les Gaulois à la défense d’Alaise, 1869 Huile sur toile - 197 x 150, Clermont-Ferrand, Musée d’Art Roger-QuilliotLes Gaulois de l'extérieur et ceux de l'oppidum tentent dans un premier temps une attaque conjointe pour éprouver les fortifications de César. Ils sont repoussés grâce aux alliés germains du général romain.

Le lendemain, l'armée de secours se relance à l'assaut avec force clameurs. Les Gaulois disposent d'échelles et de crochets pour forcer les palissades. Les légions de Marc Antoine et Labienus, lieutenants de César, supportent le choc non sans mal. La tactique de César porte ses fruits : les attaquants n'arrivent même pas à aborder la contrevallation.

Le jour suivant, Vercassivellaunos, avec 60 000 hommes, attaque par surprise les Romains au pied au pied du mont Réa, à l'endroit jugé le plus faible. César finit par repousser les assaillants et lance sa cavalerie sur leurs traces. L'armée de secours doit capituler le lendemain et ses hommes se voient réduits en esclavage à l'exception des Éduens et des Arvernes.

La famine contraint les assiégs à rendre les armes, autrement dit à les jeter du haut de leurs murailles, puis à livrer leur chef. Tous les captifs sont offerts comme esclaves aux légionnaires à l'exception notable des  Éduens, dont César veut s'assurer le concours pour la suite.

Enchaîné,  Vercingétorix va suivre pendant quatre ans son vainqueur au cours de ses campagnes militaires. Il sera ensuite emprisonné au Tullianum, à Rome, pendant deux ans avant de figurer au triomphe de César, le 26 septembre de l'an 46 av. J.-C., et d'être étranglé dans sa cellule le soir même. La représentation de sa reddition au XIXe siècle (voir plus haut) est très éloignée de la réalité, le souci du peintre ayant été d'exalter le sentiment national en montrant un Vercingétorix fier et dominateur malgré la défaite.

« Alésia ? Connais pas ! »

La formule bien connue du chef Abraracourcix, dans les albums d'Astérix, demeure plus que jamais d'actualité. Les historiens sollicités par l'empereur Napoléon III, féru d'histoire romaine, ont cru mettre un terme aux doutes en localisant la bataille au Mont-Auxois, près d'Alise-Sainte-Reine, en Bourgogne.

Mais les contradicteurs n'ont pas désarmé pour autant. Aujourd'hui, tandis que l'on a ouvert un MuséoParc au pied du Mont Auxois, à Alise-Sainte-Reine, plusieurs passionnés penchent pour le site de Chaux-des-Crotenay, dans le Jura, qui serait paraît-il plus conforme à la description qu'en donne César. Le débat a été relancé par l'historien Franck Ferrand dans L'Histoire interdite (Tallandier, 2008).

Publié ou mis à jour le : 2020-07-15 10:24:09

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net