Les crapauds fous - Un subterfuge incroyable pour échapper aux nazis - Herodote.net

Les crapauds fous

Un subterfuge incroyable pour échapper aux nazis

C’est en Pologne qu’a été mis au point le vaccin contre le typhus. Et c’est en Pologne qu’en 1940, un médecin et son meilleur ami ont mis au point un stratagème ingénieux autour de ce vaccin pour empêcher que les habitants d’un village soient déportés par le régime nazi.

Mélody Mourey écrit et met en scène une merveilleuse pièce, à la fois comique et tragique, sur une histoire vraie et pourtant méconnue du grand public. Au théâtre du Splendid à Paris jusqu’au 30 juin 2019.

Quand la petite histoire se mêle à la grande

Cliquez sur l'affiche pour voir les comédiens de la pièce Benjamin Arba, Merryl Beaudonnet, Hélie Chomiac, Gaël Cottat, Charlie Fargialla, Tadrina Hocking, Frédéric Imberty, Damien Jouillerot, Claire-Lise Lecerf.La salle est comble (comme chaque soir), la scène s’allume et la musique de deux crooners américains démarre. Immédiatement, le spectateur est transporté dans une ambiance bien loin du Paris du XXIème siècle.

Nous sommes à New York en 1990. Une jeune étudiante en psychologie rend visite à Stanislaw Matulewicz, médecin à la retraite, pour en savoir plus sur son grand-père, le médecin Eugène Lazowski. L’homme, ravi et ému par cette visite, débute alors son récit.

Voilà que nous sommes transportés en pleine Seconde Guerre mondiale, dans le village de Rozwadów, en Pologne. Nous sommes dans le cabinet d’Eugène Lazowski. Très vite, on fait la rencontre de sa femme, de son meilleur ami et des habitants du village.

Tout de suite, l'angoisse d'une menace iminente, qui règne dans le village, se fait sentir. On apprend qu’Eugène, interprété très justement par le charismatique Charlie Fargialla, est un humaniste. Pour lui, tous les humains sont sur un pied d’égalité et chaque vie vaut d'être vécue autant qu'une autre. Aussi travaille-t-il secrètement la nuit pour guérir les juifs de Rozwadów.

1990. Une étudiante en psychologie boit un verre dans un bar à New-York avec un vieil ami de son grand-père.

Mais cela ne lui suffit pas. Il voit les choses en grand. Lorsqu'il réalise qu'en injectant le vaccin contre le typhus aux individus, il les rend positifs au test de dépistage de la maladie, une idée lui vient à l'esprit : pourquoi ne pas faire croire aux nazis qu'une épidémie s'est développée dans tout le village ? Il éviterait ainsi la déportation à ces « malades ».

Bien que très inquiet, son meilleur ami lui fait confiance et se joint à lui. Mais, forcément, leur ruse ne tarde pas à éveiller les soupçons dans les rangs du IIIe Reich et il faut redoubler d'inventivité.

Parfois, on a les deux Stanislaw en même temps sur scène. L’histoire que raconte la version actuelle du personnage prend vie et s’incarne très bien. Les passages entre les deux époques sont toujours réussis.

Au cours d'une heure et demi de spectacle, le spectateur fait la rencontre de vingt personnages. Ils sont joués par neuf comédiens, qui parviennent, avec une fluidité remarquable, à passer d’un rôle à un autre sans troubler la concentration du public et son immersion dans l’histoire.

Différents personnages de la pièce. Au centre en blouse blanche, Eugène Lazowski interprété par Charlie Fargialla.

De l’officier nazi au villageois un peu benêt en passant par une postière zélée et un führer caricaturé (hilarant), les caractères de ces personnages sont bien trempés. Chacun apporte quelque chose à l’histoire, émeut, touche, fait rire le spectateur qui y croit pleinement grâce aux costumes et décors très réalistes.

Les musiques, signées Simon Meuret, contribuent au caractère rocambolesque de l’aventure des deux héros. Elles sont même agrémentées de quelques chorégraphies des comédiens, qui deviennent à nos yeux de véritables artistes.

De gauche à droite, la femme d'Eugène (Merryl Beaudonnet), Eugène (Charlie Fargialla) et Stanislaw (Gaël Cottat)

Le suspens est à son comble. Les protagonistes se rendent compte de la folie qu’ils sont en train de commettre. Stanislaw, en particulier, est terrifié à l’idée que leur manigance soit découverte. Mais son meilleur ami est là pour le soutenir moralement, et le secouer physiquement.

La relation entre les comédiens est drôle et émouvante. Ce qui nous touche aussi, c’est la détermination dont ils font preuve pour sauver des vies, au péril de la leur. Ils savent qu'au moment où les nazis auront vent de ce qui se trame à Rozwadów, ils y laisseront leur peau. Alors comment tromper l'ennemi nazi ? Comment parvenir à faire durer cette mascarade, cette fausse épidémie de typhus, alors qu'en réalité personne n'est vraiment malade ? On laisse Eugène et Stanislaw, ainsi que tous les habitants du village, vous raconter leur histoire...

Au départ, un succès inimaginable

Moins connu qu’Oskar Schindler, dont l’histoire a été portée au cinéma par Steven Spielberg (La liste de Schindler, 1993), celle d'Eugène et Stanislaw est désormais révélée au grand jour grâce à cette pièce. Spoiler alerte : les deux amis ont sauvé près de 8.000 vies grâce à leur ingénieux stratagème. Eugène, disparu en 2006, est d'ailleurs surnommé le « Schindler polonais ».

Passionnée de théâtre, Mélody Mourey a déjà écrit et mis en scène une pièce de science-fiction au théâtre du Nord-Ouest, Terminus, en 2016.

Pourquoi s’attaquer cette fois à une histoire vraie ? On lui a posé la question : « J'ai découvert ce fait historique en écrivant un article sur les inventions ayant marqué l'histoire de la Pologne pour la revue de culture générale L'éléphant. L'exploit réalisé par ces deux médecins polonais m'a passionné. »

Un officier nazi sonne à la porte du cabinet médical d'Eugène Lazowski. Mais que va-t-il lui annoncer ?Ensuite, tout s’est enchaîné. Après avoir joué les premières représentations de sa pièce au Ciné XIII Théâtre (aujourd’hui Théâtre Lepic), elle l'a jouée au Théâtre des Béliers dans le XVIIIème arrondissement de Paris avant de rejoindre la programmation du Splendid, rue du Faubourg Saint-Martin.

Pourtant, elle ne s'attendait pas au succès qu'elle connaît aujourd'hui. Elle nous raconte les débuts de son aventure : « La pièce a été jouée plus de 350 fois, ce qui était inimaginable au tout début de l'aventure il y a un an et demi. A ce moment-là, je n'avais pas de contacts et de financement... Tous les acteurs, le compositeur, le scénographe et le chorégraphe se sont lancés dans le projet simplement parce qu'ils avaient très envie de raconter l'histoire de ces résistants. Dès la toute première lecture de la pièce, nous avons tous eu un de coup de foudre collectif. Cet enthousiasme, leur talent, et l'amitié très forte qui nous a immédiatement liés s'impose sur le plateau tous les soirs. Dès les premières dates au Ciné 13 théâtre, nous avons reçu un accueil magnifique de la part du public. »

Malgré le succès qu’elle rencontre auprès du public, on la met plusieurs fois en garde : « Tout le monde nous disait qu'aucun producteur ne serait assez fou pour produire une pièce à 9 acteurs, sans tête d'affiche, donc nous nous préparions à ne jouer que 30 représentations. Mais les producteurs du théâtre des Béliers ont décidé de défier toutes les lois du théâtre privé et de porter le spectacle. » 

Heureusement que certains savent encore repérer les pépites, sinon on aurait répété l’histoire de J.K Rowling qui s’est vue refuser l’édition d’Harry Potter... Non mais !

Aujourd’hui, la pièce est nommée dans trois catégories aux Molières 2019 : Meilleur spectacle dans un théâtre privé, Meilleur auteur et Meilleure mise en scène.

Véritable coup de cœur, on ne peut que vivement recommander à ceux qui ne l’ont pas encore vue de courir la voir. Quand l'art éclaire l'histoire, le résultat est lumineux !

Publié ou mis à jour le : 2019-05-15 17:19:31

 
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