2019

Notre-Dame de Paris dans le texte

Notre-Dame de Paris est plus quune cathdrale de pierre, cest aussi un personnage central de notre histoire, de notre littrature et de nos arts comme le rappellent les quelques tmoignages ci-dessous.

Isabelle Grgor

La cathédrale Notre-Dame vers 1860 : la sacristie est terminée mais la flèche pas encore rétablie - « Le quai de Montebello et le chevet de Notre-Dame » (détail), Émile Harrouart, vers 1860, Paris, Musée Carnavalet.

François Rabelais, Gargantua (1534)

Et tant molestement le poursuivirent qu'il fut contraint soi reposer sur les tours de l'église notre Notre-Dame, auquel lieu étant, et voyant tant de gens, à l'entour de soi dit clairement : « Je crois que ces maroufles veulent que je leurs paye ici ma bienvenue et mon proficiat. C'est raison. Je leur vais donner le vin. Mais ce ne sera que par ris. » Lors en souriant détacha sa belle braguette, et tirant sa mentule en l'air les compissa si aigrement, qu'il en noya deux cent soixante mille, quatre cent dix et huit, sans les femmes et petit enfants.

Victor Hugo, Notre-Dame-de-Paris (1831)

La façade :

Notre-Dame de Paris, recueil. Topographie de la France. Paris. 4e arrdt, Paris, BnF. L'agrandissement est l'une des illustrations du roman Notre-Dame de Paris intitulée Paris à vol d’oiseau, Victor Hugo, Paris, éd. 1865.[...] il est, à coup sûr, peu de plus belles pages architecturales que cette façade où, successivement et à la fois, les trois portails creusés en ogive, le cordon brodé et dentelé des vingt-huit niches royales, l'immense rosace centrale flanquée de ses deux fenêtres latérales comme le prêtre du diacre et du sous-diacre, la haute et frêle galerie d'arcades à trèfle qui porte une lourde plate-forme sur ses fines colonnettes, enfin les deux noires et massives tours avec leurs auvents d'ardoise, parties harmonieuses d'un tout magnifique, superposées en cinq étages gigantesques, se développent à l'œil, en foule et sans trouble, avec leurs innombrables détails de statuaire, de sculpture, et de ciselure, ralliés puissamment à la tranquille grandeur de l'ensemble ; vaste symphonie en pierre, pour ainsi dire ; œuvre colossale d'un homme et d'un peuple, tout ensemble une et complexe comme les Iliades et les romanceros dont elle est sœur ; produit prodigieux de la cotisation de toutes les forces d'une époque, où sur chaque pierre on voit saillir en cent façons la fantaisie de l'ouvrier disciplinée par le génie de l'artiste ; sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde comme la création divine dont elle semble avoir dérobé le double caractère : variété, éternité. Et ce que nous disons ici de la façade, il faut le dire de l'église entière ; et ce que nous disons de l'église cathédrale de Paris, il faut le dire de toutes les églises de la chrétienté au Moyen Âge. Tout se tient dans cet art venu de lui-même, logique et bien proportionné. Mesurer l'orteil du pied, c'est mesurer le géant.

L'incendie :

Illustration de Notre-Dame de Paris, Victor Hugo, éd. 1881, représentant la Galerie des Gargouilles récemment restorée par Viollet-le-Duc. L'agrandissement montre le stryge, gargouille dessinée par Viollet-le-Duc, qui a été immortalisée et individualisée grâce à la gravure de Charles Meryon en 1853, Paris, BnF.Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil. Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire, des gargouilles qu’on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle. Sans doute ce phare étrange allait éveiller au loin le bûcheron des collines de Bicêtre, épouvanté de voir chanceler sur ses bruyères l’ombre gigantesque des tours de Notre-Dame.

Gérard de Nerval, « Notre-Dame de Paris » (Odelettes, 1853)

Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,
Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde
Rongera tristement ses vieux os de rocher !
Bien des hommes, de tous les pays de la terre
Viendront, pour contempler cette ruine austère,
Rêveurs, et relisant le livre de Victor :
— Alors ils croiront voir la vieille basilique,
Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique,
Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !

Charles Meryon, L’abside de Notre-Dame de Paris, 1854, Paris, BnF, Gallica.

Paul Claudel, « Ma Conversion » (Oeuvres en prose, 1913)

Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël. Je commençais alors à écrire et il me semblait que dans les cérémonies catholiques, considérées avec un dilettantisme supérieur, je trouverai un excitant approprié et la matière de quelques exercices décadents. C'est dans ces dispositions que, coudoyé et bousculé par la foule, j'assistai, avec un plaisir médiocre, à la grand-messe. Puis, n'ayant rien de mieux à faire, je revins aux vêpres. Les enfants de la maîtrise en robes blanches et les élèves du petit séminaire de saint Nicolas du Chardonnet qui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être la Magnificat. J'étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l'entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c'est alors que se produisit l'événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d'une telle force d'adhésion, d'un tel soulèvement de tout mon être, d'une conviction si puissante, d'une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d'une vie agitée, n'ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher.

Léo Ferré, « Les Cloches de Notre-Dame » (1959)

Replacement du bourdon « Emmanuel » dans le beffroi Sud en 1851, dessin de Daubigny dans L’Illustration, 12 avril 1851, © Archives NDP, DR.Cloches de Notre Dame à Paris
Qui sonnez les glas et les carillons
Qui sonnez la joie et la peine
Cloches de Notre Dame à Paris
Vous êtes vieilles comme le monde
Vous êtes pauvres comme la Seine
Vous êtes tendres comme le bronze
Cloches de notre Dame à Paris
Cessez vos glas et vos carillons
Et penchez vous un peu du côté d'Aubervilliers ou des Lillas
Et chantez le bonheur de ceux qui n'en auront jamais
Cloches de Notre Dame à Paris
Qui sonnez chaque mort d'évêque
Sonnez un jour une nuit au hasard comme ça toutes seules
Ça mettras les gens en bas de leur lits
De leur lits douillets à Paris
Et ça fera peut-être peur
Aux imbéciles

Édith Piaf, « Notre-Dame de Paris » (1952)

Dans le Paris de Notre-Dame
De Notre-Dame de Paris
Y a un clochard qu'en a plein le dos
De porter Notre-Dame sur son dos
Il se prend pour Quasimodo
Regarde en l'air, la vie qui grouille
Au lieu de faire des ronds dans l'eau
Tu peux pas vivre comme une grenouille
Moitié sur terre, moitié sur l'eau
Moi, je préfère rester là-haut
Notre-Dame de Paris dans le Livre d'Heures d'Étienne Chevalier (Jean Fouquet, 1452-1460, musée Condé, Chantilly)Dans le jardin de Notre-Dame
Où l'on se fait de bons amis
Y a qu'à se promener chaque matin
Un peu de maïs au creux des mains
Les pigeons, moi, je les aime bien
Les péniches
Se fichent
Des pigeons de la Cité
Goélettes
Mouettes
Elles n'ont que ça dans l'idée
Oui, mais autour de Notre-Dame
Y a des voyages à bon marché
Et ces petits coins où le bonheur
Empêche les maisons de pousser
On l'appelle "Marché aux fleurs"
Henri Quatre
Verdâtre
Aime sous son verre de gris
La vieille flèche
Qui lèche
Le plafond gris de Paris
Et toi, sous le pont de Notre-Dame
Regarde en l'air, tu comprendras
Que si tout le monde faisait comme toi
Dans ton pince why aurait de la pluie
Même les ponts, ça se construit
Car pour aller à Notre-Dame
De Notre-Dame jusqu'à Paris
Il a bien fallu se mettre au boulot
Et porter de pierres sur son dos
Pour passer par-dessus l'eau
Voilà pourquoi Paris s'enroule
S'enroule comme un escargot
Pourquoi la terre s'est mise en boule
Autour des cloches du parvis
De Notre-Dame de Paris

Publi ou mis jour le : 2019-04-17 19:00:54

 
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