Vie quotidienne

Une Histoire des vacances

L'histoire des vacances est communément réduite à l'instauration des congés payés sous le Front Populaire. À tort, car elle est bien plus ancienne et riche d'enseignements. Allons de ce pas à la rencontre des idées reçues...

Aristocrates romains : ma cabane en Campanie

Le besoin de se mettre au frais durant l'été n'a rien d'une nouveauté. Déjà, les riches Romains fuyaient la Ville éternelle durant les périodes caniculaires (cet adjectif désigne la période du 24 juillet au 24 août, quand monte au firmament l'étoile Sirius, aussi appelée « petite chienne », canicula en latin).

Bassin de la Canope, villa Adriana, Tibur (Tivoli)

Bien plus tard, les élites médiévales eurent aussi à coeur de fuir leur ville au odeurs pestilentielles. Ainsi les évêques se faisaient-ils volontiers construire  à la campagne des résidences de plaisance, néanmoins fortifiées (on ne sait jamais). Même chose pour les riches bourgeois des cités italiennes dont les maisons de campagne  témoignent encore de leur opulence.

Le Moyen Âge sur les routes

Le Moyen Âge ne pratique pas les vacances au sens de farniente (de l'italien : ne rien faire). Il connaît de nombreuses journées de repos ; mais c'est pour la bonne cause, à savoir prier et se recueillir.

À la suite des rabbins juifs, qui prescrivent le repos hebdomadaire du sabbat (le samedi) afin que l'homme évite de tomber dans l'esclavage du travail, les clercs de l'Église recommandent à chacun de s'abstenir de tout travail dans la mesure du possible le jour du Seigneur (du latin « dies Dominicus », qui a donné dimanche).

Comme nous, plus encore que nous, nos aïeux se déplacent beaucoup. Mais c'est plus par nécessité que par plaisir. Il n'y a pas que les marchands et les soldats à se déplacer... 

Les Anglais inventent le tourisme

À la Renaissance, avec l'émergence des États-Nations et la baisse de la ferveur religieuse, les pèlerinages tendent à décliner.

Dans le même temps, nobles et artistes inventent les voyages « touristiques » ou « culturels ». Ils se rendent à Rome et en Italie, à la recherche des splendeurs de l'Antiquité. Montaigne nous a ainsi laissé une relation de ses voyages outre-monts, comme bien après lui Stendhal et bien d'autres.

Cette pratique se généralise au XVIIIe siècle sous l'influence des Britanniques : les rejetons des grandes familles sont envoyés en Italie - outre Rome, Pompéi devient une étape incontournable - pour parfaire leur formation, c'est « the Grand Tour », qui est aussi et souvent surtout une occasion de faire la fête. En parallèle, les Britanniques inventent le tourisme thermal. Le premier lieu de destination est, en Angleterre même, la station de Bath.

C'est aussi au XVIIIe siècle que se développe l'habitude des bains de mer à des fins thérapeutiques, dont le grand modèle est Brighton.

Au milieu du XVIIIe siècle, la haute montagne, jusque-là répulsive, fascine à son tour l'Europe lettrée. Michel Paccard (29 ans), passionné de botanique, et Jacques Balmat (24 ans), son accompagnateur, atteignent le sommet du Mont Blanc le 7 août 1786. C'est le début de la « ruée vers l'or blanc ».

Au siècle suivant, les classes supérieures donnent son véritable essor au tourisme bon chic bon genre. En France, le Second Empire voit la création de Biarritz, dans le pays basque, station préférée d'Eugénie de Montijo, ainsi que de Deauville, sur la côte normande, de Vichy, en Auvergne, de Plombières, dans les Vosges, où l'empereur Napoléon III reçoit en secret le ministre piémontais Cavour.

Il faudra attendre le XXe siècle et l'entre-deux-guerres pour que les classes populaires accèdent elles aussi au tourisme de massage avec l'instauration des congés payés...

Publié ou mis à jour le : 2025-07-13 17:45:16

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