Afghanistan

Un rude et vieux pays au coeur du monde

 Paysage afghanAu cours du dernier millénaire, l'Afghanistan est à peu près le seul pays au monde qui n'a jamais accepté une tutelle étrangère (note). Il a toujours défait ceux qui ont tenté de l'occuper ou le soumettre, ce qui lui a valu d'être surnommé le « cimetière des empires ». Avis aux amateurs...

Ce pays d'Asie centrale un peu plus vaste que la France (650 000 km2), est enclavé dans des montagnes austères, avec un climat continental (sec, très chaud en été, très froid en hiver). Il compte encore beaucoup d'éleveurs nomades.

La population, qui connaît une croissance rapide, est estimée en ce début du XXIe siècle à environ 31 millions d'habitants.

Béatrice Roman-Amat
guerriers afghans en 1878
Le coeur du Monde ?

Le grand historien de l'Asie René Grousset (1885-1952) voyait dans les soubresauts de l'Asie centrale les battements de coeur de l'Histoire universelle, du temps où les nomades huns, mongols et turcs portaient le fer aux extrémités du Vieux Monde. À observer ce qui se passe en ce début du XXIe siècle en Afghanistan, il semblerait que cette « loi » de l'Histoire conserve une certaine pertinence !

Il faut dire que les tribus afghanes, jalouses de leur indépendance et protégées par le relief abrupt de leurs vallées, vivent dans un état de guerre quasi-permanent, un peu comme les seigneurs féodaux avant l'An Mil. Elles sont structurées pour la guerre au point de considérer la paix comme un état instable et néfaste à leur équilibre interne.

Autant dire que le projet de l'OTAN de transformer ce pays en une nouvelle Suisse relève du conte de fées.

Cette carte est une création exclusive d'Alain Houot, ancien professeur d'Histoire au collège Gaston Deferre (Marseille)

Une mosaïque ethnique

L'Afghanistan constitue une véritable mosaïque ethnique, où l'on recense une quinzaine de langues et de cultures, la langue pachtoune étant dominante.

Les Pachtouns représentent environ 40% de la population. Ils sont surtout présents dans le sud et l'est du pays (ainsi que dans les zone tribales du Pakistan, de l'autre côté de la frontière, où ils se dénomment Pathans). Ils forment un groupe fortement fragmenté sur des bases claniques mais n'en dominent pas moins politiquement les autres ethnies depuis le XIXe siècle. C'est parmi leurs rangs que sont nés les talibans (« étudiants en théologie »).

Les Tadjiks, persophones, forment le deuxième groupe ethnique du pays (30% environ). Traditionnellement, ils étaient considérés comme une ethnie d'agriculteurs, commerçants ou artisans, tandis que les Pachtouns adoptaient l'élevage ou les métiers des armes.

Également persophones, les Hazaras aux yeux bridés (15% de la population) prétendent descendre des guerriers de Gengis Khan, le conquérant mongol. Ils sont marginalisés en raison de leur appartenance au chiisme. Les Ouzbeks, les Turkmènes et les Kirghizes, turcophones, installés à l'ouest et au nord, viennent compléter la mosaïque afghane.

Au VIe siècle avant JC, Zarathoustra recruta ses premiers adeptes dans le nord de l'Afghanistan. Cette zone fertile fut conquise un peu plus tard par Cyrus II le Grand et devint une satrapie de l'empire achéménide.

Alexandre le Grand s'en empara à son tour en 329-327 av. J.-C. et des colons grecs et macédoniens ne tardèrent pas à s'y implanter. C'est ainsi que vers 245 av. J.-C., le satrape Diodotos proclama le royaume indépendant de Bactriane, du nom de Bactres (ou Bakhr), sa capitale, une cité aujourd'hui en ruines.

Au IIe siècle av. J.-C., une grande partie de la Bactriane fut conquise par Mithridate Ier, roi des Parthes. Après les Séleucides et les Parthes, la région fut disputée tout à tour par des tribus hindoues puis perses, arabes et turques. Elle fut également saccagée par les Huns au Ve siècle de notre ère.

Un mythe grec revu par Kipling

Le Kafiristan, haute vallée très difficile d'accès au nord-est de Kaboul, a préservé son indépendance et ses particularismes ethnique et religieux jusqu'à la fin du XIXe siècle. Rudyard Kipling y situe l'action de son roman L'homme qui voulut être roi.

Au nombre d'une centaine de milliers, les Kafirs (les « impurs ») sont une population indo-européenne censée descendre de soldats de l'armée macédonienne d'Alexandre le Grand restés sur place. Ils ont été islamisés sous la contrainte en 1896 et leur province a dès lors pris le nom de Nouristan (« pays de la Lumière »).

L'islam s'impose

L'islam s'impose dans le pays à partir du VIIe siècle, alors que la population afghane se compose entre autres de mazdéens, de bouddhistes, de juifs et d'hindous. Les Arabes s'emparent une première fois de Kaboul en 663 mais ce n'est qu'en 871, deux siècles plus tard, que la région se soumet au calife de Bagdad, lequel installe un gouverneur à Kaboul.

Massivement convertis à l'islam, les Afghans se lancent à la fin du XIIe siècle à la conquête de l'Inde du nord sous la conduite de Mohammed de Ghor et fondent le sultanat de Delhi. Trois siècles plus tard, Babur chah, lointain descendant de Tamerlan, établit sa capitale à Kaboul. Il anéantit le sultanat de Delhi et se taille à son tour un royaume dans le nord de l'Inde, d'où naîtra la puissante dynastie des sultans moghols.

En 1747, à Kaboul, un chef de tribu, Ahmed chah, se proclame roi (ou chah) et fonde la dynastie Durrani. Ce troisième conquérant surgi d'Afghanistan va porter à son tour des coups violents à l'empire moghol sans toutefois le détruire, facilitant ainsi à son insu la colonisation du sous-continent indien par les Anglais.

La Compagnie anglaise des Indes orientales tente imprudemment d'établir son protectorat sur l'Afghanistan, en lequel elle voit une menace pour ses colonies des Indes. Cela vaut aux Anglais l'une des plus cruelles défaites de leur Histoire : une armée entière d'environ 16 500 hommes est exterminée, à l'exception d'une dizaine de rescapés !

Intrusions européennes

Le 30 mars 1855, les Britanniques se résignent à reconnaître l'autorité de l'émir Dost Mohammed sur l'Afghanistan. Mais ils se hérissent quand son fils et sucesseur Chêr Ali prend langue avec les Russes. Soucieux de neutraliser le glacis qui sépare leur colonie des Indes de l'empire russe, ils se lancent dans une deuxième guerre contre l'Afghanistan mais, cette fois, se gardent bien d'occuper le pays.

La guerre aboutit au traité de Gandamak le 26 mai 1879, par lequel Kaboul concède à Londres la surveillance de la passe stratégique de Khyber et un droit de regard sur sa politique étrangère. Maîtres chez eux, les Afghans renoncent à s'immixer dans les rivalités entre grandes puissances. C'est une attitude qu'ils conserveront au XXe siècle pendant la « guerre froide » entre URSS et États-Unis.

Une convention anglo-russe fixe en 1893 les frontières du pays et en particulier le tracé qui le sépare des Indes britanniques. Cette « ligne Durand » est toujours en vigueur entre le Pakistan et l'Afghanistan. Elle laisse hors d'Afghanistan une fraction importante des Pachtouns ou Pathans. C'est encore aujourdhui une source de graves tensions dans la zone frontalière...

En 1919, des troubles intérieurs poussent les Britanniques à intervenir une troisième fois. Ils concluent un compromis avec les chefs de tribus afghans et, par le traité de Rawalpindi d'août 1919, reconnaissent l'indépendance pleine et entière du pays. Par la même occasion, l'émir Amanullah relève à son profit le titre de roi. En 1928, il tente de moderniser le pays à la manière du Turc Moustafa Kémal. Mal lui en prend et il est déposé l'année suivante suite à un soulèvement des religieux musulmans.

Un général, Nadir chah, s'empare du pouvoir et de la couronne mais il est assassiné en 1933 et remplacé sur le trône par son fils Mohammed Zahir chah. Le général Mohammed Daoud chah, cousin et beau-frère du roi, dirige le gouvernement de 1953 à 1963. Éliminé, il prend sa revanche 10 ans plus tard, en renversant la monarchie et en instaurant la République le 17 juillet 1973. Il sera lui-même assassiné par des opposants, avec la complicité des Soviétiques, le 27 avril 1978.

Cet attentat entraîne l'immixion des grandes puissances dans les guerres civiles afghanes. Il replace ce pauvre pays au coeur des préoccupations planétaires et redonne vie à la « loi » de l'historien René Grousset.

Publié ou mis à jour le : 2019-06-11 21:29:57

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net