Le Jugement de Pâris du XVe au XIXe

Un mythe sans cesse réadapté

10 juillet 2020. Dans le mythe antique du « Jugement de Pâris », les trois déesses Athéna, Héra et Aphrodite s’affrontent pour savoir qui est la plus belle ; c’est le mortel Pâris qui doit les départager en leur remettant une pomme d’or. Il finit par désigner Aphrodite, qui lui avait promis en échange la plus belle des femmes : Hélène. La conséquence de ce concours fut l’enlèvement d’Hélène, et le déclenchement de la guerre de Troie.

Dans sa thèse, Normande Ginchereau étudie la persistance de ce mythe dans les représentations littéraires et iconographiques du XVe au XIXe siècle. Au fil des siècles et des courants artistiques, le mythe est réinterprété, pouvant servir à faire l’éloge de la monarchie aussi bien que n’être qu’un prétexte pour le développement des talents artistiques.

Votre thèse s'intéresse au thème du « Jugement de Pâris » entre le XVe et le XIXe siècle, comment peut-on expliquer une telle survivance de ce mythe antique ?

« Le Jugement de Pâris » a été très souvent représenté depuis l’Antiquité ; mon corpus et le grand nombre de reproductions en témoignent. La survivance de ce mythe peut avoir de nombreuses explications. Tout d’abord, il met en scène trois déesses les plus importantes de l’Olympe : Athéna, déesse de la sagesse, Héra, déesse du mariage et de la fécondité, et Aphrodite, déesse de l’amour. Ensuite, chacune des trois déesses a une qualité majeure, qui influence le jugement de Pâris : la raison pour Athéna, le pouvoir pour Héra et la féminité pour Aphrodite. Finalement, le mythe de Pâris est très important en raison de ses conséquences, puisque ce jugement mène au déclenchement de la guerre de Troie.

En rédigeant mes « perspectives d’avenir », à la fin de ma thèse, je notais ainsi : “Comment la déesse de la raison domine, ou comment la raison est-elle mise en vedette par d’autres symboles à cette période de la Renaissance ? Cette interrogation pourrait-elle se joindre à un autre questionnement qui toucherait, non plus la raison et Athéna au XVIe siècle, mais Héra et le pouvoir au XVIIe siècle ou Aphrodite et le XVIIIe siècle, siècle où la femme, sous certains aspects, est mieux acceptée. Exploiter ces associations serait une source de belles découvertes.”

Ce Jugement de Pâris est une attribution à l'atelier de Sandro Botticelli réalisé vers 1485.

Le mythe perdure dans le temps, mais sa représentation évolue selon les époques. Dans votre thèse, vous faites le pari de relier ces évolutions artistiques à celles de la société dans son ensemble. Comment les représentations littéraires et artistiques sont-elles adaptées aux différentes préoccupations des artistes durant ces cinq siècles ?

Au XVIe siècle, à l’époque de la Renaissance, de l’humanisme, Athéna, la déesse de la Raison est toute désignée pour occuper la place centrale et c’est ce que fait le peintre maître de la Renaissance, Raphaël. Sa réalisation gravée par Raimondi est reconnue et copiée de multiples fois. Il est facile de faire le lien entre cette société et l’expression artistique ainsi que littéraire.

Rubens, autre grand maître, vers 1600, est allé en Italie et a eu l’occasion de voir l’œuvre de Raphaël. Rubens réalise à ce moment-là une adaptation où la déesse de la Raison a la vedette. Mais quelques trente ans plus tard, Rubens, influencé par ses fréquentations des cours européennes, réalise un « Jugement de Pâris » où c’est la déesse du Pouvoir, Héra, qui est bien en évidence au centre de la composition.

Selon les époques et les lieux, les artistes réalisent leurs œuvres selon différentes influences. Ainsi, parfois, plusieurs artistes voudront exprimer leur œuvre dans un grand déploiement, mais, d’autres fois, ils préfèreront capter un détail de l’œuvre pour le mettre en évidence et l’exploiter. Pensons par exemple à Manet qui utilisera les “dieux-fleuves” du Jugement de Pâris de Raphaël pour en faire un Déjeuner sur l’herbe.

Propos recueillis par Soline Schweisguth
L'auteure : Normande Ginchereau

Normande GinchereauNormande Ginchereau a soutenu sa thèse « De la Renaissance au néoclassicisme, survivance, essor et variation des thèmes mythologiques gréco-romains dans les oeuvres d'art : sujet témoin : le Jûgement de Pâris ou le tribunal de l'amour » en 2000, sous la direction de David Karel et Jacques Desautels à l’Université Laval de Québec. Pour lire la thèse complète, cliquez ici.

Depuis, Normande Ginchereau continue à présenter sa thèse et à utiliser son corpus d’images pour nourrir différents projets avec des musées.

Publié ou mis à jour le : 2020-10-02 13:33:29

 
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