28 septembre 2025. À la suite de la reconnaissance de l'État de Palestine par dix nouveaux États dont la France et la Belgique, l'historien et rabbin Alain Michel, établi à Jérusalem, nous offre une réflexion personnelle sur les racines profondes du drame qui déchire aujourd'hui la Terre Sainte...
La question de la reconnaissance de la Palestine s’est trouvée au cœur de l’actualité ces dernières semaines. Je voudrais non pas revenir sur les aspects politiques, mais confronter le lecteur au substrat historique qui est en général très ignoré.
Quand le mot Palestine dans son utilisation moderne est-il apparu ? En 1998, j’ai écrit un ouvrage pour les éditions Autrement à l’occasion du 50e anniversaire de la proclamation de l’État d’Israël et je l’avais intitulé : « Racines d’Israël : 1948, plongée dans « 3000 ans d’histoire ».
En parallèle, les éditions Autrement avaient demandé à deux journalistes propalestiniens d’écrire un livre sur la Palestine. En consultant la chronologie à la fin de ce livre, je me suis aperçu à ma grande surprise que d’après ces amis de la question palestinienne, l’histoire de la Palestine commençait début novembre 1917, avec la déclaration Balfour qui actait la reconnaissance des aspirations sionistes par le gouvernement britannique.
Ils avaient absolument raison. Il n’existait pas de nationalisme palestinien jusque-là, et on pouvait même le dater plus précisément de fin juillet 1920 avec la conquête de la Syrie par les troupes françaises. C’est alors que les nationalistes palestiniens, comme Hadj Amin El Husseini, qui deviendra Grand mufti de Jérusalem en 1921, abandonnèrent le rêve d’un grand royaume arabe unifié pour se concentrer sur le projet d’une Palestine indépendante.
Quand le sionisme est-il apparu ? L’idée d’un retour des juifs en terre d’Israël existe depuis 586 avant notre ère et la destruction du Temple de Jérusalem par l’empire babylonien.
Même si cette idée du retour a été portée par toutes les générations de juifs pendant plus de deux millénaires, le sionisme moderne, politique, apparaît en 1882 en Russie, puis est organisé et structuré par Théodore Herzl, un juif autrichien, à partir de 1896.
Dès les années 1860, des juifs de Russie et de Roumanie avaient commencé à créer des implantations juives en Israël, et à partir de 1897 elles sont soutenues par le mouvement sioniste, créé par Herzl. On voit donc très clairement que le nationalisme juif a débuté plus de 40 ans avant le nationalisme palestinien.
Les Palestiniens étaient-ils en terre d’Israël avant l’arrivée des sionistes ? Si la majorité des 750.000 juifs qui étaient en 1948 présents dans le mandat anglais sur la Palestine étaient arrivés après 1920, on sait moins que près d’un tiers des 1.200.000 Aranes palestiniens qui y sont présents au même moment étaient arrivés eux aussi après 1920. Venus de Syrie et d’Irak pour la plupart, ils avaient été attirés par le dynamisme économique créé par le développement de l’économie sioniste.
Était-il possible d’organiser un partage de la région à l’ouest du Jourdain entre juifs et Arabes ? C’est ce que l’ONU a proposé en novembre 1947. Les représentants sionistes ont accepté le plan de partage, mais toutes les composantes de la partie arabe ont refusé.
Le 15 mai 1948, lorsque l’Angleterre a quitté la région, cinq armées des pays arabes environnant ont envahi le territoire à l’ouest du Jourdain, afin d’empêcher la création de l’État d’Israël. Le jeune État juif a gagné la guerre, et a récupéré 78% du territoire du mandat. La Jordanie et l’Égypte se sont emparé des 22% restant et n’ont pas autorisé les Palestiniens à créer un État sur ce qui restait de du territoire attribué en novembre 1947 aux arabes.
En mai 1967, l’Égypte, la Jordanie et la Syrie ont menacé Israël d’une guerre pour l’effacer de la carte. Les Israéliens ont lancé une attaque et en six jours se sont emparés des 22% de territoire restant, plus du plateau du Golan et du Sinaï. Après la guerre les pays arabes ont refusé de négocier avec Israël sur la base d’un échange de la paix contre les territoires conquis.
Il a fallu attendre l’initiative du président égyptien Sadate, après la guerre de Kippour en 1973, pour que pour la première fois en 1979 un traité de paix soit signé entre Israéliens et Égyptiens.
En 1993, les accords d’Oslo ont été signés entre Palestiniens et Israéliens qui devaient permettre aux Palestiniens de récupérer les 22% occupés par Israël et d’y créer leur État. Des négociations pour un traité de paix ont eu lieu en été 1999 à Camp David, sous l’égide du président Clinton, mais au bout d’un mois, Yasser Arafat a refusé l’accord, et a déclenché une révolte des Palestiniens fin septembre 1999 pour faire pression et obtenir plus.
Depuis, aucune négociation n’a abouti, et les massacres du 7 octobre 2023 organisés par le Hamas ont seulement augmenté la haine entre les deux parties.
Dans ces conditions, je vois mal comment la reconnaissance de la Palestine, qui reste un État virtuel, pourrait améliorer la situation de la région.













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Voir les 37 commentaires sur cet article
Christian (23-10-2025 14:40:39)
Selon l'AFP, le vice-président américain Vance a vivement critiqué le récent vote du Parlement israélien visant à étendre la souveraineté israélienne en Cisjordanie. Il a même déclaré que ... Lire la suite
alain.gaurut (17-10-2025 23:25:38)
L'explication donnée en ce qui concerne la guerre des six jours est tout aussi biaisée sic :"En mai 1967, l’Égypte, la Jordanie et la Syrie ont menacé Israël d’une guerre pour l’effacer de ... Lire la suite
alain.gaurut (17-10-2025 22:03:16)
je vais reprendre point par point chacune des assertion de mr Alain Michel en partant de la fin de soon propos; Cette façon de présenter les chose est particuliérement mensongère en effet dans ce... Lire la suite