D’abord un constat, aucun doute pour les historiens consultés : l’affiche de LFI qui appelle à manifester contre l’extrême-droite, avec le visage en noir et blanc de Cyril Hanouna, rictus menaçant, nez crochu et oreilles saillantes, cumule tous les stéréotypes antisémites.
Le visuel paraît décalqué sur une caricature des années 30. Pour qui sait lire, c’est à peu près aussi clair que le bleu-blanc-rouge comme symbole de la France ou la croix gammée pour celui des nazis.
C’est la première leçon : les dirigeants de la France insoumise ne peuvent pas plaider l’ambiguïté, la maladresse -comme l’a fait Éric Coquerel- ou blâmer « la propagande des réseaux d’extrême-droite » comme l’a fait Jean-Luc Mélenchon hier matin à ce micro.
Dans n’importe quel autre parti, les chefs auraient reconnu la faute -elle est grave-, lancé une enquête et sanctionné les responsables. Pas à LFI où en matière d’antisémitisme, le passif est déjà lourd, et où chaque reproche supplémentaire suscite un réflexe de citadelle assiégée : on ne reconnait rien, on ne s’excuse jamais et la faute incombe toujours à ceux qui vous accusent. Cette fois tout de même face au tollé, les Insoumis ont vite retiré leur saloperie. Mais sans vouloir admettre que c’en était une.
Pour vous, l’affaire ne peut pas en rester là ?
N’êtes-vous pas curieuse (ou curieux) de savoir qui a fait ça, dans un grand parti politique, qui a laissé faire et dans quel but, avec quelle intention ?
Était-ce un calcul ou une ignorance ? Un acte conscient ou inconscient ? On ne saurait dire ce qui est le plus inquiétant. N’y a-t-il aucun représentant de LFI qui se pose ces questions ? Apparemment si, d’après le journal L’Opinion et l’AFP, plusieurs députés se sont plaints en interne, des dégâts d’image de ces « communications catastrophiques ».
Mais ces élus pensent-ils sincèrement qu’il n’y a là qu’un problème de communication ? Tant de déclarations problématiques -Mélenchon renvoyant le député PS Jérôme Guedj à sa religion, considérant le phénomène antisémite comme « résiduel », etc… - tout cela devrait conduire à un examen de conscience, comme les travaillistes britanniques l’ont fait il y a 5 ans, en débarquant leur n°1 Jérémy Corbyn qui avait laissé l’antisémitisme se répandre dans le parti. Tandis qu’en France, Mélenchon… défendait Corbyn, en expliquant que lui ne céderait pas devant les « oukases arrogants des communautaristes du CRIF ». Scandale, vite oublié.
Non cette fois, l’affaire de l’affiche Hanouna ne devrait pas en rester là. Sauf si LFI se résigne à endosser la place solitaire et marginale, qui était celle du FN des années 90.
Vous comparez les Insoumis au Front national ?
Il y a un peu plus de 30 ans, Laurent Fabius avait subi le même traitement que Cyril Hanouna. Avec une caricature parue à la une de l’hebdomadaire minute inspirée des dessins antisémites d’avant-guerre : vampire au nez protubérant et ongles crochus. Le dessin était signé Aramis, pseudonyme d’un élu FN, il était alors conseiller régional d’Ile-de-France.
Aujourd’hui, Jordan Bardella annonce une visite en Israël à la fin du mois. Et il y a au moins un Aramis au sein des Insoumis.
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Mailfait (08-05-2025 16:56:06)
quant à moi je tiens Patrick Cohen pour un excellent journaliste et j'écoute avec un grand plaisir ses chroniques sur France Inter. Quelle chance pour la France d'avoir un tel journaliste. Quant à ce parfait inconnu "lorg" quelles sont ses compétences pour se permettre de porter un jugement sur la sincérité de Mr. Cohen
lorg (09-04-2025 17:26:25)
En matière de "verité Historique" , de "sincérité", de "vraisemblance", le personnage cité (Cohen) ne me semble pas remplir les cases s'appliquant à ces qualificatifs !