L'Histoire en quatrième

Mise en cause de l'absolutisme

Au XVIIe siècle, deux monarchies a priori très semblables, la française et l'anglaise, divergent jusqu'à inventer des modèles opposés de gouvernement: la monarchie absolue de droit divin en ce qui concerne la France, la monarchie parlementaire en ce qui concerne l'Angleterre.

La victoire finale reviendra à la seconde. Et à la révolution politique, l'Angleterre ajoutera une révolution industrielle et économique.

 

La monarchie anglaise, au XVIe siècle, sous les règnes de Henri VIII et de sa fille Elizabeth 1ère, a semblé s'engager, comme la France, dans la voie de l'absolutisme. Peut-être lui a-t-il manqué la légitimité religieuse pour réussir ?

Bien que chef de l'Église anglicane depuis la rupture avec le pape en 1534, le roi d'Angleterre n'a pas le prestige que confère à son homologue français le sacre de Reims et le souvenir de Saint-Louis.

Révolution politique en Angleterre

Quand la reine Elizabeth 1ère meurt en 1603, c'est au roi d'Écosse, fils de sa cousine et rivale Marie Stuart, que revient le trône d'Angleterre. Avec Jacques 1er Stuart, les deux royaumes rivaux de Grande-Bretagne sont désormais unis pour le meilleur et le pire.

Les tentatives de Jacques 1er et de son fils et successeur Charles 1er pour renforcer leur pouvoir échouent pitoyablement d'autant que ces rois ont pour conseillers des hommes médiocres comme le duc de Buckhingham, auquel on prête une relation amoureuse avec la reine de France, Anne d'Autriche!

Le roi est chassé de Londres par une révolte de parlementaires et de nobles conduite par Oliver Cromwell. Il se réfugie chez les Écossais mais ceux-ci le livrent à Cromwell qui le fait décapiter en 1649. C'est une première dans l'Histoire des monarchies occidentales!

On peut noter que la même année, en France, Mazarin et Anne d'Autriche mettent fin à la Fronde nobiliaire et restaurent la monarchie dans la plénitude de ses attributions.

Cromwell instaure sa dictature sous le couvert de la République (baptisée Commonwealth en anglais) mais son régime ne dure qu'une dizaine d'années avant que les Anglais ne restaurent la monarchie.

Le nouveau roi, Charles II, fils du malheureux Charles 1er, doit faire face à la détermination des parlementaires qui siègent aux Communes.

Cette assemblée est ainsi nommée parce qu'elle représente les communes anglaises, un peu comme les états généraux en France. Instruite par l'exemple de Charles 1er, elle n'est plus disposée à laisser le roi agir à sa guise.

De grands penseurs comme John Locke et Thomas Hobbes apportent leur caution aux parlementaires. Ils publient des ouvrages qui mettent en cause l'autoritarisme et la monarchie de droit divin.

Le roi est obligé de concéder en 1679 au Parlement à majorité puritaine et anticatholique l'Habeas corpus (en latin, «que tu aies le corps»). Ce texte très important exige que tout prisonnier soit déféré sans attendre devant un juge. C'en est fini des arrestations arbitraires.

Malheureusement, quand meurt Charles II en 1685, c'est son frère Jacques II qui lui succède.

Ce dernier croit encore possible de restaurer en Angleterre une monarchie absolue comme en France, avec en prime le catholicisme!

En 1688, le roi a un fils, ce qui l'encourage dans ses projets et inquiète d'autant plus ses sujets.

Ces derniers font alors appel au stathouder (ou gouverneur) de Hollande, Guillaume III de Nassau-Orange.

Ce fervent protestant est le petit-fils de Charles 1er et l'époux de Mary, fille aînée de Jacques II. Il ne se fait pas prier pour débarquer en Angleterre avec une armée. Jacques II, abandonné, s'enfuit auprès de Louis XIV.

Guillaume et Mary sont élevés de concert à la royauté par le Parlement. Le 13 février 1689, le nouveau roi, Guillaume III, accorde aux parlementaires le Bill of Rights (en français, Déclaration des Droits).

Ce texte marque la naissance de la démocratie moderne car il limite sévèrement le pouvoir du roi et donne aux représentants élus des Communes un droit de regard sur les nouvelles lois et le gouvernement du pays.

C'est ainsi que les Anglais ont fait, sans effusion de sang, une «heureuse et glorieuse révolution» selon leurs propres termes.

L'élévation à la royauté de Guillaume III d'Orange inaugure une nouvelle période de frictions et de guerres avec la France. Elle ne se terminera qu'avec la défaite de Napoléon 1er en 1815 et son exil sur l'île de Sainte-Hélène !

Révolution industrielle en Angleterre

L'Angleterre, devenue une grande puissance maritime par la volonté d'Elizabeth 1ère et du dictateur Oliver Cromwell, évince la France de presque toutes ses colonies d'outre-mer.

L'Angleterre vit par ailleurs une grande révolution industrielle. Dès le XVIIe siècles, les propriétaires fonciers, les riches landlords, chassent les paysans de leurs terres et clôturent celles-ci pour élever à grande échelle des moutons.

Ces «enclosures» (en français, clôtures) assurent aux propriétaires de très gros revenus qu'ils réinvestissent dans l'industrie, notamment dans l'industrie de la laine et du tissage.

D'un autre côté, les paysans chassés des terres rejoignent les faubourgs des nouvelles villes industrielles et réduits à la misère, se louent pour une bouchée de pain dans les usines qui se montent un peu partout.

Grâce à leur suprématie maritime, les Anglais font venir du coton des Indes ou d'Amérique pour fabriquer leurs tissus. Ils expédient et vendent ceux-ci dans le monde entier.

À la fin du XVIIIe siècle, vers 1769, l'invention de la machine à vapeur par James Watt donne un coup de fouet à l'industriel naissante. Les machines à vapeur remplacent avantageusement les moulins à vent ou à eau pour actionner les bielles et les pistons dans les usines.

Mais ces machines ont besoin de combustible pour fonctionner. Le bois ne suffit pas aux besoins. Les Anglais se mettent à exploiter les gisements de charbon dont est doté leur pays.

Cette révolution industrielle s'accompagne d'un développement du capitalisme et des sociétés par actions. La Bourse de Londres devient le haut lieu de la finance mondiale.

L'Angleterre exporte ses Révolutions

En 1776, un sage théoricien écossais, Adam Smith, publie un livre à succès où il décrit les nouvelles règles de l'économie, fondées sur la liberté des échanges: Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations.

La même année éclate un coup de tonnerre de l'autre côté de l'Atlantique. Le 4 juillet 1776, des colons d'origine anglaise proclament unilatéralement l'indépendance des Treize colonies anglaises.

Dans le prolongement des principes mis en oeuvre près d'un siècle plus tôt à Londres, ils revendiquent le droit de gérer eux-mêmes leurs affaires.

Les Français, enthousiastes ou intéressés, sautent sur l'occasion pour affaiblir l'Angleterre. Le roi Louis XVI soutient les insurgés américains jusqu'à ce que Londres reconnaisse leur indépendance effective, par le traité de Versailles de 1783.

Ainsi naissent les États-Unis d'Amérique. La jeune république est la fille de la Glorieuse Révolution anglaise de 1689.

Celle-ci a aussi de lointaines répercussions en France où les hommes de lettres, qui se qualifient de «philosophes», se laissent séduire par la pensée anglaise, dans les domaines politiques et économiques.

Chacun à leur manière, Montesquieu, Diderot, d'Alembert, Voltaire et Rousseau critiquent la monarchie absolue de droit divin mise en place par Richelieu 150 ans plus tôt.

L'entourage du roi se montre lui-même ouvert aux idées nouvelle de démocratie et de progrès.

C'est le cas de Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, qui protège les auteurs de L'Encyclopédie, un grand ouvrage qui critique l'absolutisme, l'arbitraire et une certaine intolérance du clergé catholique.

À la veille de la Révolution, le très noble duc Philippe d'Orléans en vient à financer lui-même les écrivains qui critiquent son cousin, le roi Louis XVI! Il en sera mal récompensé par les révolutionnaires car ceux-ci le feront plus tard guillotiner.

Pour aller plus loin

Réjouissez-vous avec les Anglais qui se sont engagés dans la voie de la démocratie sans verser une goutte de sang [récit]

Suivez l'Affaire Calas et le combat de Voltaire contre l'injustice [récit]

Assistez à la proclamation de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis [récit]

Assistez à la proclamation de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et du Citoyen [récit]

Des outils pour comprendre
- Mesurer le temps :

Voici les textes principaux qui jalonnent la marche de l'Europe vers la démocratie:

- 1215 : la Grande Charte,

- 1679 : Habeas Corpus,

- 1689 : Déclaration des Droits (Bill of Rights),

- 1748 : L'Esprit des Lois (Montesquieu),

- 1776 : Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

- 1776 : Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations (Adam Smith),

- 1789 : Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen

- Lectures :

- Lisez la très belle Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen [lecture]

- ... et la non moins intéressante Déclaration d'Indépendance des États-Unis d'Amérique (en français) [lecture]

Vérifier les connaissances

- Que signifie Habeas Corpus ? [réponse]

- Quelle est la première Constitution écrite de l'Histoire ? [réponse]

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-05-02 16:15:02

 
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