Marie Stuart reine d'Écosse - Deux reines crèvent l'écran - Herodote.net

Marie Stuart reine d'Écosse

Deux reines crèvent l'écran

26 février 2019 : l’histoire de Marie Stuart, reine d’Écosse à six jours, reine de France à seize ans et prétendante à la couronne d’Angleterre, se prêtait bien au grand écran.
Josie Rourke en a ainsi tiré un film à grand spectacle en s'inspirant du livre de l’historien britannique John Guy. Mais pourquoi a-t-il fallu qu'elle prenne tant de libertés par rapport à la réalité historique ?…

Un plongeon dans l'Écosse du XVIe siècle

Marie Stuart, Reine d'Ecosse de Josie Rourke (2019)Tourné en Écosse et en Angleterre, le film de Josie Rourke se déroule en extérieur dans des paysages impressionnants, nous faisant voyager sur les plateaux et la mer écossaise.

Les scènes dans le château de Holyrood ainsi que celles dans la cour de Marie Stuart ou d’Élisabeth sont tournées dans des châteaux et des églises anglaises ou écossaises qui ne manquent pas de grandeur.

Marie Stuart, Reine d'Ecosse de Josie Rourke (2019)Les costumes sont aussi très réussis, montrant Marie Stuart dans ses vêtements colorés, entourée de ses dames de compagnie françaises, ainsi que du chanteur et joueur de guitare italien David Rizzio. Les hommes qui l’entourent? comme son demi-frère protestant James et le prêtre John Knox? sont très réalistes. Le spectateur est donc plongé avec succès au XVIe.

Son second mari (après le roi de France François II mort en décembre 1560) Lord Darnley est toutefois incarné de manière parfois excessive, avec une insistance exagérée sur son penchant pour l'alcool. La relation entre les deux femmes qu’étaient Marie Stuart et Elisabeth Ière est grandement simplifiée, avec une reine d’Angleterre réduite à la jalousie envers sa cousine.

Marie Stuart, Reine d'Ecosse de Josie Rourke (2019)

Des fausses notes historiques

Mais surtout, face à la vérité historique telle qu’on la connaît, la fiction a souvent été privilégiée. Ainsi, l’accent écossais de Marie Stuart fait oublier son éducation catholique en France, où elle a grandi à partir de ses cinq ans et d’où elle avait rapporté son accent français ! De même, la relation homosexuelle entre son second mari Lord Darnley et l’italien David Rizzio n’est attestée par aucune source historique. Les détails un peu fantaisistes du scénario se multiplient ainsi...

Plus important, il y a la rencontre mise en scène entre Marie Stuart reine d’Écosse et sa cousine Élisabeth Ière reine d’Angleterre. En effet, une telle rencontre n’a jamais eu lieu, même si Josie Rourke n’est pas la première à l’imaginer ! Si les deux reines se sont écrit beaucoup de lettres, elles n’étaient pas aussi proches que le film le laisse penser. Surtout, elles ne se sont jamais rencontrées, malgré les demandes de Marie Stuart lorsqu’elle s’est réfugiée en Angleterre.

Le film induit ainsi le spectateur en erreur et privilégie parfois l’aspect privé de la vie de cour, aux confrontations entre catholiques et protestants, ou entre Anglais et Écossais. La reine d’Angleterre semble souvent plus s’interroger sur sa féminité, refusant de se marier et d’avoir des héritiers pour le trône, que sur les affaires de son royaume.

Marie Stuart, Reine d'Ecosse de Josie Rourke (2019)Enfin, le film, comme toute fiction, profite des incertitudes et des débats historiques pour proposer un scénario qui, parfois sans être inexact, reste controversé. C’est le cas par exemple pour le rôle que Marie Stuart aurait joué, ou pas, dans l’assassinat de Lord Darnley (le film la montre innocente), ou bien encore la position de Lord Darnley dans le complot contre David Rizzio. Si l’on sait qu’il a bien participé, son degré d’implication n’est pas aussi clair que le montre le scénario. Le dernier mariage de Marie Stuart avec Lord Bothwell est aussi grandement simplifié puisque le spectateur a l’impression qu’il se conclue très rapidement après la mort de Lord Darnley, alors qu’il a pris en réalité plusieurs mois.

Si le film éblouit donc par ses décors et ses costumes, il induit le spectateur en erreur en renonçant au récit des historiens, pour le simplifier et parfois même le contredire. Mais après tout, est-ce si grave ? L'important est d'avoir près de deux bonnes heures de spectacle et la faculté, ensuite, de réévaluer l'histoire sur Herodote.net !

Soline Schweisguth
Publié ou mis à jour le : 2019-02-26 12:56:48

 
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