15 février 2008 - Les journalistes et le Président - Herodote.net

15 février 2008

Les journalistes et le Président

La presse est en ce début d'année intarissable sur les faits et gestes du président Nicolas Sarkozy : voyages de luxe au frais de milliardaires, du roi de Jordanie ou de l'émir d'Abou Dhabi, divorce et remariage, intervention d'un fils du président dans l'imbroglio électoral de Neuilly-sur-Seine, révélation sur internet d'un SMS présidentiel à caractère très intime etc.

La République est coutumière de conflits violents entre la presse et le chef de l'exécutif, autour d'affaires relevant du domaine privé.

Tradition républicaine

Cela commence avec le leader socialiste Léon Blum. Cet intellectuel de culture juive a été littéralement traîné dans la boue pendant toute sa carrière politique et surtout après la victoire du Front Populaire, en mai 1936, qui a vu son accession à la présidence du Conseil («Blum, le bruit que font 12 balles dans la peau d'un traître»). Ainsi les journaux de l'opposition l'ont-ils accusé de manger dans de la vaisselle en or ou encore d'être à la solde de l'internationale juive...

Le président Georges Pompidou a été protégé des attaques directes par son parcours personnel, typique de l'élitisme républicain et analogue à celui d'Édouard Herriot. Il est arrivé que François Mitterrand rappelle son passage à la banque Rothschild, mais c'était pour souligner que de Gaulle, en nommant un non-élu à Matignon, «allait chercher un Premier ministre dans une banque». L'époque post-68 était violente sur le plan idéologique avec les attaques des gauchistes et des communistes contre le «grand capital» et la droite au pouvoir, mais cela n'entraînait pas d'attaques personnelles marquantes. Georges Pompidou a seulement eu à souffrir de l'affaire Markovic, une calomnie montée par des rivaux de son propre camp.

Valéry Giscard d'Estaing a davantage donné prise aux attaques personnelles du fait de son origine sociale et de son arrogance intellectuelle. Il avait promis à son arrivée à l'Élysée qu'il ne poursuivrait pas les journaux comme ses prédécesseurs puis s'y était résolu après qu'un organe satirique eut publié à la Une un montage représentant sa femme nue sur les genoux d'un émir arabe. Le Canard Enchaîné était déchaîné contre «Sa Suffisance», Le Monde à peine moins ! Le traitement de l'affaire des diamants offerts par le président centrafricain Bokassa a été par ailleurs amplement exagéré.

François Mitterrand n'a pas échappé à son tour à de vives attaques, plus ou moins justifiées, du procès en illégitimité intenté par la presse d'opposition à son passé trouble sous l'Occupation et pendant la guerre d'Algérie. Enfin, il n'est pas inutile de rappeler que la carrière de Laurent Fabius a été brisée par l'affaire du sang contaminé, bien que des personnalités intellectuellement honnêtes comme Raymond Barre, qui en a témoigné en Haute Cour, et Philippe Séguin ont reconnu qu'il n'avait strictement rien à se reprocher !

Michel Psellos
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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