Mensuel, N° 132, Octobre 2012, 5,95€

L'histoire de la machine se confond avec l'Histoire tout court. C'est l'un des enseignements de ces Cahiers de Science & Vie consacrés à L'homme et la machine, 4000 ans d'inventions. Attractif et richement documenté, le magazine plaira tant aux amateurs d'histoire qu'aux férus de sciences et de techniques.
Si l'outil ne fait pas l'homme, comme le pensait le préhistorien André Leroi-Gourhan, la machine, elle, est consubstantielle à son Histoire. Il faut faire la différence en premier lieu entre l'outil primaire (un bâton brandi face à l'adversaire) et un outil secondaire (une pierre taillée, un arc ou un propulseur), qui résulte d'un travail de transformation de la matière. Les premiers outils secondaires (galets aménagés) remontent à 2,7 millions d'années ; les premiers outils composites à environ 50.000 BP (pierre taillée avec emmanchement).
Dans une interview aux Cahiers de Science & Vie, l'historien des techniques Bruno Jacomy, conservateur au musée des Confluences de Lyon, souligne la portée de ce premier saut technologique que fut l'invention du manche comme prolongement du bras. Il note aussi la concomitance, au IVe millénaire av. J.-C., en Mésopotamie, de l'invention de l'écriture et de la roue, employée comme moyen de transport (la roue de potier est plus ancienne). Depuis lors, «le rythme du progrès est une succession de marches d'escalier et de plans inclinés».
«Avec la Chine, la Mésopotamie fait partie des sociétés technologiquement les plus dynamiques quasiment jusqu'au premier millénaire avant notre ère, jusqu'à ce que les Grecs développent leur ingénierie spécifique», note Pascal Butterlin, professeur d'archéologie expérimentale à la Sorbonne. Qu'on en juge : ses habitants mettent au point l'agriculture , l'écriture, la céramique, les premiers objets en métal, le tour de potier, l'araire à semoir, la roue à rayons, la production textile... À la fin du IIIe millénaire av. J.-C., les tablettes d'argile font référence à des manufactures employant jusqu'à 6000 femmes et, à la même époque, la Mésopotamie possède un cheptel de plusieurs dizaines de millions de moutons, estime l'historien Pascal Butterlin.
Le magazine évoque ensuite les apports de l'Égypte, de la Grèce et de Rome à la science. Il souligne les contributions très importantes et moins connues des Chinois, des Indiens et également des Arabes. Mais sans doute la révolution la plus décisive après celle de Sumer et de la Mésopotamie concerne-t-elle la chrétienté médiévale. Portée par l'expansion démographique qui voit sa population passer de 22 millions à 55 millions d'habitants ente l'An Mil et le XIVe siècle, l'Europe exploite intensivement les deux principales sources d'énergie à sa disposition : l'eau et le vent.
À la Renaissance apparaisse un homme nouveau, l'ingénieur. Il sera suivi par le savant, au XVIIe siècle. Nous entrons alors dans le monde déroutant qui est le nôtre. L'aventure se poursuit avec la science-fiction qui n'est jamais que la réalité de demain...
Dans la clairière de Guédelon, dans l'Yonne, au sud-est de Paris, artisans et archéologues s'appliquent depuis 1997 à construire selon les techniques médiévales un château fort et tout son environnement, notamment un moulin à eau. Un pari presque insurmontable quand on doit reconstituer ces techniques et savoir-faire à partir de vestiges muets (par exemple 200 morceaux résiduels d'un vieux moulin).
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