1er mars 487

Le vase de Soissons

Né à Riom, en Auvergne, vers 539, Grégoire est élu évêque par le peuple de Tours, à l'occasion d'un pèlerinage sur le tombeau de saint Martin. On est au temps où les petits-fils de Clovis se disputent le Royaume des Francs.

Saint Grégoire de Tours écrit dans le latin appauvri de l'époque une volumineuse Histoire de l'Église, centrée en fait sur la Gaule mérovingienne et pour cela plus connue sous le nom d'Histoire des Francs. L'épisode le plus connu est celui ci-dessous du vase de Soissons.

En ce temps-là, Clovis était encore païen et beaucoup d'églises furent pillées par son armée. Dans l'une d'elles les soldats s'étaient emparés, avec tout le matériel du culte, d'un vase que ses dimensions et sa beauté rendaient particulièrement remarquable. L'évêque de l'église spoliée [l'évêque n'est pas nommé par Grégoire mais sera plus tard identifié avec saint Rémi ou Remi] en fait demander la restitution, à défaut du reste. «Suis-nous jusqu'à Soissons», répond Clovis à l'envoyé, «car c'est là que le butin sera partagé. Quand le vase me sera échu, je donnerai satisfaction à l'évêque».

Une fois à Soissons [première capitale de Clovis], devant tout le butin rassemblé : «Très vaillants combattants », dit-il, «je vous demande de me céder, en plus de ma part, le vase que je vous désigne». Les hommes de bon sens lui répondent : «tout ce que nous voyons est à toi, glorieux roi, et nous sommes nous-mêmes soumis à ton autorité. Agis maintenant comme il te plaira, personne ne peut te résister». Ils avaient ainsi parlé quand un soldat inconsidéré, envieux et impulsif, frappa le vase de sa hache en criant : «Tu ne recevras que ce que le sort te donnera vraiment» [le soldat réclame l'application de la règle habituelle du partage par tirage au sort]. Au milieu de la stupéfaction générale provoquée par ce geste, le roi dévora patiemment l'affront, se fit donner le vase et le remit à l'envoyé en gardant sa blessure cachée au fond du coeur.

L'année finie, il convoqua l'armée au champ de Mars pour que chacun y fit constater le bon état de ses armes. Circulant dans les rangs, il arrive devant celui qui avait frappé le vase : «Personne n'a apporté d'armes aussi mal tenues que les tiennes», lui dit-il ; «ni ton javelot, ni ton épée, ni ta hache ne valent rien». Et ayant saisi la hache de l'homme, il la jeta par terre. Tandis que celui-ci se baissait pour la ramasser, le roi, ayant levé sa propre hache, la lui planta dans la tête en disant : «Ainsi as-tu traité le vase de Soissons». Mort s'en étant suivie, il ordonna aux autres de se retirer, non sans leur avoir inspiré une grande crainte.

Grégoire de Tours, Histoire des Francs (traduction G. Tessier, Le baptême de Clovis, Paris, Gallimard, page 52).

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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