Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

Le poète à la « tête étoilée »

Changer les mots en étoiles : voilà l'ambition de ce poète sorti de nulle part, français par hasard, combattant par conviction, amoureux toujours. Figure majeure du Paris de l'avant-guerre, il sut accompagner par ses vers le bouillonnement d'une époque en quête de cette modernité qu'il incarne toujours en littérature.

Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis, 1908 et 1909, Paris, Centre Pompidou. De gauche à droite, Picasso, Marie-Laurencin, Apollinaire et Fernande Olivier.

Le fils de l'indomptable

Né le 25 août 1880 à Rome, Apollinaire se nomme en fait Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare Kostrowitzky. Un joli mélange qui tient à la fois de la Pologne par sa mère Angelina et de l'Italie où son grand-père prénommé Apollinaire s'installe en 1866.

Portrait de la mère d'Apollinaire, Madame de Kostrowitzky, s. d. En agrandissement, Guillaume Apollinaire en premier communiant, 1891, Paris, Bibliothèque littéraire Jacques Doucet.Quant à son père, on le cherche toujours... Sa mère, une femme instable qu'il qualifiera d'« indomptable », parvient à offrir à ses deux fils des études solides dans un bon collège de Monaco. Mais malgré les prix d'excellence, en 1897, Guillaume échoue au bac.

La famille erre alors de casino en casino avant de s'installer à Paris. En 1901, pour fuir la misère, le jeune homme part en Allemagne comme précepteur. Il y écrit des vers pleins d'amour pour une jeune gouvernante anglaise. Il sera écrivain !

Revenu à Montmartre au milieu des peintres, aux côtés de Picasso, Apollinaire se sent enfin chez lui. Mais « le mal aimé » doute de son talent jusqu'à sa rencontre en 1907 avec le peintre Marie Laurencin. Il va dès lors multiplier les activités littéraires jusqu'à louper de peu le prix Goncourt de 1910 avec les contes de L'Hérésiarque & Cie.

« La Chanson du mal-aimé »

Publié dans Alcools (1913), ce poème chante l'amour malheureux d'Apollinaire pour Annie qui, par deux fois, a refusé de quitter Londres pour le suivre...

Guillaume Apollinaire au café de Flore, 1914, I.M.L., collection particulière, éd. Larousse. En agrandissement, Portrait d'Apollinaire par Pablo Picasso. Frontispice de la 1ère édition d’Alcools, Mercure de France, 1913, Paris, musée Picasso.« Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu'il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte [...]

Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir

Adieu faux amour confondu
Avec la femme qui s'éloigne
Avec celle que j'ai perdue
L'année dernière en Allemagne
Et que je ne reverrai plus »
[...]

Au voleur !

Auteur, éditeur, journaliste reconnu, Apollinaire est désormais sûr d'avoir un rôle à jouer dans la vie littéraire de son époque. En août 1911 un fait divers vient fragiliser ses rêves : on a volé La Joconde !

Le 7 septembre, accusé de complicité de vol parce qu'il connaît l'escroc impliqué, le poète est conduit à la prison de la Santé où il restera moins d'une semaine, mais cette expérience le marquera durablement.

Délaissé par Marie Laurencin, il cherche à tourner la page en s'installant dans le quartier Saint-Germain où toutes les avant-gardes artistiques viennent le consulter. En avril 1913, il fait paraître le recueil Alcools, de drôles de poèmes dont il a supprimé toute ponctuation.

« Du temps qu'il était artiflot à la guerre »

La déclaration de guerre de 1914 l'a trouvé prêt à s'engager pour défendre son pays d'adoption.

Débouté parce qu'étranger, il part à Nice où il croise la pétillante comtesse Louise de Coligny-Châtillon. Lou devient sa muse, celle à qui il va écrire quotidiennement depuis le front des lettres et poèmes où se mêlent passion et mort.

En 1916 elle cède sa place à Madeleine avec laquelle il se fiance. Le voici au sein de l'infanterie, sous les « obus couleur de lune » jusqu'à ce que, le 17 mars, quelques jours après sa naturalisation, il soit touché à la tempe par un éclat.

Guillaume Apollinaire et sa femme Jacqueline Kolb sur la terrasse du « pigeonnier », s. d., Archives Larbo.

« Si je mourais là-bas... »

Dans ce poème, à la fois lettre et testament, tiré des Poèmes à Lou (1947), l'écrivain demande à sa bien-aimée de faire vivre son souvenir par-delà sa mort prochaine...

Pablo Picasso, Portrait de Guillaume Apollinaire à la tête bandée, 1916, Paris, musée Picasso. En agrandissement, photographie de Guillaume Apollinaire blessé à la tempe, 1916, collection René-Jacques, Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine.« Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur [...]

Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
— Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie »

Le « Poète assassiné »

Pour Apollinaire, c'est le retour à Paris avec une nouvelle compagne, Amélia « Ruby » Kolb. Dès juin 1917 il fait représenter sa pièce Les Mamelles de Tirésias, une fantaisie inclassable avant de publier un an plus tard le recueil Calligrammes qui tient autant du dessin que de la poésie.

Serge Férart, dessin pour la couverture des Mamelles de Tirésias, 1918, BHVP. En agrandissement, Calligrammes, maquette du volume imprimé, 1917, Paris, Bibliothèque littéraire Jacques Doucet.Apollinaire croule sous les projets mais en novembre 1918 son organisme fatigué est frappé de plein fouet par la grippe espagnole. « Sauvez-moi ! J'ai encore tant de choses à dire ! » aurait-il crié à son médecin, impuissant. Il succombe le 9 novembre, à 38 ans.

Poète majeur du XXe siècle, Apollinaire n'a jamais voulu construire son originalité en se coupant des courants qui l'ont précédé. Il est avant tout un poète de la liberté : liberté de supprimer la ponctuation, liberté de jouer avec les juxtapositions inattendues, liberté de transformer ses textes en dessins. Mais il reste un homme de son temps qui, comme son prédécesseur Baudelaire, a chanté son époque à travers des allusions à la modernité.

Apollinaire, c'est aussi celui qui ne cessa de se confier au travers de ses vers, partageant avec les lecteurs ses désespoirs d'amoureux, de prisonnier ou de combattant. Sans cesse en recherche, « le mal-aimé » aura durablement marqué de son empreinte à la fois fantaisiste et sombre l'histoire de la poésie.


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Grands écrivains
Publié ou mis à jour le : 2021-04-25 16:27:56

 
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