La dernière guerre de Vendée

Le légitimisme en Vendée, 1830-1840

Laurent Morival22 septembre 2020 : le légitimisme vendéen cherchant à restaurer la monarchie est souvent réduit à l’épopée de la duchesse de Berry de 1832. Cherchant à se faire proclamer régente pour son fils, proclamé « Henri V », elle rentra en France après s’être exilée quelques années. En Vendée, elle pensait trouver un terreau fertile pour son retour, mais son épopée fut un échec.

Cherchant à aller au-delà de cette épopée de nobles et à retrouver les paysans qui participaient au mouvement légitimiste, Laurent Morival a rassemblé dans sa thèse les signes d’un « légitimisme populaire ». Grâce aux petits actes d’insoumission de ces chouans, il nous montre l’histoire d’une Vendée populaire dont la mémoire reste encore vive aujourd’hui.

Dans votre thèse et votre livre, vous décidez de ne pas vous intéresser seulement à l'épopée de la duchesse de Berry et à un légitimisme purement militaire et nobiliaire pour retrouver ce que vous appelez un "légitimisme populaire". Qu'est-ce que cette nouvelle approche nous apporte ?

Tout d’abord, cela permet de montrer que 1832 n’a pas été qu’un feu de paille. Il y a une histoire de la légitimité avant et après 1832, qui se poursuit malgré la répression, la fin de l’état de siège et le semblant de pacification à la fin de la décennie. Deuxièmement, cela montre que l'événement n’a pas été un épisode mineur dans l’histoire de France : il a eu des répercussions nationales et internationales. On retrouve par exemple des Vendéens sur les différents terrains de combats pour la légitimité, au Portugal, en Espagne.

Enfin, parler de “légitimisme populaire” permet de redonner la parole au peuple et de retrouver l’idée du politique que se font les ruraux. Comme le régime est censitaire, ils ne peuvent pas voter. Ils expriment alors leurs opinions, leur mécontentement et leurs griefs à travers des actions de la “chouannerie “ ou des actions séditieuses tels que des cris dans les cabarets ou dans la rue, comme “Vive Henri V !”.

Pour la noblesse et le clergé, on trouve facilement les racines de la légitimité dans les combats passés, même si le clergé est officiellement rallié au régime depuis 1830. Pour les ruraux, il faut aller chercher dans ces moyens d’expression et ces délits, ces crimes qui sont leurs moyens d’expression politique.

Cette “chouannerie” populaire a dû faire face à une répression active de l'Etat et à un climat de peur. Quels en ont été les formes et les impacts ?

Les paysans, qui se sont engagés dans la chouannerie pour diverses raisons (restaurer la monarchie, échapper à la conscription ou simplement être des brigands), font face à trois grandes formes de répression. Il y a d’abord la répression militaire. Dès 1830, il y a une augmentation des troupes présentes en Vendée ; elles fouillent les forêts et les maisons, et viennent vivre chez les habitants, à leurs frais. Cela dure jusqu’à la fin de l’état de siège en juin 1833.

Ensuite, il y a la répression administrative, avec la figure du préfet qui prend toute son importance après la fin de l’état de siège. Enfin, s’ajoute la répression judiciaire, dans les trois tribunaux correctionnels de Vendée, notamment à La Roche-sur-Yon et aux Sables-d’Olonne. Les chouans risquent des peines lourdes (l’emprisonnement ou le bagne), même pour de simples cris, mais aucune peine capitale n’est appliquée.

Le climat de peur dure jusqu’en 1836. Ensuite, la noblesse qui encadrait le mouvement est quasiment absente, certains se sont exilés, et les crimes et délits deviennent de plus en plus rares et parce que les autorités répriment moins. Progressivement, une forme de réconciliation se met en place, notamment grâce à des amnisties.

Les dix années que vous décrivez (1830-1840) s'inscrivent dans une histoire plus longue. Quel a été l'héritage de 1793 ?

En 1830, l’histoire de la Vendée, et notamment 1793, est toujours présente dans les esprits des autorités comme dans les peurs des populations. Il y a eu une épuration des maires, et une augmentation de la troupe. L’organisation militaire des légitimistes s’est calquée sur les précédentes guerres de Vendée avec des grades, des chefs de guerre mais aussi des rivalités internes. 1832 n’a pas été un “feu de paille”. La tentative de soulèvement de la duchesse de Berry révèle l’incompréhension des enjeux d’une région toujours prisonnière de son passé. La mémoire de 1793 et des combats passés ont été entretenus.

1832 marque les esprits et va contribuer à façonner l’opinion jusqu’à l’épreuve de la première guerre mondiale, où la Vendée se réunit à la France.

Propos recueillis par Soline Schweisguth
L'auteur : Laurent Morival

Laurent Morival a soutenu sa thèse “Le légitimisme en Vendée (1830-1840): actions, organisations, répressions” en 2000 à Nantes sous la direction de Jean-Clément Martin. Elle est désormais publiée sous le titre La dernière de Vendée, La duchesse de Berry et les légitimistes, 1830-1840 chez La Geste.

Laurent Morival est docteur en histoire contemporaine de l’Université de Nantes, enseignant dans le secondaire et membre associé de l’UMR TEMOS (Temps, Mondes, Sociétés), CNRS, Universités d’Angers, Bretagne Sud, Le Mans.

Publié ou mis à jour le : 2020-10-02 13:26:13

 
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