Élie de Cortone - Le bâtisseur ignoré de l'ordre franciscain - Herodote.net

Élie de Cortone

Le bâtisseur ignoré de l'ordre franciscain

Élie de Cortone

L’ordre franciscain fut fondé et inspiré par l’esprit d’humilité, de charité, d’amour universel de saint François d’Assise (Assise 1181- Assise 1226), canonisé dès 1228 par le pape Grégoire IX ; mais son édification, son organisation interne autour d’une règle stricte et son rayonnement par-delà les frontières furent l’œuvre de son compagnon dès l’origine, Élie de Cortone (Assise 1180 - Cortone 1253).

Le destin surprenant et tragique de ce personnage controversé explique sa réputation sulfureuse et les critiques dont il fut l’objet dans les biographies traditionnelles de l’ordre franciscain, qui finirent par le passer sous silence. 

Anne-Marie Baron
Frère Élie vers la réhabilitation ?

Frère Élie est en bonne voie d'être réhabilité. En 2016, Renaud Fely et Arnaud Louvet lui ont consacré un film intéressant :  L'Ami, François d'Assise et ses frères, avec Jérémie Renier dans le rôle d'Élie et Elio Germano dans celui de François. Et en 2018, les éditions Salvator ont édité en français la biographie de Salvatore Attal, dit Soter : Frère Élie, compagnon de François d’Assise.

L'Ami, François d'Assise et ses frères (film de Renaud Fély et Arnaud Louvet)

L’organisateur au secours du saint

Ami d'adolescence de François, sérieux et intelligent, Frère Élie l'a accompagné jusqu'à sa mort de son amitié et de son dévouement et leurs caractères si différents se sont admirablement complétés. François admirait en Élie, selon Renan (François d'Assise, in Nouvelles études religieuses, 1884), les qualités qui lui faisaient défaut.

Car François se consacrait à une vie pauvre et méditative, entouré de compagnons de route vivant de la charité publique, mais quand ces fidèles se sont multipliés de la douzaine du début à cinq ou dix mille, il fut prié par le cardinal Hugolin, futur Pape Grégoire IX, de créer un ordre pour canaliser cette force « errante ». Élie, énergique et doué d'un réel talent d'organisateur, l'en a convaincu et l'y a beaucoup aidé.

Nommé par François vicaire de l’ordre de 1221 à 1227, puis ministre général de 1232 à 1239, après la mort du saint, il a malheureusement été accusé de trahir par ses initiatives l’idéal de spiritualité, de pauvreté et d’errance de François.

Du coup il s'est trouvé en conflit non seulement avec ses frères coalisés contre lui, mais aussi avec le pape, qui, après l'avoir toujours soutenu, a fini par se laisser convaincre de l'excommunier comme il a excommunié l'empereur d'Allemagne, le fameux Frédéric II de Hohenstaufen, qui n'aurait pas été assez empressé pour accompagner la sixième croisade. De guerre lasse, Élie, ulcéré, se réfugiea en Sicile auprès de ce dernier, qui en était le roi.

Une réputation injustifiée

Cette exclusion de l’Église et ce conflit politique majeur expliquent l'oubli et le discrédit où est tombé Frère Élie, ses biographes anciens et modernes ne l’ayant pas ménagé. C’est pour réparer cette injustice que le philosophe et théologien Salvatore Attal (1877-1967), dit Soter, eut à cœur d’écrire sa biographie en 1936, six ans après celle qu’il avait consacrée à François d’Assise lui-même.

Voici, selon lui, les grands axes de l'action d'Élie de Cortone :

- Son souci majeur était d’établir et d’organiser la solidité de l’ordre franciscain et d’en assurer le développement pérenne dans l’espace et dans la durée, à travers les vicissitudes de l’histoire. Visionnaire, il entendit transformer le mouvement fragile des débuts en multinationale !

- Il eut l’ambition constante de diffuser le message de François d’Assise et de le faire rayonner dans les régions les plus éloignées du monde connu, dans toute l’Europe, en Terre sainte, en terre d’Islam, et dans les immenses États de l’Empereur Frédéric II d’Allemagne. Premier missionnaire en Orient, Élie y prépara l'arrivée de François, accueilli comme un saint par les sultans d'Égypte et du Maroc, dont il obtint un écrit impérial accordant à lui et à ses frères le droit d’aller partout dans les possessions sarrasines sans payer de tribut. Les communautés franciscaines sont depuis lors très présentes en Orient.

- Il  régla la question des liens administratifs et financiers entre les franciscains et la papauté, question particulièrement mal connue. Le problème était épineux car l'ordre, voué à la pauvreté, recevait beaucoup de dons mais ne pouvait posséder que l’usufruit de biens dont les papes auraient la propriété. Il établit son économie sur cette astucieuse fiction juridique dont la dimension politique est centrale : il s'agit pour la papauté de substituer l'ordre au désordre, la sédentarité du couvent au « vagabondage » à travers champs et villages, une subsistance assurée à la mendicité.

- Cet homme exceptionnel fut enfin un bâtisseur, créateur d’une foule de couvents et surtout des deux églises d’Assise, célèbres pour leur architecture et pour les fresques des plus grands peintres de l’époque, Pisanello, Cimabue et surtout Giotto, qui donnèrent une incarnation, une visibilité à la sublime inspiration de François, le père séraphique.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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