Le Vent de la liberté - Une montgolfière pour fuir à l'Ouest - Herodote.net

Le Vent de la liberté

Une montgolfière pour fuir à l'Ouest

Traverser des rivières à la nage, creuser des tunnels ou se cacher dans des coffres de voiture, les Allemands ont usé de différentes méthodes pour fuir à l’Ouest pendant la Guerre froide. Mais fabriquer une montgolfière, c’est du jamais vu ! Un film de l'Allemand Michael Bully Herbig porte avec brio cette aventure rocambolesque à l'écran. Au cinéma le 10 avril 2019...

Charlotte Chaulin

Affiche du film Le Vent de la liberté de Michael Bully HerbigLe film Le Vent de la liberté (« Ballon » en langue originale) a été récompensé du prix du public au Festival International du film d'Histoire de Pessac en 2018. Très connue en Allemagne, son histoire incroyable mais vraie parvient enfin à nos oreilles (et surtout à nos yeux !). 

Durant la guerre froide, les habitants de la RDA (République Démocratique Allemande ou Allemagne de l’Est), sous occupation soviétique, rêvent d’une vie meilleure de l'autre côté... Chez eux, la liberté n'est qu'une utopie mais à l'Ouest, elle semble une réalité. Dès l’établissement de la frontière interallemande le 1er juillet 1945, et malgré la construction du Mur en 1961, les tentatives d'évasion se multiplient, qu'elles se soldent pas un échec ou une réussite. Celle que prend pour sujet le film est certainement la plus spectaculaire et, en ce sens, la plus audacieuse.

Dans les années 1970, deux couples est-allemands franchissent donc ce cap car il n'est plus envisageable pour eux de vivre en RDA. Peter et Doris Strelzyk détestent le régime communiste ; lui, car il ne supporte plus l'absence de liberté d'expression, elle, car son frère lui a été enlevé et jeté en prison sous ses yeux. Günter et Petra Wetzel ont aussi leurs raisons. Le mari n'a pas eu le droit de faire les études dont il rêvait et sa femme a interdiction de se rendre à l'Ouest, même pour visiter sa mère gravement malade.

Ce sentiment d'oppression est bien retranscrit par le réalisateur qui réussit à éveiller chez le spectateur un sentiment de compassion pour les futurs fugitifs. Seul hic, le contexte de la RDA à la fin des années 1970 est un peu survolé. En même temps, il reste en toile de fond car les caméras, à défaut de nous promener dans les villes est-allemandes, nous font suivre de très près le quotidien des deux familles. Nous partageons l'aventure avec eux.

1978. Les deux couples d'amis et leurs enfants habitent Pössneck, une ville de Thuringe, au sud de la RDA. La sœur de Petra Wetzel, qui vit à l’ouest, rend visite à la famille. Gunter Wetzel, le mari de Petra, feuillette un journal qu’elle a apporté. Il s’arrête un long moment sur un reportage consacré à un festival international de montgolfières à Albuquerque, aux États-Unis. De là lui vient une idée folle : tiens, tiens… pourquoi ne pas survoler le Mur ?

Construire un ballon en toute discrétion

Il en fait part à son ami Peter Strelzyk pour qui « une montgolfière, ce n’est pas compliqué à fabriquer. Il suffit d’avoir de bonnes notions de physique et de mathématiques. ». Pendant de longs mois, les deux familles s’organisent et sillonnent la RDA pour se procurer le matériel en pièces détachées : bouteilles de gaz, brûleur, tissu. Le premier ballon artisanal qu’ils construisent est défectueux. Il faut recommencer. Le 3 juillet 1979, tout est prêt. Le décollage se passe bien mais à 1900 mètres d’altitude, le ciel se couvre et la toile se mouille au contact des nuages. Le ballon s’écrase en pleine forêt. De quel côté sont-ils ? Le fils Strelzyk ramasse quelque chose par terre. Il a trouvé un papier d’emballage… est-allemand ! C'est loupé. Ils regagnent leur voiture, frustrés mais pas découragés. Dans le sous-sol des Strelzyk, ils entreprennent sans plus attendre la construction d'un nouveau ballon.

Günter Wetzel en train de coudre du tissu pour le ballon

Mais leur plan n'est pas sans risque. D'autant qu'à la suite de leur première tentative, ratée, ils ont abandonné le ballon sur place. Et il y a plus discret qu'une montgolfière... La police politique est-allemande (Stasi), au courant de leur manigance mais pas de leur identité, les traque jour et nuit. Le spectateur est embarqué dans une course contre la montre palpitante quoiqu'altérée par une bande-son du film trop grandiloquente. En tout cas, rien n'est joué pour nos deux familles...

Il faut savoir qu'entre 1961 et 1989, 1 245 personnes ont perdu la vie en tentant de franchir la frontière inter-allemande. À Berlin, cette tentative a coûté la vie a 135 personnes (plus de 5 000 ont réussi). Le 135ème fait fortement écho à l'histoire du film. Winfried Freudenberg, âgé de 32 ans, a en effet tenté de s'évader à l'aide d'un... ballon gonflable ! Il est passé de l'autre côté mais s'est malheureusement écrasé et a été tué sur le coup. Quelques mois après, le 9 novembre 1989, le Mur tombait

Un argument de choc contre l'URSS

Affiche du film La Nuit de l'évasion de Delbert Mann produit par les studios Walt Disney (1982)

Bien avant Michael Bully Herbig, dans les années 1980, les studios Walt Disney ont voulu faire évoluer leur ligne éditoriale en s'adressant à un public adulte. Loin de Mickey et sa bande d'amis, ils se alors saisi de l'histoire de ces deux familles est-allemandes dans un contexte de guerre froide.

Réalisé par Delbert Mann et interprété notamment par John Hurt et Jane Alexandre (le couple Strelzyk), il est sorti sous le titre La Nuit de l'évasion. Ce fut l'un des rares films des studios Disney dans lequel apparaissait un parti pris politique, en donnant du régime communiste une vision très violente.

Le président Ronald Reagan ne manqua pas de s'en servir dans sa propagande contre le bloc soviétique.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-03 16:44:50

 
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