27 juin 2010 - L’Histoire en seconde : le pire a été évité - Herodote.net

27 juin 2010

L’Histoire en seconde : le pire a été évité

Les programmes définitifs de la classe de seconde (France) sont parus au Bulletin Officiel (29 avril 2010). Ils ont dans l'ensemble rassuré les enseignants par rapport à l'avant-projet qui leur avait été soumis... [Programmes officiels]

[Voir aussi notre éditorial : L'Histoire mise à mal]

Plusieurs idées contestables et difficiles à mettre en pratique, voire franchement absurdes, ont disparu de la version définitive des programmes. De plus, les enseignants sont plus libres de choisir les exemples et personnages qu'ils souhaitent étudier alors que la première version voulait encadrer ces choix, ce dont on ne voyait pas l'intérêt.

Mais pourquoi une telle hâte à rédiger ces programmes ? La conséquence immédiate en est que les manuels ne pourront pas être prêts à temps, ils arriveront au mieux pour la fin octobre 2010, ce qui impliquera de se débrouiller d'ici là avec des photocopies (toujours insuffisantes pour les cartes ou œuvres d'art), et empêchera de préparer les exercices sur documents durant les vacances.

Yves Chenal.
Quatre périodes et autant de thèmes

L'idée reste, comme dans le programme précédent, de balayer les quatre périodes à travers quelques thèmes. Cela exclut naturellement l'exhaustivité et crée le problème des trous dans la chronologie : certains élèves ne parviennent pas à situer ces chapitres, sur lesquels on est obligé de passer rapidement.

- XIXe siècle : la place des populations de l'Europe dans le peuplement de la Terre

Il faut dire que les concepteurs du programme n'ont rien fait pour éviter cet écueil puisqu'on commencera l'année par la place des populations de l'Europe dans le peuplement de la Terre (en 4h).

Les instructions de mise en œuvre précisent qu'il faudra mettre l'accent sur deux élément : «les populations de l'Europe dans les grandes phases de la croissance de la population mondiale et du peuplement de la Terre, de l'Antiquité au XIXe siècle», et «l'émigration d'Européens vers d'autres continents, au cours du XIXe siècle : une étude au choix d'une émigration de ce type».

Difficile de commencer plus mal une année : aux élèves intimidés, découvrant le lycée, on devra faire un balayage ultrarapide de l'histoire occidentale, en s'attardant sur le XIXe siècle (et pourquoi donc l'émigration d'Européens au XIXe est-elle importante au point de justifier ce traitement de faveur ?), avant de revenir ensuite à un ordre chronologique pour les thèmes suivants. On peut penser qu'il s'agit là d'une volonté de conserver des éléments de chronologie dans un programme thématique, mais le remède risque d'être pire que le mal et d'embrouiller les élèves plus qu'autre chose.

- Antiquité : citoyenneté à Athènes et Rome

Sur l'Antiquité, la nouveauté par rapport au programme précédent est le retour de l'époque romaine, puisqu'il faudra à la fois étudier «citoyenneté et démocratie à Athènes (Ve-IVe siècle av. J-C.)», ce qui correspond peu ou prou au programme actuel, et «citoyenneté et empire à Rome (Ier- IIIe siècle)».

Pour ce thème, on mettra l'accent sur la table claudienne qui reproduit un discours de l'empereur Claude offrant aux notables gaulois d'être élus au Sénat à Rome, et l'édit de Caracalla, qui étend en 212 la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'Empire.

La table claudienne, considérée comme l'un des documents les plus obscurs de l'époque romaine, risque de contrarier les efforts des enseignants pour mettre les élèves au contact de documents, même si Tacite reformule le discours de Claude de manière plus lisible.

Le problème majeur risque toutefois d'être de nouveau une question de temps, puisque pour traiter ces deux thèmes, on disposera de 7-8 h, ce qui est très peu : sachant qu'une heure dure 55 minutes, qu'on en perd au moins 5 le temps que les élèves s'installent, qu'il faudra prévoir un contrôle et se réserver du temps pour des annonces diverses.

- Moyen-Âge : la chrétienté médiévale

C'est à propos du troisième thème que le soulagement est général. Il faudra traiter «la chrétienté médiévale» puis, au choix, «sociétés et cultures rurales» ou «sociétés et culture urbaines».

L'avant-programme incluait «des sociétés organisées autour de la terre» (sic), ce qui était explicité par «Travailler la terre dans le cadre de la seigneurie : évolutions et permanences» et «Sociabilités, tensions et crises dans les communautés rurales», rappelant la grande époque du marxisme, sans lien avec la recherche actuelle.

La disparition du thème «la Méditerranée au XIIe siècle : au carrefour de trois civilisations» a suscité les protestations de divers historiens et associations, qui s'élevaient contre la disparition de l'islam (mais jamais, ou presque, de l'Empire byzantin, notons-le). À notre sens, cette disparition est au contraire une bonne chose car, en Histoire, il est absurde de vouloir traiter de la rencontre des civilisations si on ne connaît pas déjà celles-ci.

Notons que dans le traitement des cultures urbaines, il faudra faire une «étude de deux villes en Europe, choisies dans deux aires culturelles différentes», soit sans doute Paris et Cordoue. L'idée est intéressante et, comme l'histoire urbaine s'inscrit dans la longue durée, il est tout à fait possible de mettre en relief des différences qui existent encore aujourd'hui entre les civilisations, dans un cadre conceptuel rigoureux, en comparant des plans, des monuments...

- Renaissance et Temps modernes : nouveaux horizons

Le politiquement correct s'est réfugié dans le quatrième thème, Nouveaux horizons géographiques et culturels des Européens à l'époque moderne, puisque, pour en traiter la première question, «L'élargissement du monde (XVe-XVIe siècle)», il faudra impérativement étudier le sujet «de Constantinople à Istanbul : un lieu de contacts entre différentes cultures et religions (chrétiennes, musulmane, juive)», puis choisir un grand navigateur ou un port européen, et étudier l'une des deux villes suivants : «une cité précolombienne confrontée à la conquête et à la colonisation européenne» ou «Pékin : une cité interdite ?».

Ces promenades exotiques, destinées à combattre les accusations d'européocentrisme, peuvent sans doute séduire certains élèves mais elles en perdront vraisemblablement un bien plus grand nombre...

Il faudra ensuite choisir entre «Les hommes de la Renaissance (XVe-XVIe siècle)» et «L'essor d'un nouvel esprit scientifique et technique (XVIe-XVIIIe siècle)» : on note l'introduction ou la réintroduction de l'histoire des sciences. Les deux derniers thèmes restent à peu près les mêmes que dans le programme actuel : «La Révolution française : l'affirmation d'un nouvel univers politique» et «Libertés et nations en France et en Europe dans la première moitié du XIXe siècle».

Reste à voir ce que les enseignants et les lycéens feront de ce programme dense avec des horaires étriqués. Le plus difficile sera de traiter la fin de... l'Histoire, du milieu du XIXe siècle à nos jours, dans la seule année de première. Nous aurons l'occasion d'en reparler. -

[Vos commentaires]

L'auteur : Yves Chenal

Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé et docteur en histoire médiévale, Yves Chenal a enseigné pendant plusieurs années dans des lycées parisiens avant de passer le concours de l'ENA. Il est aujourd'hui en activité dans une préfecture.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net