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Immigration

Les statistiques ethniques existent de fait


Les statistiques ethniques sont interdites en France, entend-on dire dans les débats politico-médiatiques, indépendamment des lois, avis de la Cnil, rapports et pratiques réelles de la statistique française.

Ces empoignades verbales proviennent en grande partie des incertitudes sur ce que l'on entend par statistiques ethniques. De fait, celles-ci sont déjà admises en France comme dans le reste de l'Europe occidentale. Dommage que des préjugés idéologiques empêchent les professionnels de les utiliser comme elles le mériteraient.

Michèle Tribalat

Que désignent les statistiques ethniques ?

On distingue en gros trois options possibles derrière cette expression :

1 - Les origines ethniques au sens large

La notion d’immigré recouvre une première forme de statistiques ethniques. Elle est plus étendue que la notion d'étranger, insuffisante pour rendre compte des effets démographiques de l’immigration. Elle permet très officiellement  de qualifier en France les personnes d’après leur pays de naissance ou celui de leurs parents, y compris lorsqu'ils sont Français de naissance. Comment s'en enquérir ? En recueillant simplement le pays et la nationalité de naissance des parents.

2 - Les catégories ethno-raciales, à l’américaine ou à l’anglaise, qui mélangent la couleur de peau, l’ethnie et les pays ou continents d’origine

En Angleterre, lors du recensement de 2011, on a demandé aux résidents de se situer parmi plusieurs groupes ethniques et religieux (Asian, Black, White, Christian, Muslim...), avec la possibilité de se situer dans des catégories mixtes, voire dans une catégorie « autre ».

3 - Les catégories plus subjectives telles que le « ressenti d’appartenance » ou la manière dont les autres vous voient

Le recensement anglais de 2011 a ainsi introduit, pour la première fois, une question sur l’identité nationale : « Comment décririez-vous votre identité nationale ? ». Suivent des items correspondant aux nations britanniques (English, Welsh…) avec un item « British » et la possibilité d’indiquer tout autre identité. Plusieurs identités sont possibles. C’est ainsi qu’on peut se déclarer Britannique et Pakistanais.

Les statistiques ethniques en France

Partout en Europe occidentale, le développement des statistiques « ethniques » a accompagné la sédentarisation des immigrants. L’ancienneté plus ou moins grande du phénomène migratoire, les outils disponibles (registres de population ou non) et la nécessité d’éclairer le débat public et l’action politique expliquent l’apparition de ces statistiques dans à peu près tous les pays d’immigration, mais à des dates différentes.

Les pays disposant de registres de population étaient les mieux placés pour opérer cette mutation, notamment ceux du nord de l’Europe. C’est ainsi que la Finlande, qui n’est pas un grand pays d’immigration, dispose déjà d’une série couvrant la période 1990-2015.

En France, l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) produit régulièrement des statistiques du premier type depuis le début des années 2000. Surmontant les réticences internes et externes, il a fini par introduire dans ses grandes enquêtes des questions sur le pays et la nationalité de naissance des parents. C'est le cas par exemple dans les enquêtes Emploi depuis 2005.

Il lui est donc devenu possible de produire des données sur l'emploi concernant les populations d’origine étrangère sur deux générations (*) : celle des immigrés et celle des nés en France d’au moins un parent immigré. Malheureusement, ces informations restent limitées en raison de la taille de l’échantillon de l’enquête Emploi.

Mais malgré le feu vert de la Cnil donné en 2007, l’Insee n’a toujours pas introduit de questions sur le pays et la nationalité de naissance des parents dans ses enquêtes annuelles de recensement. De ce fait, l'institut se prive de la possibilité de conduire des études plus fouillées, par exemple sur les concentrations et la ségrégation des populations d’origine étrangère.

L’introduction de données ethno-raciales n’est guère envisageable, compte tenu des positions de la Cnil (*) et de l’avis rendu par le Conseil constitutionnel en 2007 (*). Par contre, le « ressenti d’appartenance » peut être recueilli pour des recherches particulières, comme cela a été le cas dans l’enquête Trajectoires et origines de l’Ined et l’Insee en 2008.

Parmi les raisons des opposants à tout type de statistique ethnique, on trouve tout à la fois l’idéologie antiraciste et la crainte de voir ces statistiques utilisées pour mener une politique de discrimination positive.

Les statistiques ethniques en Europe occidentale

En Europe occidentale, si l’on met de côté le Royaume-Uni, tous les pays d’immigration ont opté pour le recueil des origines d’après la filiation, auprès des nationaux comme des étrangers. La Commission économique des Nations unies pour l’Europe a d’ailleurs recommandé, en collaboration avec Eurostat, de recourir à ce type de statistiques lors des recensements de 2010 en Europe.

Le découpage sur deux générations est à la fois un peu plus large - sont déclarés immigrés tous ceux qui sont nés à l’étranger, y compris des nationaux – et un peu plus étroit, car il ne retient, pour la génération née dans le pays d’accueil, que ceux dont les deux parents sont nés à l’étranger.

L’Autriche, qui recueille depuis 2008 ce type de données dans ses Mikrozensus (qui font office d’enquête Emploi), se réfère explicitement à cette définition. La Suède, après avoir hésité (*), a choisi cette définition. Cela semble aussi être le cas de l’Espagne et de l’Italie.

Si la Norvège et le Danemark ont également opté pour la définition restreinte à deux parents immigrés pour définir la génération née dans ces pays, ils ont une définition différente de ce qu’ils entendent par immigrés. Les Pays-Bas ont aussi une définition bien à eux des immigrés, mais ont opté pour une définition extensive – au moins un parent immigré – de la génération née aux Pays-Bas.

L’Allemagne dénombre depuis 2005 ses populations d’origine étrangère à partir de ses Mikrozensus. Mais elle a un système encore plus compliqué : tous les ans, elle ajoute aux immigrants, les étrangers et les naturalisés nés en Allemagne et leurs enfants pourvu qu’ils vivent sous le même toit. C’est sa définition étroite. Mais, tous les quatre ans, elle étend sa définition avec des questions supplémentaires sur les parents.

Quant au Royaume-Uni, son recours aux données ethno-raciales n’empêche pas de distinguer aussi les individus selon qu'ils sont nés à l’étranger ou non, mais sans pouvoir raisonner en termes de générations, puisque enfants, petits-enfants etc. sont mélangés.

On l’aura compris, les comparaisons internationales sont extrêmement difficiles, même entre pays ayant choisi de repérer les origines par la filiation ! Une harmonisation, à l’échelle européenne, serait la bienvenue, ce qui n’empêcherait pas les pays de continuer, pour eux-mêmes, de pratiquer la définition qui leur semble la plus pertinente. Il arrive à l’UE d’harmoniser la collecte en demandant d’ajouter un module ad hoc sur ce sujet dans l’enquête Emploi, comme elle l’a fait en 2008 et en 2014.

Un tableau portant sur les 15-74 ans donne une idée de la situation dans l’UE en 2014 dans une définition suédoise étendue : nés à l’étranger et nés dans le pays d’au moins un parent né à l’étranger. La Suède est en tête, après le Luxembourg et l’Estonie.
La position en bas de tableau des pays faisant partie du groupe de Višegrad (en italiques), peu familiers de l’immigration, rend compte de leur réticence à suivre ceux qui sont en haut du tableau.

Les immigrés dans l'Union européenne

Classement par ordre d’importance de la proportion de population d’origine étrangère de 15 à 74 ans dans 25 pays de l’UE, à l’exception du Danemark,
de l’Irlande et des Pays-Bas (2014) :

Pays

2014

Pays

2014

Luxembourg

65,3

Espagne

17,4

Estonie

32,7

Italie

15,2

Suède

30,8

Portugal

12,9

Lettonie

28,7

Malte

11,5

Autriche

28,7

Grèce

11,0

Belgique

27,6

Lituanie

8,5

France

26,8

République tchèque

8,0

Chypre

26,0

Finlande

7,4

Royaume-Uni

26,0

Hongrie

3,5

Slovénie

21,5

Slovaquie

2,7

Allemagne

21,4

Pologne

2,4

Croatie

20,1

Bulgarie

0,7

 

 

Roumanie

0,2

Source : Enquête Emploi, 2014, Eurostat.

L'auteur : Michèle Tribalat

Michèle Tribalat (DR)Michèle Tribalat a été directrice de recherche à l'INED (Institut National des Études Démographiques).
Spécialiste de l'immigration et de l'intégration, elle a été confrontée à de vives polémiques qui l'ont conduite à publier Les yeux grands fermés (Denoël, 2010) et Assimilation, la fin du modèle français (Le Toucan, 2013, Poche, 2017).
Elle a aussi publié : Statistiques ethniques, une querelle bien française (2016, L'Artilleur).

Blog de Michèle Tribalat

Publié ou mis à jour le : 2017-10-22 19:34:18

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Jacquet (10-11-201714:05:53)

@Drevon
Surtout si l'on y inclus les anciens Sudètes chassés massivement de Tchécoslovaquie,et installés pour la plupart dans l'est de l'Autriche.

DREVON (01-11-201709:30:07)

@thorepen : "Comment peut on croire que l'Autriche qui ne reçoit que peu de musulmans puisse avoir une population étrangère de 28,7% ?"

Vous devriez (re)lire l'article pour savoir de quoi on parle.

C'est tout simplement parce que l'immigration ne se résume pas à l'Islam (qui semble vous obséder). L'Autriche à la fin de la dernière guerre (en 1944-1945) a reçu beaucoup de réfugiés "poussés" par l'Armée Rouge, qui ne voulait pas être occupés par les Russes (pays Balte... Lire la suite

thorepenn (22-10-201716:13:04)

Comment peut on croire que l'Autriche qui ne reçoit que peu de musulmans puisse avoir une population étrangère de 28,7% ???,plus que la France qui est envahie par l'Islam depuis 40 ans alors que tout le monde voit que la principale immigration en Europe est islamique???????


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