7 septembre 1565

Les Turcs renoncent à Malte

Le grand maître La Valette (1494-1568) pendant le siège (Antoine de Favray, musée de La Valette)Le 7 septembre 1565, une flotte espagnole venue de Sicile aborde sur l'île de Malte et vient secourir les habitants, soumis à un siège de la part des Turcs depuis le 18 mai précédent. 

Découragés, les assiégeants rembarquent le 13 septembre 1565.

L'épisode reste connu sous le nom de Grand Siège. Il a beaucoup impressionné les contemporains, qui tenaient pour invincible le sultan Soliman le Magnifique, lequel avait plus que doublé la superficie de son empire.

Les Maltais attribuent leur sauvegarde à l'intervention de la Vierge Marie. Ils ont fait en conséquence de sa Nativité, le 8 septembre, leur fête nationale.

Le Grand-Maître des chevaliers de Saint-Jean, Jean Parisot de la Valette, né près de Toulouse 70 ans plus tôt, témoigne pendant le siège d'un courage et d'une ténacité qui suscitent l'admiration des Occidentaux.

Chevaliers errants

Les maîtres de Malte sont issus d'un ordre monastique fondé à Jérusalem, après la première croisade, par des marchands d'Amalfi, un port au sud de Naples.

En 1113, l'ordre prend le nom de chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem (par référence à Saint Jean-Baptiste). Il a vocation à soigner et défendre les croisés. Pour cela, il établit des places fortes de premier ordre comme le célèbre Krak des Chevaliers et la ville de Saint-Jean d'Acre.

Outre les voeux monastiques de pauvreté, chasteté et obéissance, ces moines très particuliers s'astreignent à un entraînement intensif et jurent de ne jamais rendre les armes.

Mais en 1291, la chute de Saint-Jean d'Acre sous les assauts des Arabes met fin à deux siècles de présence franque en Palestine. Les chevaliers survivants se réfugient à Chypre, puis à Rhodes.

Après l'anéantissement par le roi Philippe le Bel de l'ordre rival des chevaliers de l'Ordre du Temple de Jérusalem, l'Ordre de Saint-Jean resta le seul ordre issu des croisades.

Sur l'île de Rhodes, en mer Égée, il ne tarde pas à être assailli par de nouveaux venus, les Turcs ottomans. L'Ordre repousse un premier siège en 1480. Mais le 1er janvier 1523, le Grand-Maître Villiers de l'Isle-Adam, qui a soutenu héroïquement le siège de l'escadre de Soliman le Magnifique, accepte une capitulation aux termes de laquelle les chevaliers cèdent la place avec les honneurs.

Il se lance aussitôt à la recherche d'un nouveau point de chute. C'est ainsi que l'empereur d'Allemagne, Charles Quint, pense obliger les chevaliers en leur offrant de s'installer à Malte. L'île, située au centre géographique de la Méditerranée, a vu défiler en deux millénaires Phéniciens, Grecs, Carthaginois, Romains, Normands et Aragonais.

Un siège impitoyable

En 1530, l'Ordre souverain prend ses quartiers sur un éperon au voisinage du port naturel situé au nord de l'île, bientôt dénommé le Grand Port.

Le fort Saint-Ange est rapidement bâti selon les canons de l'architecture militaire que les chevaliers maîtrisent depuis longtemps. Le port est fermé par une chaîne au travers du fort Saint-Elme, à l'entrée de la passe. Le fort Saint-Michel complète le dispositif. Tout est prêt pour l'assaut des infidèles qui ne saurai tarder.

Lorsque l'escadre turque se présente le 18 mai 1565, elle compte 159 vaisseaux transportant 30 000 hommes - janissaires pour la plupart. Le chef du corps expéditionnaire, Mustapha Pacha, organise le débarquement à distance des places fortes et entreprend aussitôt d'investir les défenses du port si bien entouré.

Parisot de La Valette a rallié 700 chevaliers et 8.700 mercenaires et gens d'armes. Sa détermination et celle de ses troupes ne peuvent compenser la supériorité de l'ennemi.

Les assauts contre le fort Saint-Elme se poursuivent pendant un mois jusqu'à sa chute, le 23 juin 1565. Tous les chevaliers de la place succombent. Les Turcs clouent leurs cadavres sur des croix de bois qu'ils envoient dériver dans la passe pour saper le moral des défenseurs. À quoi La Valette réplique en faisant bombarder le camp ennemi avec des têtes de prisonniers tirées en guise de boulets. En juillet, un boulet bien ajusté emporte le commandant de l'artillerie turque.

Le triomphe

Le 7 septembre, le vice-roi de Sicile, Don Marcia de Toledo, vient au secours des assiégés avec des troupes en renfort. Le lendemain, fête de la Nativité de la Vierge, les Maltais font sonner les cloches de leurs églises en signe de victoire. Les combats n'en continuent pas moins jusqu'au 12 septembre. 

Les Turcs, enfin découragés, d'autant plus qu'ils n'ont pas l'habitude d'hiverner en campagne, mettent à la voile dès le lendemain et rentrent à Constantinople en abandonnant sur place train et artillerie.

La Valette reçoit aussitôt les félicitations empressées de toutes les cours d'Europe. Le pape Pie V lui offre le chapeau de cardinal qu'il refuse. Le roi d'Espagne Philippe II offre son appui. Les dons affluent.

Mais le Grand-Maître ne se laisse pas étourdir. Il s'assure les services d'un architecte militaire de premier ordre, Francesco Laparelli, en vue de constituer une place nouvelle sur la péninsule (mont Sciberras) qui contrôle les deux anses naturelles (Grand Port et Marsamxett) du nord de l'île.

Il fait dessiner aussi les plans d'une ville idéale avec des bâtiments ordonnés selon leur destination et des réseaux de distribution d'eau fraîche aussi bien que d'évacuation des égouts.

Le système de défense repose sur plusieurs niveaux de fortifications superposés. On ne prend pas la peine de niveler le rocher, et les rues à angle droit adoptent le profil du terrain, assez accidenté.

En 1568, l'indomptable La Valette meurt d'épuisement, mais l'élan a été donné, et la nouvelle ville forte prend son nom. C'est aujourd'hui la capitale de l'île. En 1570, Gerolamo Cassar, un architecte maltais, prend la suite de Laparelli. L'essentiel des travaux est terminé en quinze ans, dans une parfaite homogénéité d'exécution.

Les chevaliers sont désormais bien décidés à ne plus s'en laisser conter. Ils mettent sur pied une marine de première force et jouent un rôle décisif lors de la bataille navale de Lépante qui voit le déclin de la puissance maritime ottomane.

Une ONG avant l'heure

N'ayant garde d'oublier leur vocation d'origine, les chevaliers de Saint-Jean mettent sur pied une « infirmerie de Saint-Georges », qui va constituer pendant deux siècles un modèle d'hygiène et d'éthique médicale et chirurgicale. On y accueille blessés et malades sans discrimination de sexe, d'âge ni de confession, et bien sûr gratis pro Deo.

Expulsé de l'île en 1798 par Napoléon Bonaparte, en route pour l'Égypte, l'Ordre de Malte est toujours reconnu comme État souverain par une douzaine de pays auprès desquels il délègue ses ambassadeurs. Cantonné dans son rôle humanitaire, il fait figure de précurseur des ONG modernes (Organisations Non Gouvernementales).

Gabriel Vital-Durand
Publié ou mis à jour le : 2019-09-03 14:43:13

 
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