7 novembre 1659

La paix des Pyrénées

Le 7 novembre 1659, un traité inespéré met fin à l'interminable guerre qui oppose depuis 1635 la France aux Habsbourg d'Espagne. Il consacre la prééminence de la France en Europe et se solde par le mariage du roi Louis XIV avec sa cousine l'infante Marie-Thérèse.

Alban Dignat

Entrevue de Louis XIV et Philippe IV dans l'île des Faisans, le 7 juin 1660. Derrière les souverains se tiennent Mazarin et Marie-Thérèse (Charles Le Brun, 1619 - 1690, Château de Versailles)

Le legs de Mazarin

Le traité des Pyrénées est l'oeuvre du cardinal Jules Mazarin, Premier ministre du jeune Louis XIV (21 ans). Il réconcilie les deux principales puissances d'Europe, entrées en guerre l'une contre l'autre un quart de siècle plus tôt !

Les négociations de paix commencent en juillet 1656 à Madrid à l'initiative de Hugues de Lionne et don Luis de Haro. Mais elles butent longtemps sur la mauvaise volonté du roi d'Espagne, Philippe IV, qui ne souhaite pas inclure dans le traité le mariage de sa fille, l'infante Marie-Thérèse d'Autriche, avec son cousin, le roi de France, tous deux âgés de 21 ans.

Pour lever les réticences de Philippe IV au mariage de sa fille, l'habile Mazarin fait croire à son intention de marier Louis XIV à sa cousine Marguerite de Savoie. Il se rend même à Lyon pour la présentation de la fiancée.

Dans le même temps, il poursuit en secret les négociations en vue de marier le roi de France à la fille de Philippe IV. Ce dernier, apprenant le projet de mariage savoyard, se serait exclamé : «Esto no puede ser y no sera !» (Cela ne peut être et ne sera pas !). Il dépêche aussitôt à Lyon son secrétaire d'État aux affaires étrangères, Antonio Pimentel.

Le messager traverse le territoire ennemi incognito et brave le danger pour apporter enfin à Mazarin l'accord du roi d'Espagne. Le ministre annule sans plus de façons le mariage savoyard.

Le traité avec l'Espagne est enfin signé sur l'île des Faisans, au milieu de la rivière Bidassoa qui sépare les deux pays.

Le condominium de l'île des Faisans

L'île des Faisans et l'île voisine de la Conférence ont une superficie d'environ 3000 m2. Les communautés de pêcheurs locales avaient coutume de s'y retrouver pour conclure des accords de «faceries» (d'où le mot faisans) sur la pêche au saumon dans la Bidassoa.

Aujourd'hui encore, ces îles sont un condominium de droit international sur lequel les autorités françaises et espagnoles exercent le droit de police à tour de rôle tous les six mois.

Un mariage lourd de conséquences

D'après le traité, l'Espagne apporte à la France le Roussillon, la Cerdagne, l'Artois et plusieurs places fortes en Flandre et en Lorraine : Gravelines, Thionville, Montmédy, Mariembourg et Philippeville. Le duché de Lorraine, amputé, est occupé par des garnisons françaises.

À noter que Philippe IV a fait inclure dans le traité la restitution au Grand Condé de ses titres et de ses biens. C'est pour le prince, coupable d'avoir combattu Louis XIV au cours de la Fronde, le début d'un retour en grâce.

L'année suivante, comme prévu, les futurs époux se rencontrent à Saint-Jean-de-Luz. Leur mariage est célébré le 9 juin 1660 par l'évêque de Bayonne dans une atmosphère de liesse. Il se soldera par six naissances... et d'innombrables infidélités du Roi-Soleil.

Selon les termes du traité, Marie-Thérèse renonce pour elle et ses descendants à ses droits sur la couronne d'Espagne «moyennant» le paiement d'une dot confortable de 500.000 écus. Or, l'habile Mazarin sait que l'Espagne n'aura jamais les moyens de payer cette dot.

Quelques années plus tard, le roi Louis XIV prendra prétexte de cet impayé pour revendiquer ses droits sur la succession espagnole. Ce sera la guerre de «Dévolution», ainsi nommée d'après un terme de droit privé d'une vieille coutume du Brabant qui stipulait que les filles d'un premier mariage recueillaient l'héritage foncier avant les enfants d'un second mariage du défunt.

Louis XIV aura le front d'utiliser cet argument dans son «Traité des droits de la reine très-chrétienne sur divers États de la monarchie espagnole», pour revendiquer des régions au nord et à l'est de son royaume... alors même que sa propre légitimité remontait à une prétendue loi salique qui donnait la primauté aux héritiers mâles !

Le mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse, par Laumosnier

La France au pinacle

Le traité des Pyrénées est suivi par la paix dite «du Nord», signée le 3 mai 1660 à Oliva. Celle-ci met fin à l'attaque lancée par le roi de Suède Charles X Gustave contre le roi de Pologne Jean II Casimir, qui contestait son accession au trône de Suède après l'abdication de la reine Christine.

Après un brillant succès devant Varsovie, le roi de Suède avait dû faire face à une coalition rassemblant l'empereur, le tsar, le roi du Danemark et quelques autres princes. Il ne s'en était tiré que grâce à l'intervention de Mazarin. Le Premier ministre français, ne voulant pas que soient bouleversés les traités de Westphalie qui, dix ans plus tôt, ont émietté l'Allemagne, avait convaincu les belligérants de s'asseoir à la table des négociations.

La paix des Pyrénées et la paix du Nord, ainsi que les traités de Westphalie conclus onze ans plus tôt, dessinent le nouveau visage de l'Europe pour 150 ans.

Les Habsbourg de Vienne sortent affaiblis de la guerre de Trente Ans. Évincés d'Allemagne par les traités de Westphalie, ils ne conservent que le titre symbolique d'empereur du Saint Empire romain germanique (ou empereur d'Allemagne). Ils vont désormais consacrer leur énergie à leurs domaines héréditaires d'Autriche, de Bohème et du bassin du Danube et à la lutte contre les Turcs encore présents en Hongrie et dans les Balkans.

La Suède émerge comme puissance prépondérante de la Baltique, cependant que les Provinces-Unies consolident leur indépendance et s'affirment comme une grande puissance maritime, financière et coloniale. Elles entrent en concurrence avec l'Angleterre, qui se refait une santé après la dictature républicaine de Cromwell et la guerre civile.

L'Espagne, épuisée, entame un irrésistible déclin, victime de l'absolutisme royal, de l'Inquisition et de la richesse trop facile que lui ont amenée les galions d'Amérique, une richesse qui l'a dissuadée de mettre en valeur son territoire.

Le grand vainqueur de ce grand chambardement est la France du jeune Louis XIV. Elle s'affirme comme la première puissance européenne, par ses armées, son territoire, sa richesse, sa population et plus que tout le rayonnement de sa culture. -

L'Europe après les traités de Westphalie (1648)

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Cette carte montre les divisions politiques de l'Europe en 1648, à l'issue des traités de Westphalie qui ont mis fin à la guerre de Trente Ans. On peut observer la division de l'Allemagne et de l'Italie en de nombreuses principautés et la survie, à l'est du continent, d'États vastes mais fragiles.

Publié ou mis à jour le : 2019-10-30 11:58:12

 
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