Le 27 avril 1944, sur la plage de Slapton Sands, au sud de l'Angleterre, un entraînement en conditions réelles, l'Opération Tigre (Exercise Tiger), tourne au fiasco. Neuf vedettes allemandes parties de Cherbourg font irruption par hasard au milieu des navires à l'exercice sans que les radio-opérateurs britanniques aient pu avertir leurs homologues américains.
C'est un carnage, nombre de soldats sont tués par les Allemands... et plus encore par des tirs amis ! Mais la leçon est retenue par l'état-major allié qui révise en catastrophe les procédures de communication au sein de l'armada destinée à débarquer six semaines plus tard en Normandie...
Le Débarquement sauvé par de jeunes vies sacrifiées par erreur
La portée de l'événement à venir l'exigeait : pour réussir le Jour J (D-Day), il fallait s'y entraîner, et donc faire une sorte de répétition générale dans des conditions similaires. On commence par choisir une plage, Slapton Sands dans le Dorset, à la configuration similaire à celle d'Utah Beach.
Puis on rassemble près de 30 000 jeunes soldats anglais et américains, soit 1/5 des troupes destinées à traverser la Manche 5 semaines plus tard. 500 d'entre eux joueront le rôle des Allemands, tandis que les autres seront chargés de sauter des 300 navires de guerre pour mener l'assaut. Le 26 avril 1944 au soir, tout est prêt.
Le lendemain, dès l'aube, les premiers hommes entendent les tirs d'un croiseur britannique, censés les plonger en conditions réelles de combat. Tout aurait pu bien se passer si certaines barges ne s'étaient trouvées directement sous le feu que l'on avait choisi de prolonger pour que l'exercice puisse concerner des navires retardataires.
Pire : neuf vedettes de lance-torpilles allemandes venues faire de la reconnaissance dans les parages avaient été repérées, mais elles n'avaient pu être signalées à temps aux navires de transport alliés, les bâtiments britanniques et américains n'étant pas sur la même fréquence de radio. Nombre de soldats mourront dans cette attaque très brève, victimes des tirs, tandis que d'autres périront par noyade ou hypothermie après avoir attendu en vain des secours qui ne venaient pas, les Britanniques craignant que les Américains ne ripostent en tirant sur leurs hommes.
À l'aube, lorsqu'enfin les recherches sont lancées pour retrouver des survivants, on se rend compte du désatre : plus de 750 soldats viennent de perdre la vie, auxquels il faut ajouter les 150 victimes des tirs amis, sur Slapton Sands.
Pour ne rien arranger, certains des disparus étaient des officiers qui portaient sur eux des plans du Débarquement. Les Alliés mettent donc tout en oeuvre pour repêcher tous les corps et s'assurer que les plans ne sont pas tombés aux mains des Allemands.
La leçon est retenue par l'état-major allié qui révise en catastrophe les procédures de communication au sein de l'armada destinée à débarquer six semaines plus tard en Normandie. On s'avise également de l'importance des gilets de sauvetage et des secours en mer.
Mais la priorité est de garder le secret : la cour martiale est promise à quiconque y fait allusion. La menace fut efficace puisque les familles durent attendre la vérité pendant 40 ans, jusqu'aux commémorations du 50e anniversaire de ce drame qui ouvrit la voie au Débarquement.
Le rear admiral (contre-amiral) Don P. Moon (50 ans), maître d'oeuvre de l'Opération Tigre, poursuit la guerre à Utah Beach puis à Naples. Là, il met fin à ses jours le 5 août 1944, officiellement sous l'effet de la fatigue, sans doute aussi écrasé par le souvenir de la tragédie.










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