12 décembre 1602

La Journée de l'Escalade

Le 12 décembre 1602, au terme d'une bataille épique, la ville de Genève échappe définitivement aux visées de son puissant voisin, la Maison de Savoie.

Cette bataille continue d'être commémorée sous le nom de « Journée de l'Escalade ». Elle met un terme à la longue lutte entre la confédération helvétique et ses voisins et rivaux, les ducs de Bourgogne et Savoie.

Gabriel Vital-Durand

Une ville indisciplinée

Après les guerres de Bourgogne et la triste fin du duc Charles le Téméraire - Grand-Duc d'Occident - sous les murs de Nancy (1477), Berne et ses alliés de la confédération helvétique ont pris conscience de leur force. Ils concluent contre le duché de Savoie une Alliance perpétuelle avec le roi de France Louis XI.

Sous le règne du duc Charles III, le roi de France François Ier envahit la Savoie. De leur côté, les Bernois envahissent le Pays de Vaud, le Genevois et le Chablais.

La ville de Genève, qui se situe à l'extrême limite du duché de Savoie, profite de  l'affaiblissement de celui-ci pour signer en 1526 le « traité de combourgoisie » avec Berne et Fribourg. Elle se transforme en République libre et vote la Réformation en 1536. Elle se rallie aux disciples de Luther avant de se soumettre à la férule de Jean Calvin.

Mais, en Savoie, le duc Emmanuel-Philibert, joliment surnommé « Tête de Fer », rétablit miraculeusement sa situation lors du traité de Cateau-Cambrésis (1559). Ses États lui sont restitués et il épouse même la soeur du roi de France Henri II, Marguerite de France. La rivalité entre le duché et la république n'en devient que plus âpre.

Genève contre Savoie

En 1589, la cité de Calvin s'assure les services d'un reître français, Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy. Le mercenaire met à sac le Genevois sous domination savoyarde et le Chablais avec ses soudards bernois, français et genevois. Ses troupes occupent la place d'Yvoire puis la ville de Thonon.

Le 2 mai, c'est le tour du château de Ripaille, haut lieu symbolique de la Maison de Savoie. Le Conseil de Berne, allié de Genève, après avoir « loué l'Éternel, Dieu des armées et défenseur des justes querelles », enjoint à Sancy « de renverser et détruire la maison de Ripaille ». Le 3 mai, « le feu fut mis par toutes les sept tours et consuma premièrement les deux galères et les trois esquifs. Le feu continua le dimanche et le lundi... »

Quelques années plus tard, le duc Charles-Emmanuel Ier, fils d'Emmanuel-Philibert « Tête de Fer », veut prendre sa revanche. Le 17 janvier 1601, à Lyon, il signe un traité avec le roi de France Henri IV pour s'assurer de sa neutralité au prix de la Bresse, du Bugey, du Valromey et du pays de Gex, puis il dirige son armée vers Genève la rebelle.

Une bataille épique

Le 12 décembre 1602 (selon le calendrier julien en vigueur à Genève), le seigneur d'Albigny décide de profiter de la plus longue nuit de l'année pour s'emparer de la ville.

Quelques dizaines de mercenaires aguerris, munis d'échelles enveloppées de chiffons, se glissent le long de la muraille et les plus agiles franchissent le parapet sans que le guet ait sonné l'alerte.

Mais la mère Royaume, une huguenote d'origine lyonnaise, voit un soldat s'avancer dans la ruelle. Elle saisit sa marmite sur la crémaillère de l'âtre et déverse la soupe brûlante sur les assaillants... L'alerte est sonnée et les miliciens se portent à l'attaque. En hâte, les intrus se précipitent de l'intérieur pour ouvrir les battants de la poterne et faire entrer leurs complices massés derrière. Mais c'est trop tard.

Un garde du nom d'Isaac Mercier se jette sur le taquet qui retient la herse et la fait tomber sur les assaillants qui se précipitaient sous le porche. La ville est sauvée.

Les survivants de l'assaut - dont le comte de Sonnaz - sont capturés et pendus le lendemain avec force démonstrations de joie aux remparts de la ville, au-dessus de la plaine de Plainpalais. Leurs corps sont livrés aux injures des passants. Le roi Henri IV, apprenant la nouvelle quelques jours plus tard, envoie ses chaleureuses félicitations aux Genevois.

Vers une paix définitive

Le 21 juillet de l'année suivante (1603), à Saint-Julien-en-Genevois, Genève et la Savoie signent un traité qui consacre l'indépendance définitive de la ville.

Tous les deuxièmes dimanches de décembre, les habitants commémorent encore aujourd'hui l'Escalade en costumes d'époque, dans la vieille ville, avec des proclamations de circonstances par le héraut, de la musique militaire d'époque (fifres et tambourins) et un feu de joie devant la cathédrale.

On mange des marmites en chocolat, fracassées sur la table familiale au cri de « Ainsi périssent les ennemis de la République ! » Certains chantent le « Cé qu'è l'ainô », un poème épique dans un patois proche du provençal qui était parlé à l'époque. En voici la première strophe, avec traduction libre en regard :

Cé qu'è lainô, le Maitre dé bataille,
Que se moqué et se ri dé canaille,
A bin fai vi, pè on desande nai,
Qu'il étivé patron dé Genevoi...

Celui qui est en haut, le Maître des batailles,
Qui se moque et se rit des canailles
A bien fait voir, par une nuit de samedi,
Qu'il était le patron des Genevois...

À noter que les catholiques, qui ont été privés des droits civiques pendant 200 ans au profit des calvinistes, sont redevenus aujourd'hui majoritaires à Genève.

Publié ou mis à jour le : 2019-11-14 19:24:24

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net